Bruxelles, 16/07/2009 (Agence Europe) - À en croire la presse algérienne, le torchon brûle entre Alger et Bruxelles, et la presse du pays n'hésite pas à écrire qu'une renégociation de l'accord d'association signé en avril 2002 est envisagée. Mais Bruxelles ne fait pas grand cas de telles turbulences qui semblent révéler une lutte aiguë entre les partisans de l'ouverture économique et ceux qui veulent maintenir le marché fermé à la collaboration avec le secteur privé. En cause, des mesures adoptées par le gouvernement algérien portant sur les conditions d'exercice des activités commerciales des entreprises étrangères qui provoquent une crise ouverte. Cet épisode s'ajoute à plusieurs autres qui indiquent que l'Algérie, même si elle a adhéré à la démarche européenne à l'égard de tous les pays du pourtour méditerranéen, s'était, dès le départ, sentie mal à l'aise face au volet commercial de l'accord qui semble mal cadrer avec ses spécificités de pays pétrolier dont les échanges demeurent déséquilibrés: des exportations essentiellement constituées d'hydrocarbures contre le besoin de recourir massivement aux importations pour satisfaire les besoins locaux. Les opérateurs économiques du pays exercent une pression constante sur le gouvernement et affirment que, quatre ans après l'entrée en vigueur de l'Accord, l'objectif d'une « zone de prospérité partagée », « gagnant-gagnant », ressemblerait de plus en plus à un « mirage ». Le problème ne provient pas de la relation avec l'UE mais il est interne et montre la difficulté qu'éprouve l'économie algérienne à profiter pleinement des bénéfices de l'accord, résume-t-on de source européenne où l'on fait état de nombreux quotas restés inutilisés (notamment dans la production agro-alimentaire comme dans la transformation des tomates). L'Algérie parvient difficilement à insuffler du dynamisme à ses entreprises malgré les appuis consentis par la Commission européenne et la Banque européenne d'investissement (BEI), explique-t-on à Bruxelles où l'on renvoie à divers témoignages d'organismes économiques internationaux qui montrent le besoin, pour l'économie algérienne, d'être davantage libéralisée.
D'application depuis mai dernier, les mesures qui ont déclenché la crise sont jugées contraires aux arrangements commerciaux convenus au titre de l'accord d'association. La Commission européenne demande le respect des dispositions que les deux parties se sont engagées à observer. Une lettre de la commissaire européenne au Commerce, Catherine Ashton, adressée au ministre du Commerce algérien, fait valoir que ces «mesures semblent être en désaccord avec l'accord d'association (...) qui contient une clause de stabilité (et qui) engage l'Algérie à accorder le traitement national aux prestataires de services de l'UE » ainsi qu'à garantir « la libre circulation des capitaux entre les deux parties ». Dans sa lettre à El Hachemi Djaâboub, Catherine Ashton, selon ce que la presse algérienne a publié, « encourage (…) à reconsidérer les mesures annoncées et à explorer la possibilité de suspendre leur application ». La réponse se fait encore attendre mais, par voie médiatique, le ministre a affirmé de façon non officielle que « l'Algérie prend ses décisions en toute souveraineté et nul ne peut s'arroger le droit de lui dicter ce qu'elle doit faire ». M. Djaâboub avance l'argument que « l'Algérie, qui constitue un grand marché de 51 milliards de dollars, se doit de prendre les mesures d'encadrement de l'investissement à même de sauvegarder ses intérêts ». « Les décisions prises, entre autres l'imposition aux sociétés commerciales étrangères d'ouvrir obligatoirement leur capital à une participation algérienne de 30% au moins, seront strictement respectées et appliquées car il s'agit de mesures qui engagent la souveraineté nationale, quelle que soit la réaction de ces sociétés », a-t-il ajouté. Certains, du côté algérien, font valoir le « caractère conjoncturel » de ces décisions, alors que le pays enregistre à la fois une chute de ses recettes pétrolières et une baisse des ventes hors hydrocarbures à l'étranger, en particulier vers l'UE, principal partenaire commercial. Les informations livrées indiquent que les exportations hors hydrocarbures restent faibles, ne dépassant pas 800 millions de dollars alors que les achats extérieurs ont « dépassé les prévisions », atteignant le seuil des 40 milliards de dollars, une « aubaine pour l'Europe, le premier fournisseur de l'Algérie ». L'UE est le premier partenaire commercial de l'Algérie, avec 53,23% des importations et 51% des exportations. À Alger, l'UE est même pointée du doigt à propos du dossier d'adhésion à l'OMC et la Commission serait accusée de ne pas fournir le soutien espéré en mettant en avant le problème du « double prix » du gaz, lequel crée une distorsion de concurrence en faveur des productions algériennes.
Les médias algériens publient aussi des commentaires d'une source anonyme européenne qui regrette « le caractère rétroactif » de la décision. « Le gouvernement algérien aurait pu utiliser la clause de sauvegarde prévue par l'accord d'association », selon un fonctionnaire qui a requis l'anonymat. « Surtout que la cause est connue, avec la crise économique et les risques qui pèsent sur la balance des paiements », ajoute la même source. (F.B.)