Bruxelles, 10/11/2009 (Agence Europe) - À moins d'un mois de la conférence climatique mondiale de Copenhague (COP-15, 7 - 18 décembre), les perspectives d'un succès à Copenhague sont minimales même si l'UE veut encore croire qu'un accord mondial ambitieux, global et contraignant est toujours possible. De retour de la conférence onusienne de Barcelone, Artur Runge-Metzger, négociateur en chef pour la Commission européenne, en a fait l'aveu à la presse lundi 9 novembre à Bruxelles, en dressant un sombre bilan de ces ultimes pourparlers techniques préparatoires (EUROPE n° 10014).
«Les textes sont consolidés, les options plus claires, mais il n'y a pas de compromis. La piste Kyoto est bloquée car les pays en développement ont dit vouloir tenir compte de toutes les versions précédentes. Les textes ne cessent de gonfler », a souligné le négociateur européen. Le niveau d'ambition des pays industrialisés est insuffisant, et la question du financement de l'aide aux pays pauvres à court et moyen termes n'a pas progressé. Les États-Unis n'ont avancé aucun chiffre de réduction de leurs émissions et veulent un traitement d'exception. Les pays émergents n'ont fait aucune offre concrète d'action (seul le président indonésien a annoncé à New York être prêt à une réduction unilatérale de 26 % des émissions de son pays, mais sans interférence aucune dans son processus législatif national). Les pays en développement accusent les pays riches de vouloir renoncer à une deuxième période d'engagements pourtant prévue au titre du Protocole de Kyoto, et les pays pauvres vulnérables au réchauffement climatiques sont très préoccupés. « Une décision à Copenhague sera difficile. Nous campons tous sur nos positions », résume M. Runge-Metzger. D'où l'énorme responsabilité qui pèse sur le Danemark, pays hôte de la COP15 sur lequel « tous les yeux sont rivés ». Pour créer la dynamique politique, le président Lars Lokke Rasmussen a d'ores et déjà rencontré un grand nombre de chefs d'État. Pour identifier les points de compromis possibles sur les questions clés, le Danemark organisera les 16 et 17 novembre à Copenhague une réunion ministérielle restreinte informelle des ministres de l'Environnement.
L'hypothèse qu'un traité à part entière soit conclu à Copenhague est certes enterrée, mais pour parvenir à la déclaration politique contraignante encore espérée - une déclaration complétée par des annexes contenant les engagements chiffrés individuels des différents pays comme le souhaite Yvo de Boer, président de la Convention cadre des Nations Unies - les efforts de rapprochement seront considérables. « Ce ne sera pas un traité en bonne et due forme, mais plutôt un ensemble de décisions à mettre en œuvre au 1er janvier 2010, assorti d'un volet financier. En parallèle, il faudra poursuivre les négociations sur un traité », précise M. Artur Runge-Metzger. Selon lui, ce texte se concentrera sur l'objectif à moyen terme (horizon 2020).
Or, une telle déclaration pouvant servir de base solide à la poursuite des négociations pour la conclusion d'un nouveau traité contraignant en 2010 est à la fois un minimum et un impératif au regard des avertissements scientifiques et de l'urgence à laquelle les pays en développement déjà victimes du réchauffement doivent faire face. Voilà pourquoi « la partie ministérielle de la COP15 sera cruciale », estime M. Runge-Metzger, et plus encore le nombre de chefs d'État et de gouvernement qui pourront être présents, la force de l'engagement politique étant largement subordonnée à ce facteur. À en croire Yvo de Boer, une quarantaine d'entre eux ont annoncé leur disponibilité à participer. Le président Barack Obama, cité par Reuters, a indiqué qu'il se rendrait à Copenhague si sa présence pouvait être utile.
Dans l'intervalle, les sommets bilatéraux et multilatéraux se multiplient. Le sommet UE/Russie du 18 novembre sera l'un d'entre eux. La conférence de Copenhague était au cœur de la rencontre, mardi
10 novembre à Moscou, entre Andreas Carlgren, président du Conseil Environnement de l'UE et Yuri Trutnev, le ministre russe des Ressources énergétiques et de l'environnement. La tenue d'un forum États-Unis/Économies majeures est envisagée, mais non encore confirmée. Un sommet États-Unis/Chine est en revanche prévu.
Parmi les nombreuses questions qui devront être tranchées à Copenhague, citons notamment:
Faut-il créer de nouvelles institutions et fonds comme le proposent les États-Unis (l'Union européenne hésite) ? Qui paie ? Les seuls pays développés ou faut-il aussi mettre à contribution les pays en développement ( L'UE comme le Mexique, Singapour, Israël et les États-Unis attendent une contribution de tous les pays à l'exception des pays les moins avancés) ? Quelles règles établir pour les stratégies nationales d'atténuation des pays en développement (Les pays en développement résistent à l'idée de règles spécifiques. Ils sont davantage enclins à vouloir des règles de comptabilisation des actions qui bénéficieront d'un financement) ? Quel champ d'application pour le mécanisme récompensant les bonnes performances en matière de lutte contre la déforestation ? Doit-il couvrir les seules zones menacées ou toutes les forêts dans le monde ? Une nouvelle question a en outre fait surface dans le débat: celle de l'impact potentiellement négatif au plan économique et social d'une politique d'atténuation du changement climatique sur les pays de l'OPEP: ces pays souhaitent un dédommagement de la baisse prévisible de leurs recettes. (A.N.)