*** FRANK TRENTMANN: Free Trade Nation. Oxford University Press (Great Clarendon Street, Oxford OX2 6DP, UK - Tél.: (44-1865) 556767 - fax: 556646 - Internet: http://www.oup.org ). 2008, 450 p.. ISBN 978-0-19-920920-0.
Si l'Angleterre est connue comme la terre où a émergé la démocratie parlementaire, il est sans doute un autre mouvement, également né sur son sol, qui a changé et change encore aujourd'hui la face du monde: le libre-échange. Aujourd'hui décrié par un nombre croissant de citoyens du monde, ce concept - à la base du processus de mondialisation - n'a pas toujours été boudé par les masses, loin s'en faut: né au cours du 19ème siècle, il était jadis associé aux idées de paix, de démocratie et de justice. C'est cette époque désormais révolue que Frank Trentmann se propose de faire redécouvrir dans ce bel ouvrage. Professeur d'histoire à l'Université de Londres, il narre ainsi l'histoire de l'émergence du libre-échange en Angleterre jusqu'à son déclin au cours de l'entre-deux-guerres. De manière plus précise, l'auteur divise l'histoire du libre-échange en quatre époques: la vision morale (17ème et 18ème siècle), la libéralisation des échanges (entre 1815 et 1870), le retour au protectionnisme (de 1870 à la Première Guerre mondiale, sauf en Angleterre) et, finalement, l'époque où le "Libre-échange" est devenu le "libre-échange", avec une minuscule car le concept est alors réduit à ses aspects de théorie économique et dénué de tout engouement populaire.
Cet ouvrage est centré plus particulièrement sur la troisième phase de vie de libre-échange. Tout commence en 1903: comme l'explique Frank Trentmann, l'Angleterre vivait alors, depuis près de soixante ans, "un âge d'or de la globalisation, une ère marquée par le standard de l'or et l'expansion des réseaux transnationaux de culture et d'échanges commerciaux". Un an plus tard, dans un discours prononcé face à un public représentant chaque classe de la société anglaise, le futur Premier ministre annonça que ce jour était celui où ils devraient choisir entre protectionnisme et consolidation des libertés et de l'équité. Le libre-échange, mis en œuvre par les Corn Laws en 1846, s'est alors mué en une véritable culture nationale et démocratique, touchant et mobilisant chacun, au-delà des clivages politiques et idéologiques. L'Angleterre devenait ainsi "une ile isolée dans une mer montante de tarifs", où il était "difficile de ne pas être sensationnaliste en voyant la débauche d'énergie et de communication politique mobilisée par le libre-échange".
D'une précision et d'un intérêt historique indéniables, l'ouvrage décrit dans les moindres détails l'esprit libéral qui prévalait à l'époque et son ancrage profond dans la société anglaise, bouleversant au passage le cliché très répandu de la vocation matérialiste du libre-échange. Objectif: offrir une réflexion sur le choix - à la fois historique et tellement contemporain - entre protectionnisme et ouverture. Le livre a, par conséquent, le mérite de dépasser le simple regard historique pour s'attaquer à un débat intemporel, tout en gardant conscience des différences entre la globalisation actuelle et celle de l'époque. De plus, l'auteur livre une réflexion intéressante sur le déclin de l'engouement pour le libre-échange, phénomène qui n'est pas, selon lui, uniquement lié à la crise économique de 1929, mais bien à un processus commencé dès le début de la Première Guerre mondiale, époque de la réémergence du rôle de l'État dans l'économie. Où est donc passée la sympathie populaire à notre époque ? Selon l'auteur, ceux qui avaient auparavant défendu le libre-échange bec et ongles ont commencé à l'envisager comme un facteur de perturbation de la stabilité internationale et du bien-être domestique "sur l'autel des bas prix"... Le peuple britannique s'en est donc détourné, pour se joindre à la cause du "commerce équitable".
L'auteur justifie le thème de son ouvrage par le caractère unique de la direction prise par l'Angleterre au cours de cette période. Il s'intéresse à l'évolution historique des notions de libre-échange et de commerce équitable et, sans vouloir prendre parti pour l'une ou l'autre tendance, cherche avant tout à révéler les conditions dans lesquelles commerce, consommation et société civile peuvent être combinés, en ressortant du tiroir "des éléments importants qui se sont perdus dans le débat actuel". Il s'agit donc ici avant tout de donner des pistes de réflexion. Pour le reste, comme l'indique Frank Trentmann, les prochaines années nous montreront si, oui ou non, une base populaire en faveur du libre-échange peut être reconstruite.
Thomas Bauwens
*** STEFAN THOMAS: Aktivitäten der Energiewirtschaft zur Förderung der Energieeffizienz auf der Nachfrageseite in liberalisierten Strom- und Gasmärkten europäischer Staaten: Kriteriengestützter Vergleich der politischen Rahmenbedingungen. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3471727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Kommunalwirtschaftliche Forschung und Praxis", n° 13. 2007, 415 p., 64 €. ISBN 978-3-631-56367-0.
Physicien et politologue dirigeant le groupe de recherche consacré à la politique énergétique, climatique et des transports à l'Institut de Wuppertal pour le Climat, l'Environnement et l'Énergie, l'auteur étudie, dans cet ouvrage, les activités du marché de l'énergie qui encouragent l'efficience énergétique en confrontant les critères politiques de quelques pays européens dans ce domaine. Ciblant le marché du gaz, il procède à une analyse comparée des conditions-cadre prévalant en Belgique, au Danemark, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, tout en apportant des réponses à une série de questions: pourquoi les entreprises productrices de gaz doivent-elles aider leurs clients à économiser de l'énergie au moyen de techniques efficaces, comment les États peuvent-ils créer des conditions-cadre favorables aux économies d'énergie ? Cette étude aussi judicieuse que fouillée tente de déterminer les attentes d'efficacité économique suscitées suite à la libéralisation du marché du gaz, ainsi que les perspectives de différenciation des produits énergétiques grâce à l'ajout de services à valeur ajoutée. Ainsi, avec une politique adéquate, 1,5% d'énergie peut être économisé année après année. La comparaison fournit aussi quarante-quatre propositions de facteurs de réussite qui peuvent servir de base de données pour la politique énergétique en Allemagne.
(EPi)
*** FRANZ JÜRGEN SÄCKER (sous la dir. de): Deutsch-russisches Energie und Bergrecht im Vergleich. Ergebnisse einer Arbeitstagung vom 31.März/1.April 2006. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Veröffentlichungen des Instituts für deutsches und europäisches Wirtschafts-, Wettbewerbs- und Regulierungsrecht der Freien Universität Berlin", n° 1. 2007, 144 p.,31,80 € . ISBN 978-3-631-56077-8.
Dirigé par un spécialiste du droit européen de l'énergie et membre de l'European Energy Institute basé à Louvain, cet ouvrage réunit les exposés d'un congrès international organisé à Berlin en 2006 par l'Institut pour le droit allemand et européen économique, de la concurrence et de régulation. Réunissant des experts allemands et russes, ce congrès avait pour objectif de comparer le droit minier et de l'énergie dans la Fédération de Russie avec la législation européenne et allemande. Il s'agit, en l'occurrence, d'une première scientifique. Insistant sur la nécessité d'une compréhension mutuelle des deux systèmes juridiques pour une ouverture réciproque, les auteurs abordent des thèmes tels que l'électricité, le gaz et leur accès, ainsi que notamment la comparaison des droits russe et ukrainien de l'énergie. Une contribution précieuse au dialogue énergétique russo-allemand et russo-européen.
(EPi)
*** LUIS RUBALCABA: The New Service Economy. Challenges and Policy Implications for Europe. Edward Elgar Publishing (William Pratt House, 9 Dewey Court, Northampton, MA 01060, USA. Tél.: (1-413) 5845551 - fax: 5849933 - Courriel: elgarinfo@e-elgar.com - Internet: http://www.e-elgar.com ). Collection "Services, Economy and Innovation". 2007, 343 p.. ISBN 978-1-84542-585-2.
Dans les pays les plus développés, le secteur des services a évolué et représente aujourd'hui plus ou moins 70% des échanges commerciaux. C'est le principal secteur d'emploi, sans compter qu'il possède une valeur ajoutée non-négligeable, qu'il est pleinement inscrit dans la Stratégie de Lisbonne depuis 2004 et qu'il commence à faire son entrée sur la scène internationale. Comment se fait-il, dès lors, qu'il s'agisse du secteur le moins connu et le moins étudié de l'économie mondiale ? Selon l'auteur, ce vide analytique, dû essentiellement à la philosophie matérialiste ancrée dans les esprits des économistes (prépondérance des marchandises), doit être comblé. Centrant son ouvrage sur l'étude du cas européen tout en s'aidant d'une comparaison régulière avec la situation aux États-Unis, Luis Rubalcaba procède en plusieurs étapes: démonstration du rôle des services dans les économies avancées, analyse des défis et opportunités (emploi, productivité, innovation et compétitivité), approche large et critique des politiques menées ou envisagées par la Commission européenne et, enfin, test de plusieurs hypothèses de recherche. Comme l'explique l'auteur, "l'objectif principal est de contribuer à la compréhension de la nouvelle économie des services en usant de ses dimensions-clé et des preuves empiriques disponibles. Combinant approches analytique, empirique et politico-économique, cette analyse constitue à n'en pas douter un grand pas en avant en matière de perception correcte du secteur des services, même si, de l'aveu même de l'auteur, les lecteurs en quête d'une approche plus sectorielle passeront leur chemin.
(TBa)
*** JEAN-FRÉDÉRIC MORIN: Le bilatéralisme américain: la nouvelle frontière du droit international des brevets. Éditions De Boeck / Larcier (39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480711 - fax: (32-10) 482750 - Internet: http://www.larcier.com ). Collection « Droit/Économie international ». 2007, 577 p.. ISBN 978-2-8044-2695-8.
Alors que le contrôle sur les richesses immatérielles est devenu, dans l'économie de la connaissance qui est la nôtre, un enjeu central des relations internationales, ce livre impressionnant démontre que les États-Unis réussissent à tirer la couverture à eux par le biais du bilatéralisme. À la fois diplômé en droit de l'Université de Montpellier et en science politique à l'Université du Québec, Jean-Frédéric Morin y analyse de manière fine et innovante l'évolution du régime international de brevets depuis l'adoption de l'Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC). Washington ne s'est toutefois pas satisfait de cette première victoire, d'autant que la légitimité d'une forte protection des brevets s'est trouvée rapidement contestée dans les pays en développement, notamment à travers le débat sur l'accès aux médicaments et celui sur la protection de la diversité biologique. Afin de maintenir son hégémonie, la « machine américaine » - selon la formule utilisée par le Pr. Michel Vivant (Institut d'études politiques de Paris) dans sa préface - a imaginé de nouveaux moyens d'action, à savoir la conclusion d'une quinzaine de traités bilatéraux par lesquels les États-Unis exportent des règles qui, constate le Pr. Vivant, "modèlent le droit des brevets des pays signataires sur le patron américain, tout en conservant au partenaire américain la souplesse que celui-ci souhaite avoir". Jean-Frédéric Morin compare le processus de négociations et les obligations de ces traités bilatéraux avec l'Accord sur les ADPIC, ce qui lui permet notamment de montrer que ce bilatéralisme renaissant permet aux États-Unis de revenir à des stratégies de coercition et de socialisation - entendez d'acceptation - qu'ils ne pouvaient plus employer avec succès au niveau multilatéral. Par cet ouvrage, Jean-Frédéric Morin, chercheur et chef de projet au Centre des politiques en propriété intellectuelle de l'Université McGill, parvient superbement à démontrer, au plan théorique, la résilience des normes hégémoniques et, au plan empirique, à tracer un nouveau portrait du droit international des brevets.
(PBo)
*** MICHAEL BURNETT: Public-Private Partnerships (PPP) - A Decision Maker's Guide. European Institute of Public Administration (P.O. Box 1229, 6201 BE Maastricht, The Netherlands. Tél.: (31-43) 3296274 - fax: 3296296 - Courriel: m.simons@eipa-nl.com - Internet: http://www.eipa.eu ) . 2007,186 p. , 60 €. ISBN 978-90-6779-204-2.
Le "funding gap" entre budget requis pour le bon fonctionnement des programmes publics, d'un côté, et fonds publics disponibles, de l'autre, est de plus en plus grand en Europe. Dès lors, le nombre de partenariats public-privé (PPP) ne cesse de croître. Les ouvrages consacrés à ceux-ci sont malheureusement peu nombreux, et souvent très orientés au niveau du contenu: comme le regrette Michael Burnett, ils proviennent soit de personnes ayant un intérêt commercial dans le développement de ces outils, soit de personnes qui y sont fortement opposées. Il a donc voulu combler un déficit de la littérature sur les PPP en fournissant "un guide indépendant pour ceux faisant face à ces défis à tous les niveaux de l'Europe" écrit dans une perspective publique. Ce guide est centré sur trois grands objectifs. Tout d'abord, il s'agit d'expliquer ce que sont les PPP et les raisons de leur émergence, ainsi que d'analyser leurs aspects juridiques, opérationnels, économiques, commerciaux, politiques et - dernier élément mais pas des moindres, selon l'auteur - ceux liés à la gestion des ressources humaines. Ensuite, il s'agit d'établir la manière dont ces partenariats doivent être créés afin qu'ils répondent au mieux à tous ces critères. Enfin, l'auteur met un terme à son ouvrage en indiquant quelques recommandations qui pourraient améliorer le cadre de mise en place et de concrétisation de ces partenariats. C'est que, selon lui, le secteur a besoin d'une réforme. L'ensemble de ses recommandations va d'ailleurs dans le sens d'un "transfert de pouvoirs vers le haut entre les formes de gouvernance locale, régionale, nationale et européenne", afin de maintenir l'équilibre des forces entre secteurs public et privé. Le tout apporte une contribution importante à un agenda qui "doit être mis en œuvre pour sécuriser l'avenir du PPP comme une option envisageable pour les décideurs politiques responsables de la fourniture de services publics".
(TBa)