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Bulletin Quotidien Europe N° 9984
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Allemagne, exemple et symbole des incertitudes actuelles de l'intégration européenne ? Une prise de position de Jacques Delors

Le Traité de Lisbonne n'est qu'un instrument. L'Irlande n'est pas, et de loin, la cause unique des difficultés actuelles de l'intégration européenne. Le référendum irlandais du 2 octobre sera sans doute décisif pour le sort du Traité de Lisbonne, mais des complications subsistent ailleurs (voir cette rubrique d'hier), et surtout le Traité de Lisbonne n'est qu'un instrument pouvant faciliter la relance de l'intégration européenne. Ce seront ensuite la volonté politique des États membres, l'esprit d'initiative et la détermination des institutions communautaires et les orientations des opinions publiques qui détermineront l'avenir de l'UE. Jusqu'à quel point les pays qui ont fait l'Europe gardent-ils les objectifs qui étaient à la base de l'entreprise ? L'intégration politique européenne reste-t-elle d'actualité ?

Jacques Delors vient de s'exprimer à propos du pays qui demeure, pour des raisons objectives, au centre de la construction européenne ; sa position géographique, son poids économique et sa population rendent l'Allemagne incontournable. Jacques Delors s'interroge, exemples à l'appui, sur la volonté allemande de poursuivre son action sur la voie de l'intégration politique communautaire et de « l'union sans cesse plus étroite entre les peuples européens ». Il rejette les accusations à l'Allemagne de pratiquer une politique économique et monétaire égoïste. Les limitations qu'elle a inscrites dans sa Constitution qui plafonnent le déficit budgétaire admis et interdisent aux Länder de s'endetter, il ne les critique pas, car il serait déraisonnable « d'exiger des Allemands qu'ils fassent autant de bêtises que leurs voisins ». Ce qui manque à l'Union économique et monétaire (UEM) est la coordination des politiques économiques ; mais « sur ce sujet l'allergie n'est pas qu'allemande, elle est assez générale ».

Trois « signes préoccupants ». M. Delors se réfère plutôt à trois « signes préoccupants » dans les positions officielles allemandes: a) le refus d'accroître les ressources budgétaires de l'Union ; b) l'opposition à l'idée d'un emprunt européen ; c) l'opposition à la création d'une « communauté de l'énergie ». Il y ajoute le refus de Mme Merkel d'envisager au niveau européen des « coopérations renforcées » permettant à certains pays d'aller de l'avant, tout en laissant la porte ouverte aux autres.

Jacques Delors met toutefois en garde contre la tentation d'attribuer à l'Allemagne la responsabilité des difficultés actuelles de la construction européenne ; l'attitude allemande reflète plutôt, à son avis, « l'ambiance générale dans tous les pays européens ». Nous reproduisons dans la page suivante la partie essentielle de son article, concernant justement l'attitude allemande à l'égard de l'intégration européenne, car les remarques à ce sujet ouvrent un débat essentiel pour l'avenir de l'UE, quel que soit le sort final du Traité de Lisbonne. Les remarques initiales de M. Delors relatives à l'arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe sur ce Traité sont simplement résumées, car il ne vise aucunement à épuiser la discussion sur la portée juridique de cet arrêt mais il le considère comme l'un des symptômes des perplexités allemandes. Ainsi que notre bulletin n° 9982 l'a annoncé, mercredi prochain la représentation du Land de Hesse auprès de l'UE organise à Bruxelles une conférence-débat avec la participation d'un juge de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe ainsi que d'un ancien avocat-général de la Cour de justice européenne.

Pilier incontournable de l'unité européenne. Une remarque conclusive que je considère comme essentielle: l'orientation générale de l'Allemagne (population et classe politique) en faveur de l'unité européenne n'est aucunement en cause. Les élections de ce dimanche la confirmeront, car aucun des trois partis politiques traditionnels ne la remet en cause, et l'Allemagne demeurera en tout état de cause un pilier incontournable de la construction européenne. Ce qui est en discussion est la forme que prendra l'évolution future: en direction de l'intégration politique et de l'unité de plus en plus étroite des peuples, ou bien vers une sorte de coopération intergouvernementale organisée, certes précieuse mais éloignée du rêve européen ?

Ceci dit, place dans la page suivante au texte de Jacques Delors, publié dans la revue française « Challenge ». Le débat est ouvert.

(F.R.)

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