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Bulletin Quotidien Europe N° 9967
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Signification et perspectives de l'accord entre Allemagne et Turquie sur le gazoduc South Stream - Répercussions pour l'UE

L'UE absente. Les grandes manœuvres énergétiques ont connu en août une évolution significative intéressant l'approvisionnement européen ; mais l'UE en tant que telle n'y a pas participé. Je me réfère à l'adhésion de la Turquie au projet South Stream, le gazoduc qui transportera le gaz de Russie, et d'autres sources, à travers la mer Noire, vers la Bulgarie et la Roumanie, en se divisant ensuite en deux bras, l'un dirigé vers la Grèce et l'Italie et l'autre vers la Hongrie et l'Autriche, sans oublier la République tchèque et la Serbie. Par le nouvel accord entre la Russie et la Turquie, cette dernière a ouvert ses eaux maritimes au passage du gazoduc, en échange du droit d'accès au gaz transporté et de sa participation à l'entreprise. Les deux pays signataires ont donné beaucoup d'éclat à la conclusion de cet accord, signé le mois dernier à Ankara par les Premiers ministres Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan. Le Premier ministre d'un pays de l'UE a assisté à la cérémonie et a participé à la conférence de presse finale: Silvio Berlusconi, qui a souligné son rôle de médiateur, ce qui s'explique par le fait que les maîtres d'œuvre du gazoduc sont l'italien ENI et le russe Gazprom.

Les institutions communautaires n'avaient pas participé à la négociation ni n'avaient été invitées à la cérémonie. Dans le domaine de l'énergie, ce n'est pas une nouveauté ; malgré l'ampleur croissante de la législation communautaire dans ce secteur, et son importance, bien des initiatives et des décisions demeurent nationales. Le retard de l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne (qui ouvrira la voie à une politique énergétique commune) prolonge cette situation ; les États membres qui en sont responsables ne sont pas qualifiés pour s'en plaindre. Par ailleurs, l'autonomie des opérateurs privés et des grandes entreprises est de plus en plus une légende ou une illusion. En Russie, Gazprom représente depuis toujours l'un des instruments essentiels de la politique étrangère du pays. Dans le monde occidental, la puissance de certains colosses pétroliers a entretenu parfois l'équivoque, mais, en Europe du moins, le rôle des autorités publiques est de plus en plus prépondérant, ce qui est logique compte tenu du poids stratégique de l'approvisionnement. Dans le cas qui nous occupe, les décisions relatives aux eaux territoriales appartiennent de toute manière aux États. L'accord Russie/Turquie comporte aussi, par ailleurs, des éléments concernant le transport du pétrole.

Deux aspects particuliers. L'évolution du projet South Stream implique deux autres aspects:

a) Répercussions pour l'Ukraine. Le gazoduc South Stream pourrait traverser la mer Noire soit par les eaux turques soit par les eaux ukrainiennes. La Russie a choisi cette seconde possibilité, et selon M. Berlusconi, dans l'état actuel des relations entre Moscou et Kiev, ce choix est normal. Entre-temps, l'Ukraine a obtenu les financements internationaux nécessaires pour réaliser la réforme indispensable de son secteur énergétique et pour éliminer (ou réduire radicalement) les risques d'une nouvelle crise avec la Russie qui affecterait la sécurité de l'approvisionnement de l'UE. Il est donc permis d'estimer que la situation s'améliore ; mais, pour le moment, l'Ukraine continue à payer ses défaillances du passé.

b) Relations entre South Stream et Nabucco. Pendant la conférence de presse Poutine/Erdogan/ Berlusconi (commune bien que, selon certaines sources, M. Erdogan aurait préféré qu'elle fût bilatérale), il a été souligné que les deux projets ne sont pas en concurrence. Selon le président d'ENI, Paolo Scaroni, ils ne sont pas antagonistes mais complémentaires ; c'est une diversification des sources d'approvisionnement. Mais il a quand même réaffirmé qu'à son avis, l'origine du gaz qui pourra alimenter Nabucco de manière suffisante n'est pas claire; dans d'autres occasions, il avait même exprimé des doutes sur la concrétisation du projet, en raison des incertitudes sur l'approvisionnement et de ses règles de fonctionnement, les détenteurs de l'installation n'étant pas propriétaires du gaz transporté.

Ces perplexités ne sont évidemment pas partagées par ses promoteurs, qui ont confiance aussi bien dans la diversification de l'approvisionnement, en songeant notamment au Kurdistan irakien et à l'Iran (même si, pour ce dernier, la situation politique impose de ne pas trop en parler), que dans le système de fonctionnement (le gaz appartenant aux utilisateurs de l'installation).

L'Europe est indispensable. Il est évident qu'une certaine rivalité entre les deux projets existe et que les délais de leur réalisation joueront un rôle essentiel. Selon certains experts, les réserves de cette zone en gaz et en pétrole dépassent celles de l'OPEP. Leur exploitation nécessite toutefois des capacités technologiques et des disponibilités financières dont seuls les États membres de l'UE disposent ; la participation de l'Europe est indispensable. Elle serait plus efficace si elle agissait autant que possible comme un ensemble.

(F.R.)

 

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