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Bulletin Quotidien Europe N° 9993
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Europe de la défense sera la priorité de la Présidence polonaise du Conseil de l'UE en 2011 - Signification de cette annonce

Il est compréhensible que l'annonce du programme de la Pologne pour sa future présidence du Conseil n'ait pas suscité beaucoup de réactions et de commentaires: elle est encore tellement éloignée, cette présidence! Ce sera pour le second semestre 2011, après la fin de la Présidence suédoise et celles de l'Espagne, de la Belgique et de la Hongrie. Pourquoi Varsovie a-t-elle tellement anticipé ses intentions ? Selon certains observateurs, l'objectif était de faire savoir dès maintenant que sa priorité sera le développement de la politique européenne de défense. Ce qui signifie un renversement radical de la position polonaise traditionnelle. J'ai encore devant les yeux l'image d'un débat d'il y a quelques années, lorsqu'une personnalité polonaise éminente, en soulignant les nombreux domaines où son pays attendait beaucoup de l'Europe, en excluait explicitement le domaine militaire: la sécurité de la Pologne dépendait des États-Unis, un point c'est tout. Á son avis, les velléités de l'UE dans ce domaine n'étaient que du bavardage ; face à la menace russe, il n'y avait pour la Pologne que la protection américaine et l'adhésion à l'OTAN.

Objectifs ambitieux. L'évolution a-t-elle ensuite été progressive ? C'est possible, à partir, par exemple, de la constatation des limites des garanties américaines à la Géorgie. Mais le tournant, il est tout récent: il coïncide avec l'abandon par Washington des installations du projet de bouclier antimissile prévues en République tchèque et en Pologne. Cette décision américaine, la réaction russe positive et la déception à Varsovie et à Prague ont enterré la fable selon laquelle ce bouclier aurait protégé l'Occident contre la menace atomique de l'Iran. Il visait la Russie ; on le savait déjà, et les réactions à l'abandon n'ont même pas essayé de le cacher. À présent, d'après les indications disponibles, l'Europe de la défense telle que Varsovie la préconise devrait notamment: a) disposer d'une flotte d'avions de transport militaire ; b) impliquer un renforcement sensible de l'agence européenne de l'armement ; c) comporter un ministre adjoint des Affaires étrangères chargé des questions de sécurité, à côté du Haut représentant/vice-président de la Commission/ président du Conseil Relations extérieures. S'y ajouteraient des procédures renouvelées en matière d'achat de fournitures militaires, n'excluant pas une « préférence européenne ».

La future Présidence polonaise du Conseil de l'UE comportera d'autres priorités: la politique énergétique commune ; les nouvelles perspectives financières ; une politique de concurrence améliorée, du moins en matière d'aides d'État ; le développement du partenariat de l'Union avec les pays de l'Est. Il est évident qu'un tel programme signifierait pour la Pologne le dépassement définitif des réticences et des méfiances à l'égard de la construction européenne et de ce qui pouvait subsister des incompréhensions ou des rancunes du passé. Le mérite en revient à la nouvelle classe politique en Pologne, et aussi à l'attitude positive de Berlin qui n'a jamais réagi aux quelques provocations de telle ou telle personnalité polonaise. La Pologne de Bronislaw Geremek aurait ainsi enterré celle des frères Kaczynski.

Achever d'abord la ratification. Globalement, la signification et les objectifs de la construction européenne ont toujours été compris en Pologne ; mais la prise de conscience par certaines franges de l'opinion publique a été progressive. Plusieurs facteurs y ont contribué (le soutien décisif au secteur agricole, l'activité universitaire liée au Collège de Bruges, les financements pour la reconstruction de monuments religieux, etc.) et avant tout la constatation progressive que les Européens ont tous les mêmes intérêts stratégiques et que la solidarité européenne est essentielle pour rassurer le pays face à la crainte traditionnelle de la puissance russe, non plus en tant que menace d'agression mais, par exemple, pour l'approvisionnement énergétique. Même les polémiques autour de certains aspects de la législation communautaire ont joué en définitive un rôle positif, que ce soit l'affaire symbolique du « plombier polonais » ou le succès européen de certains modèles d'automobiles FIAT fabriqués en Pologne.

Avec l'achèvement de la procédure de ratification du Traité de Lisbonne, le programme annoncé prend toute sa signification. Le développement de la politique européenne de défense représente la base indispensable de la future politique étrangère commune et sera, pour l'unité européenne, tout aussi important que la création de l'euro. Annoncer que cette politique sera située, en 2011, au centre du programme de la présidence du Conseil, contribuera à clarifier les zones d'ombre que le Traité de Lisbonne n'élimine pas entièrement, concernant par exemple le rôle du Parlement européen.

(F.R.)

 

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