Bruxelles, 03/02/2009 (Agence Europe) - La Commission européenne doit adopter, jeudi 5 février, un plan d'action destiné à mieux protéger de la pêche les requins et autres sélaciens (raies et chimères). La communication de Joe Borg sur ce thème devrait suggérer notamment de mieux prendre en compte les avis scientifiques, d'améliorer les contrôles de la filière, et de renforcer le règlement de 2003 qui interdit la pratique du « finning ». Le finning consiste à prélever sur le bateau les ailerons d'un requin et à rejeter sa carcasse à la mer. Le finning est interdit dans les eaux communautaires, mais des dérogations existent pour contourner la règle générale.
Shark Alliance, une coalition de plus de 60 organisations écologiques, scientifiques et de loisirs marins, dit soutenir les objectifs du plan d'action européen: une législation plus stricte sur la pêche et de nouvelles initiatives pour la collecte de données. Selon Shark Alliance, la plupart des requins et des raies sont particulièrement vulnérables à la surpêche du fait de leur croissance lente et de leur faible taux de reproduction. Selon, l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), près d'un tiers des espèces de sélaciens d'Europe sont menacées d'extinction. L'Espagne est le pays de l'UE qui pêche le plus de requins (46% du total de l'UE, selon les données de la FAO qui datent de 2005), devant la France (19,5%), le Royaume-Uni (14,6%) et le Portugal (6,5%). Selon Shark Alliance, la législation de l'UE interdisant le finning est « une des plus laxistes au monde à cause de ses vides juridiques ».
Oceana, l'organisation vouée à la protection des océans, a publié, mardi 3 février, un rapport qui lève un coin du voile sur ces activités de pêche au requin. Il convient de préciser qu'à l'exception du requin taupe, il n'y a pas dans l'UE de pêche ciblée des requins (il s'agit de captures accidentelles). En 2005, l'UE fut responsable de 56% des importations mondiales de viandes de requins et de 32% des exportations mondiales, selon le rapport d'Oceana intitulé « From the Head to Tail: How European nations commercialise shark products » (http://www.oceana.org ). En 2006, poursuivent les auteurs du rapport, les pays de l'UE (principalement l'Espagne, le Portugal, la France et l'Allemagne) ont importé plus de 40 000 tonnes de viande de requins. Les requins sont traqués surtout pour leurs ailerons, qui entrent dans la composition des soupes asiatiques. L'Espagne fournit environ 95% des ailerons exportés par l'Europe. Oceana recommande que les mesures suivantes fassent partie du plan d'action européen sur les requins: - mise en place de limites de captures pour les espèces ciblées à des fins de commerce et interdiction de pêcher les espèces en danger ; - renforcement de l'interdiction européenne de la pratique du finning et suppression des dérogations ; - diminution des captures accessoires de requins ; - identification et protection des espèces de requins qui sont menacées et de leurs habitats ; - renforcement du contrôle des activités de pêche au requin ; - amélioration de la qualité des données sur la pêche, le commerce et la biologie des requins. (L.C.)