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Bulletin Quotidien Europe N° 9909
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/Économie

Réunis à Paris, les syndicalistes européens adoptent une déclaration pour « combattre la crise et gagner demain »

Paris, 27/05/2009 (Agence Europe) - La conférence à mi-mandat de la Confédération européenne des syndicats (CES) s'est ouverte, mercredi 27 mai, sur un espoir de changement et avec un « programme de travail ambitieux », comme l'a souligné le vice-président de la CES et secrétaire général de l'UGT (Espagne), Candido Mendez. Fort du succès des récentes Euro-manifestations -qui ont vu défiler au total près de 350 000 personnes dans les rues de Bruxelles, Madrid, Berlin et Prague-, le syndicaliste espagnol en a profité pour rappeler la doublé légitimité de la CES: nous disposons à la fois de la « force démocratique » (la force du nombre) et de « l'autorité morale » pour « défendre les revendications des travailleurs qui sont les premiers exposés aux effets les plus dévastateurs de la crise ».

Le capitalisme financier brocardé - Hôte de cette conférence syndicale, la première adjointe au maire de Paris, Anne Hidalgo (ancienne inspectrice du travail) a mis d'emblée à l'index les responsables de la crise qui, selon elle, « n'est pas le fait d'une main invisible » mais bel et bien du « cynisme » d'un certain nombre d'acteurs de la finance qui ont « privilégié la recherche de profit à court terme, avec des taux de rendement à 20%, au détriment des investissements à long terme ». Les acteurs de la finance ne sont pas les seuls à être ainsi visés: « Les responsables politiques ont permis aux joueurs de casino de s'amuser comme ils l'ont fait, après 30 ans de déréglementation, de privatisation et de suppression des règles », a dénoncé le syndicaliste allemand Michael Sommer, président de DGB. John Monks, le secrétaire général de la CES, estime pour sa part que le capitalisme financier anglo-saxon, « encouragé par Reagan et Thatcher » au début des années 80 puis apprivoisé par les sociaux-démocrates partisans de la « Troisième Voie » (Bill Clinton, Tony Blair et Gerhard Schröder notamment), a subi « un arrêt cardiaque » après le choc de la crise financière. Pour s'assurer que le « capitalisme de casino ne se relève plus jamais », il faut désormais que des décombres sorte « un secteur financier régulé, davantage axé sur les investissements durables à plus long terme », a affirmé John Monks.

Adoption de la déclaration de Paris - Après la dénonciation des causes de la crise, il s'agit d'organiser la riposte syndicale au niveau européen. À cet égard, la CES réclame « un nouveau Deal social dans l'UE en guise de moteur de justice sociale et en faveur d'emplois plus nombreux et de meilleure qualité », comme le stipule la Déclaration de Paris de la CES adoptée, mercredi, avec quelques amendements, et dont voici les principaux points: 1) Un vaste plan européen de relance fondé sur un plan européen d'investissement totalisant 1% annuel du PIB en faveur de l'emploi, de la R&D, des technologies vertes et des services publics de qualité ; 2) Un agenda social européen « puissant et constructif » afin de renforcer les systèmes de protection sociale, éviter « l'exclusion sociale » et garantir « l'accès aux services publics pour tous ». La déclaration note au passage que la politique sociale et les services publics « ne devraient pas être affaiblis par une application trop rigide du Pacte de stabilité » ; 3) La CES s'engage en faveur d'un Protocole de progrès social « donnant la priorité aux droits sociaux et à l'action collective », et un « renforcement de la directive sur le détachement des travailleurs fondé sur l'égalité de traitement et le respect du droit en application dans le lieu de travail » ; 4) Un renforcement des négociations collectives en vue de protéger le pouvoir d'achat. La BCE est notamment appelée à ne pas « affaiblir les négociations salariales en augmentant prématurément les taux d'intérêt dès que la crise immédiate semble être terminée » ; 5) La CES fait enfin appel à la «solidarité européenne » pour protéger contre « les excès du capitalisme financier », ce qui passe par un accroissement des fonds structurels (Fonds social européen et Fonds d'ajustement à la mondialisation).

Une étroite fenêtre d'opportunité - Si les représentants des 82 syndicats membres de la CES s'accordent sur les causes et les conséquences de la crise, il faut désormais transformer la déclaration de principe en action concrète: « On ne se réunit pas pour creuser des tranchées », a prévenu Jean-Christophe Le Duigou (le numéro deux de la CGT, France), avec cette formule empruntée au secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, finalement absent hier à l'Hôtel de ville de Paris. Après être parvenu à enclencher « un mouvement revendicatif européen au lieu de se replier nationalement », les syndicats européens doivent dès à présent « bâtir des perspectives communes ». Le Britannique Brendan Barber (secrétaire général du TUC) a dénoncé le protectionnisme national et condamné la phrase de Gordon Brown, « British jobs for British workers », avant de défendre une coordination européenne pour garantir des « emplois décents pour tous les travailleurs ». Reste que « la fenêtre d'action est très étroite », a mis en garde la Néerlandaise Agnes Jongerius (présidente du FNV, Pays-Bas). Déçue que « le commissaire Spidla ou le président de la Commission Barroso n'aient pas réagi » face aux revendications défendues durant les Euro-manifestations, elle propose de « s'inviter à la table des négociations ». Mais le temps presse, car déjà « les signes de danger apparaissent », estime John Monks qui constate que « les banquiers reprennent confiance et se mobilisent pour repousser une réglementation plus stricte » et repousser « les propositions pourtant modestes de la Commission européenne visant à réguler les fonds spéculatifs et les capitaux privés ». (Y.P.)

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