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Bulletin Quotidien Europe N° 9682
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Plaidoyer pour la relance immédiate de l'intégration européenne entre les peuples et les pays qui la souhaitent

Respecter le choix de l'Irlande. Il faut respecter le choix du peuple irlandais. Le résultat du référendum ne pourrait pas être plus clair: l'indifférence (60% de la population n'a pas estimé opportun de s'exprimer) ou le «non» à l'égard de l'approfondissement de la construction européenne ont été largement majoritaires. À peine un Irlandais sur cinq s'est prononcé en faveur de l'Europe communautaire et intégrée. C'est une constatation dépourvue de tout jugement: chaque peuple choisit selon ses préférences et ses aspirations. Les relations confiantes et amicales entre les deux groupes de pays peuvent parfaitement se poursuivre, voire même s'approfondir, les cas de la Norvège et de la Suisse le prouvent.

En même temps, toutefois, la relance de l'intégration européenne entre les peuples et les pays qui la souhaitent doit être immédiate. Ceux qui font un autre choix n'ont aucun droit ni d'ailleurs aucune possibilité de l'empêcher. On ne prie personne de participer à l'entreprise, les postulants sont même trop nombreux. Certains fédéralistes et des anciens de la construction européenne ont d'ailleurs exprimé leur soulagement: il leur sera enfin possible de se battre pour l'Europe dont ils ont toujours rêvé.

Deux formules pour la relance. Aucune nouvelle négociation sur les modalités de l'approfondissement de l'UE n'est pensable. Ce qui était possible a été fait, chacun a sacrifié quelque chose de ses ambitions et de ses préférences. On ne va pas recommencer une troisième fois ni renoncer d'un coup au résultat d'années et d'années d'efforts et de compromis. À la veille du référendum irlandais, j'avais préconisé une réaction rapide et radicale: les pays favorables reprendraient tel quel le Traité de Lisbonne (afin d'éviter des marchandages qui n'ont que trop duré) et ils le concluraient à nouveau entre eux. Ceci implique le maintien des traités actuels à l'égard des autres pays.

Une autre formule plus radicale est ensuite apparue: les pays qui souhaitent renforcer l'intégration sortiraient tous ensemble de l'UE actuelle et donneraient naissance à une Communauté nouvelle. L'effet serait que les traités actuels resteraient en vigueur exclusivement entre les pays qui n'adhéreraient pas à la construction nouvelle ; même la libre circulation des marchandises et la participation aux institutions devraient être négociées avec la Communauté reconstituée. Ne parlons même pas des dotations budgétaires pour l'agriculture et pour les politiques structurelles: elles seraient tout naturellement réservées aux pays du nouveau traité. J'ignore les détails de cette formule et sa faisabilité ; des approfondissements seraient sans doute nécessaires. Je me limite à indiquer que ce sont des juristes qui la suggèrent, ce qui devrait signifier qu'elle est juridiquement possible.

Agir rapidement. L'important est que les réactions soient rapides et que l'UE ne cède pas au découragement et à l'immobilisme. Des initiatives rapides, courageuses et inventives sont nécessaires. Certes, des analyses sont elles aussi indispensables. Je crois qu'il serait insuffisant de considérer le résultat irlandais comme une confirmation de la cassure de plus en plus profonde entre la classe politique et les opinions publiques. J'ai plutôt l'impression que la cassure se situe entre ceux qui ont approfondi et compris les dossiers et ceux qui ne l'ont pas fait. En Irlande, tous les partis politiques sauf un s'étaient prononcés pour le «oui» ; ils ont pourtant été choisis par la population. Il ne faut pas oublier par ailleurs que le projet constitutionnel n'était pas issu d'une négociation confidentielle entre les gouvernements et les institutions européennes, mais d'une Convention où les parlements nationaux étaient largement représentés et qui dialoguait en permanence avec la société civile. Que les analyses et les commentaires soient les bienvenus, à la condition de ne pas négliger ni retarder l'exigence d'agir.

Chacun a le droit de participer à l'Europe qu'il préfère. Si ce qui est arrivé permettait de distinguer clairement les peuples qui souhaitent une Europe intégrée, disposant d'institutions fortes et fondée sur des politiques communes et la solidarité, et ceux qui en revanche préfèrent la coopération intergouvernementale et contestent l'existence d'un intérêt européen commun, cela n'aura pas été inutile. On pourrait même estimer un jour que la séparation était inévitable et en définitive salutaire, en permettant de construire une véritable Communauté entre les pays et les peuples qui y croient.

(F.R.)

 

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