*** ANTHONY SELDON (sous la dir. de): Blair's Britain, 1997-2007. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). 2007, 690 p., 15,99 £. ISBN 978-0-521-70946-0.
Cet ouvrage invite à une rétrospective très complète des actes posés et des actions menées par une personnalité qui a dominé la scène politique britannique - et dans une certaine mesure internationale - pendant plus de dix ans, à savoir Tony Blair. Premier travailliste à avoir eu le droit d'habiter trois fois consécutives au 10 Downing Street, cet homme a changé la Grande-Bretagne et l'image qu'elle projetait à l'extérieur, tout particulièrement "de l'autre côté de la Manche", au niveau de ses partenaires européens.
Lorsqu'il succède à John Major, le nouveau Premier ministre britannique se retrouve aux commandes d'un pays qui, héritage de plusieurs années de thatchérisme pur et dur, était l'État membre le moins chaud, pour ne pas dire le plus hostile, à l'idée européenne et qui, en conséquence, se retrouvait à la marge de l'Union tout en laissant l'axe franco-allemand lui servir de moteur. Conscient que son pays avait tout à perdre de cet auto-ostracisme et sachant que le seul moyen de maintenir la sphère d'influence britannique passait, dans un monde changeant, par l'Europe, Tony Blair s'employa très vite à donner un ton nouveau, plus positif, aux relations de Londres avec l'Union et à renforcer ses liens avec les autres membres. Son arrivée n'entraîna pas tellement un changement de point de vue envers les questions européennes, mais plutôt un changement d'attitude par rapport aux années dominées par les conservateurs, cette attitude devenant proactive au lieu de réfractaire: en clair, il ne s'agissait pas d'accepter tout ce qui venait de "Bruxelles", mais bien, pour Londres, d'avoir son mot à dire. Il faut reconnaître que dans un pays où certains médias, largement opposés à l'Europe, manipulent allègrement une opinion publique peu convaincue des bienfaits de l'appartenance à celle-ci, il était pour le moins malaisé, pour un dirigeant politique aspirant légitimement à "survivre", de proposer plus. Des reproches sont d'autant moins à lui adresser que Tony Blair a suscité, avec habilité, des évolutions constitutionnelles qui ont permis, entre autres, l'adoption de la Convention européenne des droits de l'Homme, la réforme de la Chambre des Lords et la reconnaissance de l'indépendance de la Banque d'Angleterre - ce qui, au passage, était l'une des conditions d'accès à l'euro. Ces changements internes et d'autres ont permis une meilleure articulation avec les institutions européennes qui, alliés aux changements d'orientation des politiques économiques de l'Union vers des tons plus libéraux et au fait que, en raison des élargissements, le spectre du fédéralisme s'éloignait, ont contribué à créer une image de l'Europe moins conflictuelle aux yeux de beaucoup de réfractaires. La volonté de Tony Blair d'imposer Londres comme un protagoniste incontournable dans les affaires européennes a été aussi reflétée par l'activité déployée par le Premier ministre britannique dans le cadre du processus de Lisbonne ou de la déclaration de Saint-Malo, chaque fois avec un message sous-jacent: nous sommes là ! Toutefois, le fait que Tony Blair aura été le Premier ministre britannique le plus pro-européen depuis Ted Heath, ne se contentant plus de bloquer les processus comme le faisaient les conservateurs mais essayant plutôt de les faire évoluer dans "le bon sens" du point de vue de Londres, ne veut pas dire que sa loyauté allait à l'Europe. C'est d'ailleurs sa loyauté outre-Atlantique et la guerre en Irak qui lui ont valu, en définitive, ses plus grosses critiques et une fin de règne en demi-teinte, même s'il s'était trouvé entre-temps de nouveaux alliés dans ce domaine dans le chef, par exemple, de la Pologne et de la République tchèque.
Ce très bel ouvrage retrace une décennie de blairisme, tant au niveau politique - des amendements constitutionnels à sa relation avec les médias en passant par sa performance en tant que dirigeant du parti travailliste - qu'économique - de son "nouveau capitalisme", système hybride mélangeant libéralisation économique et sauvegardes sociales, modèle admiré par des personnalités telles que Sarkozy ou Berlusconi, à son échec au niveau de la politique des transports. Les auteurs analysent de plus des sujets comme la politique pénale, l'immigration et l'éducation, sa grande contribution pour la problématique environnementale, ses efforts dans le processus de paix en Irlande ou encore la question épineuse des forces armées et leur relation avec le public anglais concernant les guerres en Afghanistan et en Irak, ainsi que leurs actions au Kosovo ou en Sierra Leone. Un ouvrage incontournable sur un personnage politique majeur de ces dernières années.
Nuno Duarte
*** NEIL ROLLINGS: British Business in the Formative Years of European Integration, 1945-1973. Cambridge University Press (voir coordonnées supra). Collection "Cambridge Studies in the Emergence of Global Enterprise". 2007, 278 p., 45 £. ISBN 978-0-521-88811-0.
Responsable du département d'histoire économique et sociale à l'Université de Glasgow, Neil Rollings comble un vide avec cet ouvrage. Jusqu'à présent, le positionnement du Royaume-Uni dans - ou en marge de - l'aventure européenne a surtout été étudié sous l'angle de sa vision de l'intégration. C'est, cette fois, le point de vue à ce propos des milieux économiques britanniques qu'il met en lumière, après un long et très méticuleux travail de recherche qui l'a fait notamment plonger dans les archives de la Fédération des industries britanniques, ancêtre de l'actuelle Confédération de l'industrie britannique. Il fait ainsi apparaître que les hommes d'affaires britanniques n'ont jamais été, pour la plupart, hostiles à l'intégration européenne et en dévoile les raisons, ainsi que les conséquences sur le plan du développement économique du pays. Dans un premier temps, il explique comment les relations économiques britanniques - commerce et investissements - ont glissé du Commonwealth vers la Communauté. Il analyse ensuite la manière dont les milieux économiques britanniques ont vécu le processus d'intégration européenne et le position de Londres à son égard de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à l'adhésion de la Grande-Bretagne en 1973. Il affine enfin encore son étude en se focalisant sur la politique de concurrence, la fiscalité indirecte et le droit européen relatif aux entreprises.
(PBo)
*** LINDA LEE KAID (sous la dir. de): The EU Expansion. Communicating Shared Sovereignty in the Parliamentary Elections. Editions Peter Lang (29 Broadway, 18th Floor, New York, NY 10006. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Frontiers in Political Communication", n° 10. 2008, 252 p., 25,40 €. ISBN 978-0-8204-8173-9.
Voici un ouvrage inattendu qui pourrait permettre à l'Union européenne de combattre l'un de ses plus gros problèmes, à savoir ce que l'on présente comme son "déficit démocratique". Bon nombre de sondages et d'études attirent l'attention des décideurs européens sur l'incapacité de l'Union à susciter la bienveillance, voire même seulement l'intérêt de ses citoyens. A quelques rares exceptions près (comme la Belgique où, du fait de l'obligation de vote, le taux de participation aux élections européennes de 2004 a été de 91%), le suffrage dont émane le Parlement européen intéresse peu, voire même pas du tout, un très grand nombre de citoyens. Selon ces mêmes sondages et études, cette situation serait due à un manque de communication de la part de l'Union, avec pour conséquence que la population serait, au mieux, incertaine par rapport à "Bruxelles", voire même carrément suspicieuse et craintive. Afin de discerner les racines du problème, les auteurs de cet ouvrage ont analysé, dans un premier temps, les moyens de communication mis en œuvre par les partis européens pendant leurs campagnes électorales respectives et leurs impacts en termes de taux de participation. Ils ont examiné ensuite la couverture médiatique des élections dans différents pays européens et aux États-Unis, avant de la mettre en relation avec les chiffres de participation.
Il ressort de ce travail que le déficit d'intérêt des Européens par rapport à l'Union serait dû à un déficit d'intérêt politique. En effet, il semblerait que l'investissement consenti par les partis politiques pour une élection européenne est bien moindre que pour d'autres scrutins, ce qui équivaut à moins d'affiches, moins de spots publicitaires et, donc, moins de sensibilisation du citoyen. Or, relèvent les auteurs, il faut se rendre à l'évidence qu'un électeur n'ira pas de lui-même à la recherche d'informations sur tel ou tel parti ou programme politique. C'est pendant son temps libre, lorsqu'il regarde la télévision ou écoute la radio, qu'il s'informe. Et c'est là que se situe le problème ! En Allemagne, par exemple, moins de 5% de la couverture télévisée et écrite a concerné les européennes de 2004, les autres États membres ne faisant guère mieux. Or, quand on sait que 80% des participants au scrutin ont déclaré avoir vu des spots publicitaires, on commence à comprendre le lien. Dans les sociétés démocratiques modernes, le processus électoral dépend de plus en plus des médias, comme le montrent de manière éclatante les élections outre-Atlantique. Si les médias - et les formations politiques ! - considèrent les européennes comme des scrutins de second plan, il ne faut donc pas s'attendre à un engouement de la part des électeurs. Et ceci s'applique, bien sûr, à l'Europe dans un contexte plus général: si les médias, la télévision en particulier, ne s'intéressent pas à l'Europe, comment pourrait-on espérer que les citoyens qui sont leurs clients, spectateurs, auditeurs ou lecteurs, s'y intéressent ? Une étude intéressante et qui devrait inciter la Commission à miser sans retenue sur les partenariats qu'elle a commencé à nouer avec des chaînes radio et qu'elle devrait nouer prochainement avec des chaînes de télévision.
(NDu)
*** PASCAL GILLIAUX: Le traité de Lisbonne. Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp, 1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 - Internet: http://www.crisp.be ). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 1996-1977. 2007, 83 p., 12,40 €.
Impossible de présenter de manière plus concise l'essentiel du traité réformateur de Lisbonne et de le situer par rapport aux précédents, Constitution avortée comprise. Ce "Courrier hebdomadaire" le décortique de manière succincte mais pas réductrice, l'auteur en analysant la forme (disparition des symboles, valeur des traités, valeurs et objectifs de l'Union…) avant de passer en revue la manière dont fonctionne l'Union, ses différentes compétences, ses institutions, etc. En conclusion, Pascal Gilliaux soutient que, "au total, l'Europe dispose bien d'une Constitution", le rejet du traité constitutionnel suite aux non français et néerlandais lui ayant "seulement dénié un caractère explicite".
(MT)
*** ATHANASIOS GROMITSARIS: Rechtsgrund und Haftungsauflösung im Staatshaftungsrecht. Eine Untersuchung auf europarechtlicher une rechtsvergleichender Grundlage. Duncker & Humblot (Postfach 41 03 29, D-12113 Berlin. Tél./fax: (49-30) 79000631 Internet: http://www.duncker-humblot.de ). Collection "Schriften zum Öffentlichen Recht", n° 1024. 2006, 302 p.. ISBN 3-428-12029-9.
Cette thèse de droit public comparé, présentée à l'Université de Jena, tente de préciser les conditions juridiques et constitutionnelles modernes de la "responsabilité des pouvoirs publics". L'auteur analyse les problèmes en tenant compte de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme et du processus d'intégration européenne, en comparant la situation allemande avec les transformations des droits constitutionnels et administratifs des systèmes juridiques français et anglais. En élargissant cette recherche aux conditions légales du système de responsabilité publique dans le droit des États-Unis d'Amérique, le travail se concentre moins sur une simple comparaison entre États qu'il ne porte sur un certain nombre de concepts clés qui touchent au problème. Cela renforce le regard porté sur les conditions qui doivent éclairer le droit de la concurrence dans les États considérés et permet à l'auteur de formuler quelques remarques sur l'évolution à laquelle le droit allemand doit faire face, en montrant que les discussions qui ont actuellement lieu sur la question du droit concernant la responsabilité des pouvoirs publics doivent conduire à une réforme parallèle du droit administratif. Un travail très approfondi et très spécifique.
(GFr)
*** SUJIT CHOUDHRY (sous la dir. de): Constitutional Design for Divided Societies. Integration or Accommodation ? Oxford University Press (Great Clarendon Street, Oxford ox2 6dp, UK. Tél.: (44-1865) 556767 - fax: 556646 - Internet: http://www.oup.com ). 2008, 474 p., 50 £. ISBN 978-0-19-953541-5.
Comment, sur le plan constitutionnel, saisir les opportunités et, en même temps, relever les défis de différences ethniques, linguistiques, religieuses et culturelles qui prévalent dans de nombreux pays, de telle sorte que la démocratie, la justice sociale, la paix et la stabilité en sortent renforcées ? C'est à cette question - fondamentale pour de nombreux pays de nos jours - que les auteurs de ce bel ouvrage s'emploient à apporter des réponses. Ils le font de deux manières complémentaires. Dans un premier temps, ils présentent et analysent les deux voies constitutionnelles qui sont empruntées afin de contenir les tensions, à savoir celle, d'une part, de "l'accommodement" et celle, d'autre part, de "l'intégration". Ces concepts sont ensuite analysés à l'aune de la situation qui prévaut dans des pays tels que le Canada, l'Indonésie, le Nigeria, le monde islamique, Fidji, l'Espagne plurinationale, l'Irak, l'Irlande du Nord, l'Afrique du Sud et l'Ecosse dans le cadre de l'État unitaire qu'est le Royaume-Uni.
(MT)
*** LAURENTIU D. TANASE: Pluralisation religieuse et société en Roumanie. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746 Berne 9. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Publications Universitaires européennes - European University Studies", n° 422. 2008, 313 p., 55 €. ISBN 978-3-03911-521-1.
Occupant la chaire de sociologie de la religion à la Faculté de théologie orthodoxe de l'Université de Bucarest, Laurentiu Tanase rend compte, dans cet ouvrage, de la pluralisation du champ religieux roumain au XXe siècle. Après avoir présenté les modalités d'intégration de divers cultes "ethniques" reconnus dès la formation de l'État roumain moderne en 1918, il analyse les modalités de régulation étatique du religieux par le régime communiste jusqu'à la chute de Ceaucescu en 1989. L'auteur s'intéresse ensuite aux facteurs qui ont favorisé, depuis, la propagation de nouveaux mouvements religieux, ainsi qu'à la manière dont la presse en a rendu compte. Cette triple approche lui permet, in fine, de cerner le type de modernité religieuse qui s'élabore en Roumanie dans un contexte général de sécularisation.
(PBo)