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Bulletin Quotidien Europe N° 9673
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Union pour la Méditerranée: les raisons d'un scepticisme qui subsiste

Un compromis étant bien ou mal intervenu au sein de l'UE sur le dossier de l'Union pour la Méditerranée, il est normal que les milieux officiels se disent satisfaits. Benita Ferrero-Waldner, commissaire responsable de ce dossier, a mis l'accent sur les aspects positifs: « ambition politique renouvelée qui s'appuiera sur des projets concrets » et « meilleur partage des responsabilités: l'Europe doit en assurer la gestion avec ses partenaires méditerranéens», tout en « parlant d'une seule voix » dans la nouvelle structure. De son côté, Nicolas Sarkozy a donné une interprétation positive des divergences franco-allemandes: « Entre l'Allemagne et la France, quand on se dispute, c'est pour trouver une solution ».

Les pays tiers méditerranéens n'y croient pas. Mais notre rôle d'observateur et commentateur comporte d'autres exigences, et il faut bien constater que le projet continue, malgré les ajustements, à soulever des réserves et à justifier les perplexités. Il était mal conçu au départ, les arrangements intervenus ne peuvent pas corriger les défauts de naissance. Du côté français, le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a réussi non sans mal à corriger l'impression catastrophique qu'avait laissée le projet initial d'Union de la Méditerranée, et la Commission européenne l'a ramené dans le cadre communautaire, même si bien des incertitudes subsistent, par exemple l'aspect financier. Mais ce n'est pas l'essentiel: l'UE s'en sortira, même si une certaine amertume allemande ne se résorbera pas totalement de sitôt. L'aspect essentiel est le scepticisme radical du côté des pays tiers méditerranéens, qui, dans certains cas, font semblant de croire au projet pour des raisons politiques ou de politesse diplomatique, mais qui, en réalité, s'en méfient.

Intérêts véritables. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils ne constituent pas un ensemble qui puisse agir en tant que groupe. Les divergences d'intérêt entre eux sont nombreuses, pour ne pas parler des conflits ouverts parfois dramatiques. Ils peuvent soutenir ensemble quelques projets, mais ce qui les intéresse vraiment, ce sont leurs relations bilatérales avec l'UE, pour lesquelles presque chacun a ses objectifs spécifiques qu'il poursuit avec persévérance et, dans plusieurs cas, avec habilité et avec des perspectives favorables. Ces objectifs risquent d'être affaiblis, de s'éloigner, si tous les pays sont considérés comme un ensemble, qui n'existe pas et ne pourra pas exister aussi longtemps que les conflits entre eux ne seront pas apaisés. Pour le moment, de leur côté, le terme «Union» ne correspond à rien. L'Algérie rejette l'idée d'une zone de libre- échange et recherche un partenariat énergétique étroit. Le Maroc a des ambitions de partenariat spécial qui lui serait réservé. Israël a présenté depuis plusieurs mois un « non paper » visant un approfondissement radical de ses liens avec l'UE dans l'espoir qu'il puisse être discuté à la moitié du mois, dans le prochain Conseil d'association (ce qui sera en réalité difficile). La liste des ambitions bilatérales pourrait continuer, mais à quoi bon ? Les réactions spécifiques directes au projet européen sont éloquentes en elles-mêmes.

Il n'est même pas acquis que tous les pays tiers méditerranéens invités participeront à la cérémonie solennelle du 13 juillet ; quelques chefs de gouvernement s'y refusent, malgré les pressions de Paris. L'Algérie en particulier intensifie ses discussions avec l'UE sur les questions énergétiques, mais son ministre des Affaires étrangères a qualifié l'Union pour la Méditerranée d'«échec annoncé». Certains pays rejettent a priori le système d'une coprésidence à rotation impliquant qu'Israël y aurait droit sur le même plan que les autres. Je renvoie, pour une vue d'ensemble, à l'enquête auprès des représentations à Bruxelles des pays tiers méditerranéens, publiée dans notre bulletin n° 9668. Je souligne les vifs soucis pour l'aspect financier. Ce que la plupart de ces pays craignent, c'est que la globalisation de certains projets se fasse au détriment des dotations bilatérales que l'UE a prévues pour chacun, que les fonds européens pour la Méditerranée soient réorientés vers la coopération régionale en affaiblissant les dotations par pays. L'aspect préoccupe aussi le président de la Commission. M. Barroso a déclaré récemment: « On ne peut pas changer les perspectives financières de l'UE. Les nouveaux projets financés par l'Union pour la Méditerranée nécessiteront des financements additionnels du secteur privé, des États concernés, des banques régionales. Nous espérons que l'intérêt que beaucoup d'États manifestent pour ces projets ne sera pas que rhétorique mais conduira à des engagements financiers importants ». Ce ne sera pas facile, dans une période de difficultés budgétaires.

Les remarques qui précèdent expliquent la crainte que les grandes cérémonies n'ajoutent pas grand chose à la réalité. Les espoirs résident plutôt dans le renforcement patient du processus de Barcelone, et dans les progrès de la coopération régionale chez des groupes de pays de l'autre rive.

(F.R.)

 

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