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Bulletin Quotidien Europe N° 9753
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Europe entend prendre l'initiative de nouvelles règles monétaires et financières mondiales, à côté des mesures urgentes visant À faire face à la crise

Plusieurs États membres estiment que l'Europe doit, directement ou indirectement, jouer un rôle moteur dans la définition au niveau mondial de nouvelles règles pour la gestion et le fonctionnement des monnaies et des marchés financiers. Le Parlement européen et la Commission européenne paraissent en principe d'accord. L'État membre qui présidera l'année prochaine le G 8 (qui devrait entre-temps être devenu un G 14) a annoncé qu'il lancera l'idée d'un nouveau Bretton Woods. Ces intentions et orientations vont être évoquées dans la rencontre de ce samedi à Paris entre les chefs d'Etat ou de gouvernement des quatre pays de l'UE qui font partie du G8, avec la participation du président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso et du président du Groupe de l'euro, Jean-Claude Juncker. Les politiques et les initiatives immédiates visant à faire face à la crise seront au centre de la discussion (voir les pages suivantes), mais la vision de l'avenir aura aussi sa place.

Propositions au G 8 élargi. Les idées que Nicolas Sarkozy avait lancées la semaine dernière en s'exprimant à New York en tant que président en exercice du Conseil européen, ont été précisées et confirmées par le président imminent du G 8, Giulio Tremonti ; ce n'est plus une indiscrétion, c'est une annonce. Nicolas Sarkozy avait suggéré de réunir, avant la fin de l'année, les responsables des pays les plus concernés (y compris la Chine et d'autres colosses émergents), avec la participation des responsables des grandes institutions financières internationales ; et il avait parlé d'un nouveau Bretton Woods. Par un article, une interview et un discours, Giulio Tremonti a précisé ses intentions, qui peuvent être ainsi synthétisées:

1. Transformer le G 8 en G 14. Il comprend actuellement les grands pays «occidentaux» plus la Russie. S'y ajouteraient Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil et Mexique, plus un autre pays à désigner.

2. Négocier dans ce cadre élargi un nouveau Bretton Woods, définissant un catalogue de règles qui interdiraient notamment les instruments financiers purement spéculatifs, les paradis fiscaux reconnus, les bilans non transparents et les titres de propriété purement virtuels qui ont autant de réalité qu'un videogame.

3. Prévoir des règles mondiales spécifiques pour les produits alimentaires et pour l'eau, qui ne sont pas des commodities comme les autres et ne peuvent pas être régies par la seule règle du profit.

L'argumentation de M. Tremonti est claire. Le système de Bretton Woods (du nom de la petite ville des États-Unis où il avait été créé en 1944) ne fonctionne plus en fait depuis 1971, lorsque le président Nixon avait suspendu la convertibilité du dollar en or ; mais il n'a pas été remplacé par des règles nouvelles, et le dollar avait continué en pratique à représenter la «monnaie de référence». La fin de la stabilité du dollar et la montée de l'euro ont modifié la situation, et l'absence de règles a provoqué la crise qu'on sait. De nouvelles règles sont nécessaires, avec cette fois-ci la participation aussi des grands pays émergents.

Impuissance de l'UE en tant que telle. L'UE n'est pas en mesure d'agir en tant que telle, car elle ne fait pas partie formellement des organisations monétaires et économiques mondiales (ni le G 8, ni le FMI, ni la Banque mondiale), essentiellement à cause du fait que les principaux États membres ne renoncent pas à leur participation individuelle (même si M. Juncker et M. Trichet participent souvent aux réunions, et M. Barroso de plus en plus). M. Juncker a souvent dénoncé cette situation, mais c'est ainsi. Il reste à voir si les États membres apporteront tous, au sein du futur G 14, leur appui au projet de règles mondiales nouvelles.

Réintroduire l'éthique dans la finance. Aussi bien M. Sarkozy que M. Tremonti ont mis l'accent sur la signification politique, sociale et éthique de leurs projets, au-delà des aspects techniques. Nicolas Sarkozy a défendu en principe l'économie libérale (« l'anticapitalisme n'offre aucune solution »), mais en dénonçant « un système qui a trahi l'esprit du capitalisme. Une certaine idée de la mondialisation s'achève avec la fin d'un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir (…) Il faut mettre à plat tout le système financier et monétaire mondial ». Giulio Tremonti a ajouté l'invitation à relancer les investissements publics dans les grands infrastructures, et une attaque virulente contre les « économistes, qui n'ont pas compris ce qui est arrivé et s'en prennent aux effets plutôt qu'aux causes », et dont les seules prévisions correctes ont été « rétroactives, faites a posteriori ». Et il avait affirmé: « Aujourd'hui, je dis: taisez-vous, les économistes ! » La priorité doit être rendue à l'activité manufacturière, à la production des biens, et les banques doivent revenir à leur fonction véritable: financer l'activité économique.

(F.R.)

 

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