Bruxelles, 03/02/2009 (Agence Europe) - Le Parlement européen a montré, mardi 3 février, que s'il soutenait majoritairement la décision du président américain Barack Obama de fermer la prison de Guantanamo, il était en revanche loin d'être unanime sur l'accueil d'ex-détenus dans l'Union européenne. Les députés étaient appelés à débattre conjointement de cette question et de celle des vols de restitutions de la CIA en Europe. Concernant l'accueil des détenus, les députés voteront mercredi une résolution de compromis, qui laisse la porte ouverte à l'accueil des prisonniers contre lesquels aucune charge n'est retenue. Une résolution sur les vols de la CIA sera soumise au vote dans quinze jours, lors de la plénière à Bruxelles.
S'exprimant au nom du PPE-DE, l'Allemand Hartmut Nassauer a estimé que beaucoup de prisonniers avaient été entraînés en Afghanistan après le 11 septembre. « Ce sont des terroristes potentiels et nous sommes ici pour protéger nos citoyens », a-t-il dit. « Nous devons nous assurer que des terroristes potentiels n'entrent pas sur le territoire européen », a-t-il affirmé. Pour le PSE, l'Allemand Martin Schulz a rappelé que cette sécurité est « une nécessité absolue », mais qu'il ne fallait pas que l'UE envoie un message erroné qui pourrait être « fatal ». « Ne pas donner un coup de pouce aux États-Unis est une erreur complète et n'est pas conforme à notre vision de l'UE et à notre idée de la communauté de valeur », a précisé le député, qui souhaite que les droits fondamentaux priment sur les aspects de sécurité. Le chef de file de l'ADLE, le Britannique Graham Watson, a rappelé que « 245 détenus vont sortir de Guantanamo. C'est quelque chose que les Américains ne peuvent pas gérer tout seuls », a-t-il dit. Quant à ceux qui ne représentent pas une menace, l'Europe ne devrait-elle pas leur offrir des droits et la liberté ? « Nous avons critiqué les Américains. Maintenant, on nous demande notre aide, ce serait injuste de dire non », a-t-il lancé. Konrad Szymañski (UEN, polonais) a concédé que la fermeture de Guantanamo était « une opération compliquée ». Selon lui, la prudence est de mise car certains détenus libérés ont repris immédiatement des activités terroristes. « Trois choses sont claires: nous devrions reprendre nos citoyens et nos résidents, isoler les menaces sérieuses et chercher une réforme de l'actuelle Convention de Genève », a-t-il estimé. Pour Kathalijne Buitenweg (Verts/ALE, néerlandaise), les États membres doivent « donner leur oui » à l'accueil de prisonniers. Elle a également indiqué à la Présidence de l'UE qu'il ne fallait pas oublier la collusion de certains États membres dans l'affaire des restitutions de la CIA. Gabriele Zimmer (GUE/NGL, allemande) a jugé que Guantanamo constituait « une violation patente » de tous les principes du droit international. « Nous entendons nous lancer dans un marchandage de tapis ? C'est cynique », a-t-elle fait savoir. « Je lance un appel aux États membres pour qu'ils prennent position », a réclamé Mme Zimmer avant de dire: « La fermeture du centre de rétention est une bonne chose mais il faut que les Américains partent aussi de Guantanamo ». Nils Lundgren (IND/DEM, suédois) a estimé que les personnes libérées n'avaient pas à rester sur le territoire américain mais en même temps « nous ne sommes pas obligés de les accueillir dans l'UE ». Bruno Gollnisch (NI, français) a expliqué que les Européens ne devaient pas « servir d'exutoire à la politique des États-Unis ». Selon lui, le problème est clair: ceux qui n'appartiennent ni à la catégorie des criminels de droit commun, ni à celle des criminels de guerre doivent pouvoir rentrer chez eux. « Si certains ne souhaitent pas rentrer, il leur appartient de demander l'asile politique à leurs geôliers », a-t-il dit.
Le vice-Premier ministre tchèque chargé des affaires européennes, Alexandr Vondra, dont le pays préside l'UE, a rappelé que la décision de fermer la prison de Guantanamo était « avant tout de la responsabilité des États-Unis ». Quant à la question de savoir si l'UE peut accepter des détenus, la réponse « revient à chaque État membre », a-t-il dit, précisant toutefois qu'« une réponse commune de l'UE est souhaitable ». Concernant les vols illégaux et les prisons secrètes de la CIA sur le territoire européen, M. Vondra s'est félicité de ce que le programme secret de détention, les transfèrements illégaux, les méthodes d'interrogatoire utilisant la torture aient été annulés. « Le Conseil a toujours répété son engagement dans la lutte contre le terrorisme », a-t-il répété. Et de préciser: « Les choses ont changé et cela signifie qu'il faut dorénavant se concentrer sur l'avenir ». De son côté, le commissaire européen chargé de la Justice, de la Sécurité et de la Liberté, Jacques Barrot, a expliqué que concernant l'accueil des détenus, une réflexion avait été engagée avec le secrétariat général du Conseil de l'UE pour anticiper une réponse à la demande faite par les États-Unis. « Une coopération positive s'impose », a-t-il affirmé, précisant qu'il ferait appel aux États membres, le 26 février prochain (Conseil JAI), en faveur d'une « approche concertée ». Nous pourrons nous servir du précédent lors de l'accueil des Palestiniens après la crise de l'Église de la Nativité en 2002 (accueil temporaire de 13 Palestiniens). « C'est aux États membres concernés de définir le statut des prisonniers qui seraient éventuellement transférés sur leur territoire », a toutefois rappelé M. Barrot. Concernant les activités illégales de la CIA en Europe, M. Barrot s'est dit satisfait qu'une enquête criminelle ait été ouverte en août 2008 en Pologne et qu'une enquête parlementaire suive son cours en Roumanie. Rappelant que la Commission n'avait pas de compétence en la matière, il a néanmoins espéré que ces enquêtes aillent à leur terme et aboutissent à des dédommagements des victimes. (B.C.)
Session plénière du Parlement européen