Bruxelles, 16/07/2009 (Agence Europe) - Petit à petit, le paysage européen des systèmes d'enseignement se modifie: les écoles acquièrent davantage d'autonomie, les jeunes poursuivent des études de plus en plus longues, le nombre d'élèves et de professeurs diminue. Tel est le constat global de l'édition 2009 des « Chiffres clés de l'éducation en Europe » produite par le réseau Eurydice. Celui-ci dresse un panorama des systèmes d'enseignement de 31 pays européens (les 27 États membres de l'Union européenne, plus l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Turquie) sur base de 121 indicateurs. S'il « révèle des faits réjouissants », « des défis nous attendent également », souligne Ján Figel, commissaire responsable de l'éducation, de la formation, de la culture et de la jeunesse, citant en particulier la pénurie d'enseignants dans certaines régions et la baisse du nombre d'enfants dans le système scolaire obligatoire.
La Commission dégage trois tendances générales: 1) Diminution du nombre d'élèves dans le système scolaire obligatoire et départ à la retraite massif d'enseignants: les projections démographiques dans les pays européens indiquent un recul général de la population des élèves en âge scolaire. Parallèlement, les enseignants de la tranche d'âge la plus proche de la retraite sont surreprésentés. Si un certain équilibre devrait être trouvé entre ces deux tendances, plusieurs pays ou régions seront néanmoins confrontés à une pénurie d'enseignants. Ce défi est l'occasion de mettre à jour et de moderniser ces systèmes tout en les rendant plus efficaces et plus centrés sur la qualité, souligne la Commission ; 2) Allongement de la scolarité obligatoire et forte augmentation de la scolarisation dans l'enseignement supérieur: même si la scolarité obligatoire dure neuf ou dix ans dans la grande majorité des pays, un enfant âgé de cinq ans aujourd'hui passera vraisemblablement 17 ans en moyenne dans le milieu de l'éducation, une tendance générale clairement à la hausse. Certains pays ont par ailleurs instauré des réformes visant à réduire les taux d'abandon scolaire. En Italie et aux Pays-Bas, par exemple, tous les élèves de moins de 18 ans doivent rester à l'école tant qu'ils n'ont pas obtenu un certificat d'études de base. Par ailleurs, le nombre d'étudiants de l'enseignement supérieur n'a cessé d'augmenter depuis 1998 et a dépassé les 18 millions (soit une hausse de 25% en huit ans). Un tiers de l'ensemble des 20-22 ans suit actuellement des études supérieures, alors que les femmes sont globalement plus nombreuses que les hommes dans les établissements d'enseignement supérieur (123 femmes pour 100 hommes). Des déséquilibres notables subsistent néanmoins selon les domaines d'études ; 3) Autonomie accrue des écoles associée à une augmentation des évaluations externes, mais des politiques différentes en matière de publication des résultats: la tendance presque universelle en faveur d'une augmentation de l'autonomie des écoles est allée de pair avec l'adoption de mesures visant à évaluer régulièrement les systèmes, les établissements et le personnel d'enseignement. L'étude révèle encore que des évolutions positives ont cours en matière d'assurance qualité, de nombreux pays ayant instauré des évaluations normalisées. Cela dit, les politiques diffèrent énormément en matière de publication des résultats et seule une minorité d'entre elles prévoit des publications régulières.
Par rapport aux chiffres de 2006 et de 2007, l'étude fournit également des réponses à d'autres questions comme: dans quelle mesure les parents peuvent choisir l'école de leur choix pour leur enfant ? Quels sont les pays qui dépensent le plus par élève ? Quels sont ceux qui valorisent le mieux le métier d'enseignant ? Combien d'heures de cours les enseignants doivent-ils donner par semaine ? Quels sont les pays qui demandent des frais d'inscription pour l'entrée à l'université ? Comment les pays gèrent-ils les élèves dont la langue maternelle diffère de la langue d'enseignement ?
Par rapport aux cinq critères de référence que les États membres se sont fixés pour 2010, Eurydice parvient aux mêmes constatations que le dernier rapport annuel d'évaluation de la Commission (EUROPE
N° 9701): les États membres n'ont atteint qu'un seul objectif, à savoir l'augmentation du nombre de diplômés des filières mathématiques, scientifiques et technologiques (objectif 2010: augmenter le nombre d'étudiants de 15% dans ces domaines). Pour trois autres critères (réduire les abandons précoces du système scolaire, augmenter la participation des adultes aux activités d'éducation et de formation tout au long de la vie et augmenter le taux d'achèvement du second cycle de l'enseignement secondaire), les efforts se poursuivent lentement mais de manière continue. Seul l'objectif lié à la maîtrise de la lecture n'est pas en voie d'être atteint. Pire, la situation en la matière s'est même détériorée au cours des dernières années.
En conclusion, les experts Eurydice exhortent les pays européens à ne pas prendre comme prétexte la crise économique actuelle pour réduire les financements en faveur de l'enseignement. Ce serait une grave erreur pour l'avenir économique et social de l'Europe qui doit miser sur un capital humain expérimenté et bien formé pour affronter les défis futurs. Ensuite, l'équilibre précaire qui semble se dessiner entre le recul de la population en âge scolaire et le départ à la retraite de nombreux enseignants ne doit pas pousser les dirigeants à prendre à la légère le risque réel de pénurie d'enseignants dans certaines régions. Au contraire, le métier d'enseignant doit être revalorisé pour donner une nouvelle dynamique à cette profession. (I.L.)