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Bulletin Quotidien Europe N° 9936
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Vers une « relance à la belge » de l'intégration européenne ?

Pas une position officielle, mais… La Belgique a-t-elle l'intention de jouer un rôle moteur dans la relance de l'intégration européenne ? Quelques éléments significatifs l'indiquent. Et ce ne sont pas des phrases vagues ou des expressions génériques de bonne volonté, mais des intentions précises n'excluant pas l'éventualité, si nécessaire, d'envisager ce qu'on appelait autrefois l'Europe à deux vitesses. Je me réfère à une interview, publiée la semaine dernière dans le journal Le Soir, d'Olivier Chastel, secrétaire d'État aux Affaires étrangères chargé de préparer la Présidence belge du Conseil de l'UE (deuxième semestre 2010), Il ne s'agit pas d'un document écrit ni d'une prise de position officielle ; mais il est difficile d'imaginer que M. Chastel ne reflète pas certaines vues et orientations du gouvernement dont il fait partie.

Une année est encore nécessaire avant que la Belgique assume cette présidence, mais la préparation est déjà active en raison du renforcement de la « méthode du trio», c'est-à-dire la préparation coordonnée de trois présidences successives. Ce principe est déjà plus ou moins efficacement appliqué depuis quelque temps ; mais le Traité de Lisbonne va lui donner un caractère formel, et les trois pays d'abord concernés -l'Espagne, dès le premier janvier prochain, la Belgique et ensuite la Hongrie- ont décidé d'en anticiper la pleine application: entre eux, ce n'est plus simplement un échange d'informations sur les intentions respectives mais la définition de priorités et d'un programme commun couvrant, en principe, une année et demie. Cet exercice, effectué dans la mesure où il est possible de prévoir l'avenir, laisse ouverte la possibilité pour chacune des trois présidences de mettre l'accent sur l'un ou l'autre aspect et d'indiquer une orientation politique générale. Et dans cet aspect, les déclarations de M. Chastel prennent toute leur signification.

Respecter la méthode communautaire. Le titre donné à l'interview est déjà significatif en lui-même: « La Belgique, gardienne de l'utopie ». Le responsable belge insiste d'abord sur le respect de la méthode communautaire. Les innovations institutionnelles introduites par le Traité de Lisbonne ne doivent pas entraîner une nouvelle dérive en direction de la méthode intergouvernementale. Le redressement par rapport à certaines tendances passe notamment, selon M. Chastel, par le rétablissement du rôle central du Conseil Affaires générales (CAG) qui « doit devenir le lien entre toutes les formations du Conseil et entre les institutions. C'est lui qui devra dicter l'agenda, pas le futur président stable du Conseil européen ». C'est une position affirmée depuis toujours par Jacques Delors. La Belgique invite à étudier la possibilité que chaque État membre nomme un vice-premier ministre ayant une responsabilité générale sur les affaires européennes ; il lui reviendrait de participer aux sessions du CAG. La Belgique confirme en même temps, c'est logique, qu'elle est favorable à une Commission européenne forte.

Avancer « à quelques-uns », si nécessaire. Nous voici au point fort de l'interview. M. Chastel a la sensation que certains États membres n'ont pas entièrement assimilé « le projet européen ». Il est indispensable, à son avis, de le définir « territorialement et conceptuellement ». Il ajoute: « La manière avec laquelle nous avons voulu l'Union s'est effilochée.» Faut-il alors envisager une rupture avec ceux qui ne seraient pas d'accord? Voici sa réponse: « Aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'elle soit souhaitable. Mais elle pourrait le devenir. Ce n'est pas impossible qu'il faille, à un moment donné, à quelques-uns, donner une nouvelle impulsion à l'Union. »

La deuxième vie de Guy Verhofstadt. L'autre «cas belge» est celui de M. Verhofstadt. Dès qu'il a été élu député européen, il a déclaré: « C'est la deuxième partie de ma vie politique qui commence ». Et il entend s'y consacrer entièrement, à partir des fonctions de président que son groupe politique (démocrates et libéraux, ADLE, troisième force du PE avec 84 membres) lui a confiées, et qu'il considère comme un emploi à plein temps. Ses orientations et intentions européennes, il les avait déjà montrées en tant que Premier ministre de son pays (la Déclaration de Laeken, c'était déjà lui) ; dans la dernière campagne électorale, il avait négligé les querelles nationales pour mettre l'accent sur les enjeux européens, et les électeurs l'ont amplement suivi.

« Je n'ai pas d'agenda caché, je suis là pour les cinq ans de la législature », a-t-il affirmé, en indiquant deux objectifs: a) « une large coalition des forces politiques qui ont un engagement pro-européen ; b) « une stratégie, face à la crise économique et financière, qui soit spécifique à l'Union européenne et ne se limite pas à coordonner vingt-sept plans de relance nationaux ». Ses orientations générales pour l'Europe, il les avait développées dans son livre - prix du livre européen en 2006 - dont le titre est en lui-même clair: « Les États-Unis d'Europe ». Son nouvel ouvrage a un double titre: « Sortir de la crise - Comment l'Europe peut sauver le monde ». Excessifs l'un et l'autre, ces titres ? C'est possible ; mais éloquents.

(F.R.)

 

Sommaire

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