Bruxelles, 01/09/2009 (Agence Europe) - Lors de son audition en tant que commissaire désigné au Développement et à l'Aide humanitaire devant la commission du développement du Parlement européen, le Belge Karel De Gucht a rappelé, mardi 1er septembre, qu'il a passé quatorze années dans l'hémicycle (1980-1994). Rendant hommage à son prédécesseur, il a dit que le travail de Louis Michel lui « rend la vie plus facile aujourd'hui ». « Je peux faire miens les objectifs qui ont guidé sa politique », a-t-il ajouté. Parmi les échéances importantes, Karel De Gucht a cité la crise économique et financière qui frappe durement les pays en développement. Le Sommet de Pittsburgh offrira une occasion importante pour la mise en œuvre des engagements pris en avril dernier pour les pays à faible revenu, a-t-il dit, avant d'espérer parvenir à un accord ambitieux lors de la conférence de Copenhague sur le changement climatique. Il a souligné la nécessité de préserver le volume de l'aide - ce qui est particulièrement difficile en période de crise - tout en veillant à améliorer son efficacité et sa transparence. « En aidant nos pays partenaires, nous agissons aussi dans notre intérêt », a-t-il rappelé, avant de souligner la nécessité de suivre de près l'évolution des situations très fragiles que connaissent des pays et des zones comme la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Niger, Madagascar, Fidji, Cuba et la Corne de l'Afrique. Il a rappelé la nécessité de concrétiser la stratégie de l'UE pour l'Afrique et de préparer le prochain sommet UE-Afrique en 2010. En ce qui concerne l'aide humanitaire, il a insisté sur l'indépendance des missions humanitaires, alors que les besoins augmentent notamment à cause du changement climatique (en dix ans, le nombre de catastrophes naturelles a triplé). Rappelant que 122 travailleurs humanitaires ont été assassinés en 2008, il a souligné l'importance d'une meilleure diffusion du droit humanitaire international.
Répondant à une question du libéral luxembourgeois Charles Goerens sur le rôle de la Chine en Afrique, Karel De Gucht a observé que « la Chine peut apporter des sommes importantes pour le développement de l'Afrique », mais il faut aussi que la Chine respecte les règles internationales. À voir la réaction de certains États membres lorsque la Chine intervient en Afrique, « on a quelquefois l'impression qu'on se retrouve dans la guerre froide », a constaté M. De Gucht en appelant les États membres à se « regarder dans (un) miroir ». En réponse à des questions du vert belge Bart Staes et de la verte française Catherine Grèze sur son souhait de conserver son portefeuille dans la prochaine Commission, Karel De Gucht a déclaré: « J'ai un intérêt réel pour ce dossier, mais cela dépendra de la répartition des portefeuilles dans la prochaine Commission, pour autant que je survive à l'audition d'aujourd'hui ». Interrogé par le Belge Frank Vanhecke (Vlaams Belang) sur son attitude dans le contexte de la crise de la banque Fortis en Belgique, le commissaire désigné a dit que l'enquête conduite par la cour d'appel de Gand « montre qu'on ne peut absolument rien me reprocher ». En réponse à la verte finlandaise Heidi Hautala, il a souligné l'importance du respect des droits de l'Homme (il a déploré le déni des droits de l'Homme et les violences contre les femmes auxquelles on assiste dans l'est de la RDC) dans le contexte de la politique de coopération au développement. Il s'est prononcé pour une application très cohérente de l'aide budgétaire. M. De Gucht a ainsi expliqué qu'à la suite d'une intervention de la Suède et du Royaume-Uni, le montant de l'aide au Rwanda a été revu à la baisse, ce qui a contraint les autorités rwandaises à « changer leur fusil d'épaule ».
L'objectif de 0,7% du PNB « est un défi pour tous les États membres », a reconnu Karel De Gucht en faisant référence aux difficiles arbitrages budgétaires qu'il a connus au sein du gouvernement belge. Il a jugé « tout à fait naturelle » la demande du Parlement européen visant à la budgétisation du Fonds européen de développement (FED). En réponse au Guadeloupéen Patrice Tirolien (socialiste français) sur la coopération entre les régions ultrapériphériques et les pays ACP, il s'est prononcé pour davantage de coopération en ce qui concerne le changement climatique. Pour ce faire, le FED et le FEDER doivent être mieux coordonnés. Enfin, à la socialiste belge Véronique De Keyser qui s'inquiétait des possibles « effets de son franc-parler légendaire sur les relations diplomatiques », Karel De Gucht a répondu: « Je vais essayer de contrôler cela. Mais quand on dit la vérité, il y a des gens qui réagissent (…) Avant de le dire tout haut à Kinshasa (il faisait référence à une crise belgo-congolaise après des déclarations effectuées en sa qualité de ministre des Affaires étrangères: NDLR), j'avais eu l'occasion de le dire eyeball to eyeball ».
La plénière doit se prononcer, mercredi 16 septembre à Strasbourg, sur la désignation des trois nouveaux commissaires au Développement, au Budget et à la Politique régionale. (O.J.)