Bruxelles, 19/12/2008 (Agence Europe) - Comme nous l'avions annoncé (EUROPE n°9806), l'UE et la Turquie ont décidé, vendredi 19 décembre, d'ouvrir les négociations d'adhésion sur deux nouveaux chapitres: libre circulation des capitaux et société de l'information/médias. Ceci porte à dix (sur un total de 35) le nombre de dossiers sur lesquels les pourparlers sont entamés. Jusqu'ici, seul un seul chapitre (science/recherche) est provisoirement clos. Le nouveau secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Bruno Le Maire, qui a présidé la conférence ministérielle d'adhésion de vendredi, s'est félicité devant la presse de ce « vrai succès ». Au nom de l'UE, il a rappelé l' « importance stratégique » croissante de la Turquie dans des régions telles que le Proche-Orient et le Caucase et souligné qu'une résolution du problème chypriote permettrait de relancer le processus de négociation sur plusieurs chapitres, notamment ceux bloqués depuis décembre 2006 en raison de la non-application, par la Turquie, du protocole additionnel à l'accord d'Ankara. Cependant, interrogé dans sa capacité de représentant de la France (qui s'oppose à l'adhésion turque), M. Le Maire a réitéré que le résultat final des négociations ne pouvait pas être préjugé et que l'adhésion n'était donc pas la seule issue possible.
Le Commissaire Olli Rehn (Élargissement) a également salué l'ouverture des deux chapitres, ce qui, à son avis, « témoigne de l'engagement clair de l'Union européenne vis-à-vis de la Turquie ». Il a appelé la Turquie à accélérer ses réformes, notamment dans le domaine des libertés fondamentales et de l'État de droit, « car ce seront les réformes qui détermineront le rythme des négociations ». L'année 2009 peut devenir pour la Turquie un « jalon décisif sur la route vers l'Union », estime M. Rehn. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, a regretté qu'il n'ait pas été possible d'avancer sur une dizaine de chapitres sur lesquels le « screening » de la Commission est terminé depuis octobre 2006 et qui se trouvent sur la table du Conseil déjà depuis un certain temps, sans être soumis aux négociateurs turcs. Il a réitéré l'engagement de son gouvernement de poursuivre les réformes et préparatifs d'adhésion en vue d'atteindre « notre objectif commun » qui est « la pleine adhésion ». « Nous attendons de l'UE qu'elle respecte ses engagements et que le processus d'adhésion puisse se poursuivre comme prévu, sans obstacles artificiels », a encore dit M. Babacan. Il espère aussi que l'UE sera en mesure d'accélérer les négociations sous présidence tchèque au premier semestre 2009.
A ce stade, il est cependant très difficile de prévoir sur quels chapitres un progrès pourrait être fait au cours des six premiers mois de 2009. Des diplomates européens très proches du dossier n'excluent même pas qu'aucun nouveau chapitre puisse être ouvert au premier semestre 2009, ce qui serait évidemment « politiquement grave ». La situation est en effet très complexe. Plusieurs chapitres (énergie, éducation/culture, etc.) sont techniquement prêts mais leur ouverture est bloquée par l'un ou l'autre pays membre pour des raisons politiques. À ceux là s'ajoutent les huit chapitres formellement « gelés » depuis décembre 2006 en raison de la non-application, par la Turquie, du protocole d'Ankara sur l'Union douanière (cette décision devra d'ailleurs être réévaluée en décembre 2009 sur la base d'un rapport de la Commission). Enfin, la France s'oppose à l'ouverture de cinq autres chapitres parce qu'ils préparent exclusivement la pleine adhésion de la Turquie à laquelle s'oppose Paris. Un certain nombre de chapitres (politique sociale et emploi, concurrence, fiscalité, environnement, etc.) entreraient en ligne de compte pour une éventuelle ouverture en 2009, à condition cependant que la Turquie remplisse les critères d'ouverture (« opening benchmarks ») fixés par les Vingt-sept. C'est pourquoi le Commissaire Rehn a appelé, vendredi, la Turquie à s'attaquer sans tarder à ces critères, ce qui implique, par exemple pour le chapitre « politique sociale/emploi », un renforcement des droits des syndicats. (H.B.)