Bruxelles, 02/10/2008 (Agence Europe) - Un grand soulagement, au plan politique comme sur les marchés, prévalait après le vote du Sénat américain en faveur du plan Paulson de 700 milliards de dollars visant à soutenir le secteur bancaire dans la tourmente. Résolus à agir différemment, les Européens évoquent de nombreuses pistes dont l'articulation reste incertaine.
Approuvé mercredi 1er octobre, le plan du Trésor américain (intitulé « Loi sur la stabilisation économique d'urgence de 2008 ») doit encore être avalisé, ce vendredi 3 octobre, par la Chambre des représentants, qui l'avait rejeté lundi dernier. À Bruxelles, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a salué le vote des sénateurs et sur les ondes de Deutschland Radio, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, s'est dit « très soulagé que l'obstacle du Sénat ait été franchi ». L'Europe, a-t-il de nouveau précisé, ne répondra pas par un dispositif de sauvetage similaire. Ne pouvant se contenter de mesures « au cas par cas » pour réagir aux défaillances bancaires, elle devra toutefois chercher à mettre en place « une stratégie de défense plus systématique », a répété M. Juncker.
Les différentes options en vue de formuler une réponse européenne structurée seront débattues, samedi 4 octobre à Paris, par les quatre membres européens du G8 (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni) et MM. Juncker, Barroso et Trichet. Le président de la Commission a déjà évoqué les éléments qui à, ses yeux, doivent faire l'objet de progrès en Europe en vue d'une éventuelle future coordination au plan international (EUROPE n° 9752). Outre les propositions présentées hier par Charlie McCreevy en matière de fonds propres et celles attendues sur les agences de notation financière (le 12 novembre vraisemblablement), les Européens pourraient revenir à la charge sur les fonds spéculatifs (« hedge funds »), s'interroger sur un rôle accru de la Banque centrale européenne (BCE) en matière de supervision, envisager de revoir les normes comptables, ou chercher à améliorer la cohérence des différents systèmes nationaux de garanties des dépôts bancaires. Sur ce point, les annonces en vue de rassurer les épargnants se sont multipliées ces derniers jours (en France, en Italie, en Belgique, ou en Irlande, laquelle a annoncé son intention de garantir pendant deux ans tous les dépôts et les dettes de ses banques et peut être d'étendre cette garantie aux institutions d'autres pays disposant d'une présence significative sur son territoire). De telles initiatives isolées et désordonnées risquent cependant d'aboutir à des disparités entre États membres, s'inquiètent plusieurs capitales. Le président Nicolas Sarkozy a par ailleurs démenti, jeudi 2 octobre, que la France envisageait d'établir un fonds européen à hauteur de 300 milliards d'euros pour pallier les défaillances d'institutions bancaires. Cette idée, qui n'a pas les faveurs de l'Allemagne, avait été avancée par la ministre française des Finances, Christine Lagarde, dans une interview au Handelsblatt publié le même jour. L'option, moins aboutie, d'un modèle commun ou de règles communes pour l'établissement de tels fonds au niveau des États membres pourrait toutefois être discutée samedi.
Réuni, mardi 7 octobre à Luxembourg, le Conseil Écofin adoptera par ailleurs des conclusions sur la rémunération des dirigeants d'entreprises, qui viseront à renforcer et à mettre à jour les éléments contenus dans la recommandation de la Commission d'octobre 2004. Les ministres des Finances insisteront sur le renforcement du contrôle des rémunérations par les actionnaires, une meilleure prise en compte des critères de performances ou encore la prévention des conflits d'intérêts. (A.B.)