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Bulletin Quotidien Europe N° 9757
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques sur le rôle positif des commissaires européens démissionnaires

La mode est aux évaluations négatives. Je me sens par moments bien isolé. Une attitude positive à l'égard de la construction européenne, de ses effets et de ses résultats, ce n'est pas raisonnable. Mettre en lumière non seulement les difficultés et les échecs, mais aussi les avantages, signifie s'exposer à toutes les critiques. Observer que la crise financière comporte un élément positif, celui d'éliminer un système financier en grande partie injuste et abusif, ne correspond pas aux habitudes de la majorité des media qui préfère les annonces catastrophiques et le calcul du nombre de milliards d'euros prétendument volatilisés dans une mauvaise séance de la Bourse. C'est la même règle qui s'impose pour les « faits divers »: le catastrophisme favorise la vente des journaux et augmente l'audience des radios et télévisions.

Un exemple d'actualité ? Lorsqu'un commissaire européen quitte ses fonctions pour revenir 0 la politique nationale, sa décision est systématiquement présentée comme un signal négatif: elle signifie quitter Bruxelles, donner la priorité à la visibilité nationale par rapport à la fonction européenne plus bureaucratique et obscure, abandonner le navire lorsque la mer devient agitée. S'y ajouterait, en ce moment, l'intention de se préparer un avenir politique national dans la perspective de la fin du mandat de la Commission dont on ignore - dans l'attente de connaître le sort du Traité de Lisbonne- ce qu'elle sera à l'avenir.

On n'oublie pas ce qu'on a appris. Il est vrai que trois cas en quelques mois - Peter Mandelson après Franco Frattini et Markos Kyprianou -, cela donne à réfléchir. Mais je ne partage pas la présentation tout en noir du départ d'un commissaire en cours de mandat. Les trois cités ont quitté leur fauteuil bruxellois pour assumer des responsabilités de premier plan dans leur gouvernement national. Il n'est donc pas vrai, ou il ne l'est plus, qu'un commissaire européen est un inconnu dans son pays d'origine, exilé à Bruxelles dans le but de libérer une place au niveau national, ou que le poste est attribué comme « prix de consolation » à quelqu'un qui n'a plus d'avenir national et qu'on souhaite éloigner. C était peut-être vrai il y a plusieurs années dans quelques États membres. Mais tout avait changé avec Jacques Delors. Lorsqu'il avait été nommé à Bruxelles, il n'était pas vraiment populaire dans son pays ; c'est en présidant la Commission européenne qu'il est devenu célèbre en Europe et au-delà, et qu'il aurait pu, rentré à Paris, être élu président de la République, s'il l'avait vraiment voulu.

Mais l'aspect le plus important est autre: le passage par Bruxelles laisse des traces ! Un ancien commissaire apporte dans son pays d'origine une connaissance, une expérience et une compréhension de l'Europe extrêmement précieuses. Certes, il existe aussi le cas opposé, celui d'un ancien commissaire qui assume, après son départ, une position anti-européenne active et obtuse, comme Ralf Dahrendorf, qui n'a fait que combattre la construction européenne, plein de préjugés et arrogant. Mais combien d'exemples dans l'autre sens ! Le nouveau commissaire arrive parfois à Bruxelles avec des idées préconçues: méfiance à l'égard de la bureaucratie communautaire, conviction que la construction européenne est une entreprise purement économique dominée par les lobbies ; et il découvre un monde largement différent. Il apprend à connaître et apprécier les autres États membres, oublie les préjugés et les conflits du passé, devient conscient des objectifs européens, acquiert le sens de la solidarité. Les horizons s'élargissent, les préjugés culturels, historiques, politiques et économiques s'estompent ; et le bagage acquis demeure.

Un ancien commissaire ou une personnalité qui a exercé des fonctions de responsabilité à Bruxelles, à qui les hasards du calendrier européen offrent ensuite l'occasion de présider le Conseil de l'UE, a souvent une conception plus étendue et objective de son rôle. Le président actuel du Conseil Agriculture, Michel Barnier, a été commissaire européen, et le ministre délégué aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a dirigé le cabinet de Jacques Delors ; les effets sont, à mon avis, visibles. Le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini était, il y a quelques mois, vice-président de la Commission ; ceci aura du poids, aussi bien dans ses positions personnelles que pour l'attitude générale du gouvernement italien. Peter Mandelson aussi porte forcément avec lui, dans ses nouvelles fonctions au Royaume-Uni, l'empreinte de ce qu'il a compris dans son passage bruxellois ; je ne dis pas qu'il ne sera plus un libéraliste convaincu en matière commerciale, mais il comprendra mieux les conditions auxquelles l'ouverture des frontières est nécessairement subordonnée. Même en dehors de la politique active, combien d'anciens commissaires portent dans leurs activités actuelles les signes de leur passé, de Karel Van Miert à Mario Monti, de Manuel Marin à Peter Sutherland, et bien d'autres !

(F.R.)

 

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