Bruxelles, 10/07/2009 (Agence Europe) - La commissaire Viviane Reding, responsable de la société de l'information et des médias, estime qu'il est grand temps que l'Europe prête une oreille plus attentive à la jeune génération en matière de politique numérique, et envisage une stratégie moins technocrate et plus subtile qui tienne compte des aspirations du consommateur de demain.
S'exprimant au cours d'un séminaire organisé jeudi 9 juillet par le Lisbon Council, Mme Reding a exposé la stratégie européenne qu'elle souhaitait, à court et moyen terme, en matière de télécommunications et de nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC). « Notre cible est claire: nous aimerions avoir l'internet à large bande pour tous les Européens à l'aube de 2010 et l'internet à large bande à très grande vitesse pour tous les Européens à l'aube de 2013 », a-t-elle déclaré. Au cours des prochains mois, elle envisage quatre étapes à franchir: 1) parvenir à la réforme du « paquet télécom » dont l'adoption est actuellement bloquée suite au veto du Parlement européen (EUROPE n° 9896). Les experts estiment que la fragmentation du marché européen coûte actuellement 20 milliards d'euros par an, « un facteur de coût que, au regard de la crise actuelle, nous devrions éliminer aussi vite que possible en permettant à la réforme d'entrer en vigueur » ; 2) encourager une concurrence efficace et des investissements durables dans les réseaux de nouvelle génération, en particulier les réseaux en fibres optiques. La Commission a publié récemment des lignes directrices à ce propos (EUROPE n° 9922) ; 3) rendre les services mobiles de troisième génération (« 3G ») plus attractifs et faciliter l'introduction de la nouvelle génération de services mobiles LTE (Long Term Evolution) ; 4) accélérer la transition de la diffusion analogique au numérique afin de libérer le plus vite possible des portions du spectre, indispensables pour la mise en œuvre de nouvelles applications sans fil. Rappelant les bénéfices immenses que l'Union européenne retirerait de cette transition (entre 150 et 200 milliards d'euros plus 50 milliards supplémentaires si les pays européens coordonnaient leurs politiques en la matière) et le fait que les États-Unis ont déjà effectué la transition, Mme Reding appelle les gouvernements européens à ne pas attendre la date-butoir de 2012 pour faire la transition et annoncé une consultation publique en la matière pour déterminer comment coopérer au mieux.
Dans les années à venir, la commissaire Reding (qui espère pouvoir renouveler son mandat de commissaire aux Télécommunications, selon plusieurs sources) se veut ambitieuse: « L'Europe ne peut pas surnager en réservant simplement le spectre suffisant et en créant des infrastructures modernes ; auriez-vous envie de prendre un train à grande vitesse qui ne se rend pas vers une destination excitante ? », a-t-elle interrogé. Dans l'optique d'une consultation publique qui s'ouvrira en août, Viviane Reding a dévoilé les chantiers qu'elle entend poursuivre au cours des cinq prochaines années: 1) rendre l'accès aux contenus numériques plus accessibles et plus attractifs. Abordant la question délicate du respect des droits d'auteur et du libre accès à internet, la commissaire déplore l'acharnement des parties, qui campent sur leur position sans élargir le débat. Les chiffres d'Eurostat montrent que 60% des jeunes ont téléchargé du contenu audiovisuel au cours des derniers mois sans payer et 28% déclarent ne pas vouloir payer ce qu'ils téléchargent. Des chiffres qui montrent un réel malaise avec le système actuel, souligne Mme Reding. Défendant sans ambigüité le droit des auteurs et des artistes, la commissaire estime que le système actuel doit néanmoins tenir compte des aspirations des jeunes internautes et invite les décideurs politiques à se pencher sur la question. Deux pistes sont à explorer: un système de licence unique couvrant l'ensemble du territoire européen et l'élaboration de règles encourageant la numérisation des livres. Élaborer des règles permettant aux auteurs de livres qui ne sont plus disponibles sur le marché (90% des collections des bibliothèques nationales en Europe seraient concernées) de percevoir une rémunération lorsque leur œuvre est consultée sur internet, permettrait à ceux-ci de profiter de l'Europe numérique et aux consommateurs de disposer d'un matériel didactique unique. « Si nous ne réformons pas nos règles européennes en matière de copyright (…) rapidement, la numérisation et le développement d'offres de contenus attractives n'auront pas lieu en Europe mais de l'autre côté de l'Atlantique », a prévenu la commissaire ; 2) préparer un espace européen sûr et favorable aux consommateurs pour les paiements électroniques par voie mobile, afin de dresser les barrières de sauvegarde nécessaires pour un mode de paiement qui deviendra de plus en plus répandu ; 3) ouvrir l'économie numérique aux petites entreprises en créant un système de « cloud computing » comparable au système américain (système qui permet aux petites entreprises de télécharger des logiciels commerciaux pour une somme mensuelle modique plutôt que d'acheter ces logiciels avec l'obligation de les contrôler régulièrement) ; 4) utiliser les TIC pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en incitant, par exemple, les hommes d'affaires à organiser des réunions par vidéo conférence plutôt que d'utiliser les transports aériens ou en améliorant encore les performances écologiques des voitures. « La politique du « wait and see » n'est certainement plus une option pour l'Europe (…) Une génération d'Européens rompue à la technologie high tech (…) nous attend au tournant, si nous nous concentrons sur les bonnes politiques et les bonnes priorités. Je pense que le moment est venu de le faire », a conclu la commissaire. (I.L.)