Bruxelles, 02/10/2008 (Agence Europe) - En dépit d'une diminution des risques pour l'inflation, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 2 octobre, de conserver inchangés les taux d'intérêt de la zone euro. Le taux de soumission, appliqué aux opérations principales de refinancement reste donc à 4,25% et les taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt demeureront inchangés, à respectivement 5,25 % et 3,25 %. Si le ralentissement de l'économie de la zone euro qui se confirme contribue à alléger les risques pour la stabilité des prix, ces derniers n'ont de loin pas disparu, a insisté Jean-Claude Trichet, qui adresse un message « très clair » aux partenaires sociaux et aux gouvernements pour qu'ils évitent d'alimenter une spirale inflationniste.
La décision a été prise « à l'unanimité » par le Conseil des gouverneurs, après une « discussion approfondie », selon les mots de son président, qui n'a pas caché que l'option d'une baisse des taux avait aussi été envisagée. Mais face à l'intensification récente des turbulences des marchés financiers et ses possibles impacts sur l'activité économique et l'inflation, la BCE souhaite avant tout prévenir tout dérapage des anticipations inflationnistes. C'est d'une « importance cruciale », a répété M. Trichet à l'issue de la réunion, compte tenu du « niveau extraordinairement élevé d'incertitude » observé actuellement. Alors que l'activité économique de la zone euro se détériore, en raison de conditions de financement plus strictes et de la contraction de la demande interne, les taux d'inflation annuels devraient rester « bien au dessus » de l'objectif de stabilité défini par la BCE (2%), se modérant graduellement au cours de 2009. 18 à 24 mois seront peut être nécessaires pour parvenir à retrouver un niveau des prix conforme à cet objectif, a même précisé M. Trichet.
« Avec l'affaiblissement de la demande, les risques haussiers pour la stabilité des prix ont quelque peu diminué, mais ils n'ont pas disparu », prévient ainsi M. Trichet. De 3,6% en septembre, le niveau de l'inflation reste « toujours préoccupant » à ce stade et il est impératif d'éviter des effets de second tour sur les prix et les salaires, ajoute-t-il. La croissance des salaires a augmenté fortement au cours des derniers trimestres, en dépit d'une croissance du PIB plus faible et d'un ralentissement de la productivité du travail. Alors qu'elle était relativement modérée au cours des dernières années (de l'ordre de 1 à 1,5%), la croissance des coûts unitaires du travail s'est ainsi fortement accélérée au deuxième trimestre 2008, passant à 3,4%. À la pression
sur les prix exercée par les salaires s'ajoute celle d'éventuelles hausses des prix administrés et taxes indirectes. « Toutes les parties concernées font face à des défis exceptionnels et sont appelées à assumer leurs responsabilités », a martelé M. Trichet.
Ne souhaitant pas faire de commentaire avant la réunion de Paris, samedi prochain, sur la réponse européenne à la crise financière, M. Trichet a, comme M. Juncker (voir autre nouvelle), écarté l'idée de recourir à un plan de sauvetage sur le modèle du plan Paulson. Un tel plan « ne correspond pas à la structure politique de l'Europe », a-t-il estimé, notamment parce que l'UE n'a pas de « budget fédéral ». (A.B.)