Deauville, 02/10/2008 (Agence Europe) - Rondement menée, la réunion informelle de Deauville a permis de mesurer la disponibilité des partenaires de la France de faire progresser l'Europe de la défense. Les félicitations de Javier Solana à Hervé Morin pour la manière dont il a conduit des débats qualifiés de « francs et ouverts » et la longue liste de projets concrets et, pour certains déjà anciens, ne suffisent cependant pas à masquer les divergences qui subsistent toujours entre les États membres. Des divergences qui portent sur des éléments particulièrement critiques pour l'autonomie de la défense européenne:
- le renforcement de la capacité de planification et de conduite des opérations: parmi les « sujets qui fâchent », la constitution d'un véritable état-major permanent de l'UE, même de petite taille, n'a été qu'effleurée à Deauville. Un diplomate a laissé entendre que le débat pourrait reprendre le 10 novembre à la lumière du rapport que doit remettre le général David Leakey, directeur général de l'état-major de l'UE, sur la mise en œuvre des mesures de renforcement de la planification prévues dans le cadre du processus dit « post-Wiesbaden ».
- le financement et l'utilisation effective des groupements tactiques GT-1500: le ministre français a demandé au président du Comité militaire, le général Henri Bentégeat, de formuler des propositions relatives à l'adaptation du mandat des GT-1500, de leurs conditions de financement et d'employabilité. Mais Hervé Morin a aussi dû reconnaître devant la presse les divergences qui opposent toujours les États membres qui cherchent à utiliser ces instruments, jugeant trop coûteuse la constitution d'unités très bien équipées et mises en alerte sans intention réelle d'y recourir. Certains pays comme la France ont souhaité que les GT-1500 puissent au moins servir de forces de réserve pour les opérations de l'UE, mais cette proposition rencontre une forte opposition. Le ministre français a aussi suggéré qu'ils puissent au moins être utilisés comme force d'entrée en premier dans les premiers jours des opérations de l'UE.
- la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE): « Si on n'agit pas maintenant, dans dix ou quinze ans, nous achèterons tout aux États-Unis », a averti en réunion le ministre français qui est revenu sur la nécessité de développer une politique industrielle européenne. Hervé Morin a plaidé pour la spécialisation et le partage des compétences afin de préserver une industrie de défense compétitive en Europe, même s'il faut pour cela « renoncer en France à conserver certaines activités ou certains bureaux d'études ». « La constitution de groupes de défense européens est essentielle pour permettre l'indépendance de l'Union européenne et faire en sorte que cette dernière puisse assumer sa propre sécurité. Certains États européens doivent accepter de produire telle et telle partie d'armement, d'autres doivent se spécialiser sur telle ou telle capacité », a-t-il insisté. Le ministre français a aussi souhaité l'adoption du paquet défense (les deux directives sur les transferts intracommunautaires de biens de défense et les marchés publics) avant la fin de l'année. Richard Wright (DG RELEX) a expliqué aux ministres que les services de la Commission européenne préparent actuellement un projet de référentiel commun (avec l'AED) sur les marchés publics de défense, une proposition sur l'échange des données sensibles entre les entreprises du secteur et une étude sur le contrôle des participations étrangères dans LES industries de défense en Europe. (O.J.)