L'appui à l'intégration communautaire devrait représenter le critère prioritaire pour la désignation du nouveau président de la Commission européenne ; mais il n'est pas souvent cité. Les débats parlementaires se concentrent sur l'orientation politique du candidat. José Manuel Barroso a indiqué que son objectif est d'être soutenu par une majorité pro-européenne. La semaine dernière, dans ses auditions devant les groupes politiques, il a souscrit un certain nombre d'engagements qui donnent satisfaction à des demandes de l'un ou l'autre groupe ; le souci de plaire autant que possible à toutes les formations politiques n'était pas absent ; c'est compréhensible. Mais les participants à ces rencontres ont fait état aussi de la combativité de M. Barroso et de la vivacité de ses réponses. Il a qualifié de « caricature » l'image qu'on présente parfois de ses positions: « on me présente comme un néolibéral ou un conservateur, alors que je suis un réformateur du centre ». Et il a affirmé ses convictions en matière de gouvernance financière, écologie, soutien aux pays pauvres.
Socialistes perplexes. Laissons de côté le groupe démocrate-chrétien (PPE, Parti Populaire Européen) qui est acquis a priori à sa cause. Devant les socialistes, M. Barroso a fait quelques ouvertures de principe: pour un plan plus ambitieux de relance économique, pour la prise en considération des effets sociaux de toute proposition législative, pour une régulation efficace des marchés financiers, pour une directive-cadre sur les services publics (voir notre bulletin n° 9973) ; mais il pouvait difficilement s'engager en faveur des demandes socialistes sur des aspects controversés. Plusieurs députés ont exprimé, parfois vivement, leur insatisfaction. Les parlementaires de ce groupe ont aussi revendiqué pour une personnalité socialiste l'un des deux grands postes à pourvoir au titre du Traité de Lisbonne: la présidence stable du Conseil européen, ou le Haut représentant pour la politique étrangère (qui sera en même temps vice-président de la Commission). Ce qui semble indiquer que les socialistes considèrent comme acquis que le nouveau président de la Commission sera de tendance PPE…En définitive, le président du groupe, M. Schulz, a annoncé que lui-même et plusieurs autres parlementaires voteront quand même, ce mercredi, contre M. Barroso. Sauf évolutions nouvelles…
Promesses aux libéraux. M. Barroso a accepté trois demandes du groupe libéral-démocrate: a) se battre fermement, dans les négociations imminentes sur les perspectives financières post-2014, pour la création de ressources propres européennes afin de dépasser le système paralysant des contributions nationales pour financer le budget communautaire ; b) proposer dans les trois ans un système européen unique de supervision des marchés financiers ; c) créer au sein de la Commission européenne un portefeuille spécifique pour les droits fondamentaux et les libertés civiles. Le président de ce groupe, Guy Verhofstadt, a donné beaucoup d'importance à ces trois engagements, qui faciliteront le vote de la majorité de son groupe en faveur de M. Barroso.
« Verts » insatisfaits, mais… L'audition par les Verts est celle qui a eu le plus d'échos, pour le simple fait qu'elle était ouverte au public, et donc à la presse. Le débat a été vif, contradictoire, M. Barroso défendant ses initiatives en faveur d'un avenir « écologique » et plusieurs parlementaires estimant qu'elles sont encore insuffisantes, trop timides. Le co-président du groupe, Daniel Cohn-Bendit, a déclaré à la fin: « Aujourd'hui, M. Barroso propose des réglementations auxquelles il n'aurait jamais pensé il y a cinq ans. La situation l'oblige à évoluer. On le prend au mot. S'il a changé, il devra le prouver.» Est-ce une ouverture ?
Points d'interrogation. Les quatre groupes cités -PPE, socialistes, libéraux, Verts- sont, en principe, en faveur de l'intégration européenne et de son renforcement. Mais combien de leurs membres voteront-ils contre M. Barroso ? En même temps, le groupe réunissant les parlementaires britanniques, polonais et tchèques « eurosceptiques » (même s'ils le sont de manière variable) est orienté dans le sens du « oui ». Le président du groupe socialiste, M. Schulz, a dit avoir l'impression que l'objectif de M. Barroso est « d'avoir une majorité sans besoin des votes des conservateurs britanniques et des frères Kaczynski » ; et il a ajouté que les socialistes pourraient y contribuer à la condition d'avoir des garanties écrites sur les questions sociales. Jo Leinen a observé que l'engagement de M. Barroso à modifier la proposition sur le détachement des travailleurs est un pas significatif en direction des positions socialistes. Sera-t-il suffisant pour que, ce mercredi, ils soient nombreux à voter en sa faveur ? Ou bien M. Barroso devrait-il y ajouter un engagement plus explicite en faveur d'un socialiste au poste de vice-président de la Commission et en même temps Haut Représentant pour la PESC et la PESD ? La déclaration que M. Barroso a faite ce mardi après-midi (voir les pages suivantes), le débat de la soirée et surtout le vote de ce mercredi répondront à ces points d'interrogation. (F.R.)
Session plénière du Parlement européen