Stockholm, 16/07/2009 (Agence Europe) - Les ministres de l'Intérieur de l'UE souhaitent que les polices européennes collaborent davantage entre elles sur le terrain grâce aux structures existantes et aux nouvelles techniques d'échange d'informations. « Nous avons beaucoup insisté sur l'amélioration de la coopération dans la lutte contre la criminalité transfrontalière comme la criminalité organisée, la traite des êtres humains, l'exploitation sexuelle des enfants, la pédopornographie ou encore la fraude fiscale», a indiqué la ministre suédoise de la Justice, Beatrice Ask, à l'occasion d'une réunion informelle, à Stockholm. « Il faut renforcer la collaboration entre les polices, les juges et les procureurs et les agents des douanes (…) Et les former plus », a-t-elle ajouté, soulignant aussi la nécessité de spécialiser davantage les forces de police.
Lors de la réunion, le secrétaire d'État allemand Peter Altmaier a proposé la création d'un code européen des polices (Polizei Kodex) regroupant l'ensemble des législations européennes (Schengen, Prüm etc.). La ministre Ask a également mis l'accent sur la valorisation des agences de l'Union, comme Europol et Eurojust. « Tout une série d'agences existent. Si elles étaient mieux intégrées, davantage d'efficacité pourrait en être retirée », a-t-elle dit. « Nous devons mieux utiliser les instruments qui existent déjà », a-t-elle renchéri.
Pour une grande majorité de ministres, le temps est désormais venu de développer les instruments mis en place ces dernières années, sans pour autant en créer de nouveaux. À cet égard, la ministre a annoncé la tenue, le 1er octobre, d'une réunion informelle des ministres de l'Intérieur avec Europol, afin de dessiner les objectifs futurs de cette agence, laquelle disposera de pouvoirs accrus début 2010. Elle a aussi dit que tous les ministres ont insisté sur l'importance de disposer d'un meilleur système de gestion de l'information. Dans ce contexte, le commissaire européen chargé de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité, Jacques Barrot, a rappelé avoir récemment proposé un projet d'agence pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle qui gérerait, par exemple, le Système d'information de seconde génération (SIS II), le Système d'information sur les visas et Eurodac, la base de données contenant les empreintes digitales des demandeurs d'asile (EUROPE n° 9928). « Notre objectif est que les polices de base dans chaque pays sachent bien se servir de ces systèmes d'informations », a souligné le commissaire. Pour l'instant, l'Estonie s'est dite intéressée pour accueillir cette future agence, mais la France aimerait également bien pouvoir héberger cette structure. « C'est une évolution qui paraîtrait normal à Strasbourg », car la ville accueille déjà le SIS, a glissé à quelques journalistes Alain Marleix, le secrétaire d'État français à l'Intérieur. La France a par ailleurs défendu, une fois de plus, l'idée de développer un système européen d'échange des données des passagers aériens (PNR). D'autres pays, comme la Slovénie et la Finlande, ont appuyé l'idée de la création d'un système d'entrée-sortie dans l'UE, de manière à mieux contrôler l'immigration irrégulière. Tant le commissaire que la ministre suédoise ont souligné la nécessité de trouver un « équilibre » entre les mesures répressives et la protection des droits fondamentaux. « Le problème de la circulation des informations et des renseignements est lié à la confiance que portent les citoyens dans leur utilisation par les services de police », a fait valoir M. Barrot, lequel a mis en avant deux principes devant être respectés: la finalité (à quoi et à qui servent ces données) et la proportionnalité (conditionner l'utilité des données par rapport aux besoins réels). Les ministres ont aussi envoyé un message fort à leurs collègues chargés des relations extérieures, en leur faisant comprendre que la sécurité devrait dorénavant faire systématiquement l'objet de discussions lors des réunions entre l'UE et les pays tiers. Mme Ask a expliqué que l'ensemble des ministres étaient tombés d'accord sur le besoin de mettre en place « une stratégie claire de coopération » avec les pays tiers, notamment les pays candidats et voisins, ainsi que d'autres grands partenaires. « Il faut que la diplomatie européenne intègre ces problèmes de sécurité, notamment à l'occasion des Sommets avec les États-Unis et la Russie », a renchéri M. Barrot. À cet effet, un chapitre spécifique sur les relations extérieures au sein du Programme de Stockholm devrait donc voir le jour.
Le commissaire Barrot a enfin évoqué le sujet de la coopération européenne en matière de protection civile, rappelant que la première étape consiste à ce que « chaque État membre s'engage à rendre disponible en cas de crise grave du matériel, à condition qu'il soit interopérable et que les gens puissent communiquer entre eux. Il faut donc des formations ». Il est en revanche difficile de trancher pour savoir s'il faut oui ou non doter les forces de moyens communs, a expliqué le commissaire. Les ministres poursuivront cet automne les négociations sur le programme de Stockholm, un nouveau programme de travail quinquennal ayant pour objectif de renforcer la coopération en matière de justice et d'affaires intérieures (EUROPE n° 9918). (B.C.)