Bruxelles, 01/09/2009 (Agence Europe) - Face au défi climatique et à la plus sévère crise économique et financière depuis 1945, caractérisée par une contraction du PIB et des échanges mondiaux en 2009 de 5% et 10% respectivement, la Suède, fidèle à sa tradition libre-échangiste, ne compte pas se passer du levier qu'est le commerce international. La politique commerciale peut épauler la stratégie de l'UE pour la croissance et l'emploi et l'aider à atteindre ses objectifs de développement durable, estime sa ministre du Commerce Ewa Björling, venue exposer à la nouvelle commission du « commerce international » du Parlement européen, présidée par le Portugais Vital Moreira (S&D), les priorités de la Présidence suédoise en matière commerciale.
Stockholm fait d'abord de la promotion du libre-échange et de la lutte contre le protectionnisme le cheval de bataille de la Présidence, qui veut aussi poursuivre la stratégie pour l'accès aux marchés des pays tiers et promouvoir le commerce des biens et services verts et des technologies environnementales. Très déprimé par la baisse de la demande, le commerce international se voit aussi affecté par l'érection de nouvelles barrières commerciales, tarifaires, mais surtout non tarifaires (contingents, régimes de licence d'importation, réglementations sanitaires et prohibitions, dont le démantèlement est, pour Mme Björling, le principal chantier pour l'avenir), mais aussi par le recours accru aux instruments de défense commerciale dans le monde, et ce en dépit de l'engagement du G20 en faveur du libre-échange. « Autant d'obstacles qui vont retarder la reprise économique », déplore la ministre suédoise, qui salue à cet effet le contrôle exercé par l'OMC pour dénoncer le protectionnisme. Mme Björling salue aussi le propre contrôle exercé par l'UE, grâce aux travaux réalisés, sur la base d'un partenariat entre les États membres, la Commission européenne et les entreprises, par les équipes sur l'accès au marché à Bruxelles et sur le terrain dans les pays tiers, dont l'objectif est de repérer, d'identifier et de démanteler les obstacles aux échanges.
Outre la promotion du libre-échange, Stockholm veut donner un nouvel élan aux négociations à l'OMC pour la libéralisation du commerce mondial, dont la reprise s'amorce solidement (EUROPE n° 9951). Une réunion ministérielle au format réduit les 3 et 4 septembre à New Delhi permettra à ses participants d'évaluer les moyens de relancer les pourparlers et de régler les questions pendantes (EUROPE n° 9965). Mme Björling a rappelé la nécessité, face à la crise, d'un accord multilatéral, désormais espéré pour 2010, tout en sachant que les chances d'aboutir restent suspendues à des compromis, d'une part entre les États-Unis et l'Inde sur le volet agricole, d'autre part entre économies développées et émergentes sur les accords sectoriels dans l'industrie. Un accord qui, selon elle, fournirait à tous les membres de l'OMC des gains économiques en matière d'accès au marché, dont la valeur s'est accrue avec la crise. Un accord qui, en outre, favoriserait une meilleure intégration des grandes économies émergentes comme le Brésil, la Chine et l'Inde, dans le système commerciale multilatéral. À cette fin, il ne faut pas, selon Mme Björling, défaire le paquet de compromis ficelé en juillet 2008 mais s'en tenir à cette base et résoudre les questions pendantes en agriculture et sur les produits industriels. La ministre suédoise espère que la réunion de New Delhi puis le sommet du G20 fin septembre à Pittsburgh permettront de « dégager l'énergie nécessaire » pour la reprise des pourparlers à l'automne.
Si l'accord multilatéral est « la préférence », la Suède compte aussi favoriser la conclusion des accords bilatéraux de libre-échange (ALE). Des accords qui ne pourront jamais remplacer un accord multilatéral, reconnaît Mme Björling, mais qui permettront d'étendre au plan mondial la prise en compte de sujets peu couverts par l'OMC, la propriété intellectuelle, l'investissement, la concurrence et les marchés publics (sujets de Singapour). Mme Bjorling s'engage donc à faire progresser les négociations avec la Corée du Sud, quasi bouclées depuis le compromis trouvé entre Européens et Sud-Coréens sur certains points sensibles (EUROPE n° 9950), mais aussi avec l'Inde, très en retard mais qui devraient progresser avec l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement à Delhi, en vue d'un accord en 2010. Avec le bloc ASEAN, l'UE souhaite lancer des négociations individuelles avec les pays prêts à avancer tout en maintenant l'approche régionale. Avec la Communauté andine, il est nécessaire de résoudre à l'OMC la question de la banane et de prendre en compte la situation de la Bolivie et de l'Équateur, réfractaires à la négociation pour le moment. Concernant l'Amérique centrale, les récents événements au Honduras ont reporté les négociations. Quant au Conseil de coopération du Golfe, les négociations sont stoppées par les questions de la clause politique et des droits à l'exportation. La Présidence suédoise promet aussi de ne pas ménager ses efforts pour la signature d'APE avec les ACP, sur une base régionale et qui garantissent une ouverture asymétrique des marchés avec des périodes transitoires, et la conclusion d'ALE solides avec les pays du Partenariat oriental (Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Géorgie, Moldavie et Ukraine). Concernant la Russie, Mme Björling assure que l'UE sera ferme quant aux conditions de son adhésion à l'OMC, espérée en 2010. En vue d'une zone de libre-échange Euromed d'ici à 2010, il sera nécessaire de réviser la feuille de route lors d'une ministérielle en octobre. Stockholm veut aussi accélérer le rythme de la libéralisation du commerce transatlantique et compte sur la réunion du TEC (Transatlantic Economic Council) en octobre pour réfléchir à la question. La Présidence suédoise s'attachera aussi à faire progresser le volet commercial de l'APC avec la Chine. Enfin, Stockholm entend faire progresser, en vue de leur conclusion en 2010, les négociations pour l'accord international sur la propriété intellectuelle, l'ACTA. (E.H.)