Bruxelles, 11/06/2008 (Agence Europe) - En marge du sommet UE/États-Unis le 10 juin, le pilote de la politique commerciale de l'UE, Peter Mandelson, et l'ambassadeur de l'UE auprès de l'OMC, Eckart Guth, ont adressé de fermes messages de mise en garde contre un dérapage protectionniste aux États-Unis.
À la veille du sommet de Brdo (EUROPE n° 9679), où dirigeants européens et américains ont pourtant réaffirmé leur engagement en faveur d'une conclusion réussie du round de Doha et se sont engagés à lutter contre toute forme de protectionnisme et à promouvoir l'ouverture aux investissements, M. Mandelson a invité les candidats à la Maison blanche à ne pas favoriser un repli protectionniste aux États-Unis. « Qui aurait pensé, il y a 10 ans, qu'on entendrait des candidats à l'élection présidentielle américaine remettre le Traité de libre-échange de l'Amérique du Nord (NAFTA) en question ? Ou se demander si on a vraiment besoin de conclure un accord bouclant le round de négociations multilatérales [à l'OMC, NDLR] ? », a déclaré le commissaire européen au Commerce lors de l'édition 2008 du Churchill lecture, le 9 juin à New-York. « Nous devons dire franchement aux Américains et aux Européens combien un désengagement de l'économie globale affecterait leurs intérêts politiques et économiques. Cela signifie dire avec franchise combien le protectionnisme est sans avenir », a-t-il ajouté. La campagne électorale américaine a vu le démocrate Barack Obama envisager la renégociation du NAFTA, qui lie les États-Unis au Canada et au Mexique, et promettre de ne signer aucun accord de commerce qui n'inclue pas des dispositions fortes en matière de protection sociale et de l'environnement. Le républicain John McCain, pour sa part, s'oppose à une renégociation du NAFTA, soutient des accords bilatéraux de libre-échange avec la Colombie, la Corée du sud et le Panama et envisage un nouvel accord de libre-échange avec l'UE. Le débat sur les orientations futures de la politique commerciale américaine fait rage alors que les puissances commerciales mondiales s'efforcent de boucler, avant la fin de l'année, le round de Doha lancé en 2001. « Nous avons un accord potentiel sur la table qui pourrait se traduire par des gains de flux commerciaux encore plus importants que dans n'importe quel autre round de négociation précédent. Et pourtant, nous ne parvenons pas à nous entendre sur les trade-offs qui nous permettraient de trouver un accord équilibré (…) Ce serait irresponsable d'échouer là où tous les rounds précédents ont réussi », a averti M. Mandelson. Rejetant les allégations que la mondialisation constitue une menace, le commissaire a également invité les dirigeants du monde à préférer l'adaptation et l'innovation au repli protectionniste. « En imposant les uns après les autres de nouveaux droits sur les exportations pour répondre à la hausse des prix des denrées alimentaires, certains gouvernements ont poussé les prix à la hausse pour tous les autres », a-t-il estimé, déplorant que « trop peu de dirigeants résistent pour plaider contre cette tendance ». M. Mandelson a toutefois admis que les pays dotés de filets de sécurité sociale forts sont les mieux équipés pour s'adapter à la mondialisation et maintenir des économies ouvertes.
Au lendemain du sommet de Brdo, l'ambassadeur de l'UE auprès de l'OMC a pour sa part saisi l'opportunité de la publication du 9ème examen par l'OMC de la politique commerciale américaine pour mettre en avant les préoccupations européennes concernant une tendance protectionniste croissante aux États-Unis. Lors de la réunion, le 9 juin à Genève, de l'Organe d'examen des politiques commerciales, Eckart Guth a mis en exergue des signes de réapparition du protectionnisme dans un certain nombre de secteurs aux États-Unis et soumis à Washington plus de 90 questions techniques détaillées concernant certains aspects de sa politique commerciale. M. Guth a en particulier noté le nombre croissant des exigences qui ont un effet restrictif sur les importations pour des raisons de sécurité nationale et qui imposent un fardeau considérable aux exportateurs européens. L'ambassadeur européen a notamment émis des doutes quant à la conformité de ces mesures avec les règles de l'OMC et leur véritable intention, prenant pour exemple la nouvelle législation fédérale sur le screening à 100% des conteneurs arrivant dans les ports américains qui, selon lui, va à l'encontre d'une approche douanière moderne basée sur les risques sans fournir aucune garantie en ce qui concerne une amélioration de la sécurité. Au lieu de cela, a-t-il plaidé, cette initiative se traduira par une augmentation des coûts de transaction, des délais significatifs dans l'activité portuaire et un fardeau énorme pour les exportateurs et les administrations douanières du monde entier. M. Guth a également déploré que les États-Unis n'aient pas opté pour une véritable réforme de leur politique agricole dans le cadre de la nouvelle loi d'orientation agricole américaine, le Farm Bill 2008, estimant qu'elle maintient les mêmes dispositions qui engendrent des distorsions de concurrence que les Farm Bills précédents. L'ambassadeur européen a aussi invité Washington à assurer la conformité des législations américaines à tous les actes et recommandations de l'OMC, citant la méthode « zeroing » comme exemple. Enfin, M. Guth a fait part des préoccupations européennes concernant l'utilisation des subventions à la pêche, l'application de droits de propriété intellectuelle, les mesures sanitaires pour des produits alimentaires, la politique d'accords de libre-échange régionaux et les contraintes sur l'investissement dans certains secteurs de services, finances et télécommunications notamment. (E.H.)