*** MARIO TELO: Relations internationales. Une perspective européenne. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél.: ( 32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection "Etudes européennes". 2008, 212 p., 20 €. ISBN 978-2-8004-1413-3.
Réalisme, institutionnalisme, constructivisme... Depuis son apparition il y a près d'un siècle, la théorie des relations internationales semble irrémédiablement enlisée dans le débat et les divergences entre écoles de pensée, allant jusqu'à remettre en cause des concepts tels que le pouvoir et l'intérêt, qui étaient jusqu'à présent considérés comme évidents. Aujourd'hui, les spécialistes semblent hésiter à parler de "la" théorie ou "des" théories des relations internationales. Mais là n'est pas la question: ce débat entre écoles, considéré comme nécessaire "pour comprendre les grands défis de l'humanité", semble lui-même menacé. Le danger ? Pour Robert O. Keohane, auteur de la préface de cet ouvrage, il se résume en trois points: le caractère inachevé de chacune de ses théories; le fait qu'elles soient souvent considérées comme incompatibles malgré le fait qu'elles traitent d'aspects différents et complémentaires de la politique mondiale ; enfin, l'image que ces luttes entre écoles donnent de la théorie des relations internationales. Celle-ci est, en effet, de plus en plus considérée comme un objet artistique... du courant abstrait.
D'un autre côté, depuis l'explosion de la "bombe Schuman" et l'avènement de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, le régionalisme à l'européenne constitue un modèle unique d'intégration qui "pose des défis de taille à la science politique et aux théories des relations internationales". Malgré les nombreuses crises qu'elle a traversées, l'Union européenne est, en effet, un véritable casse-tête pour beaucoup de théoriciens: un groupe d'Etats voisins, que l'histoire avait toujours désignés comme ennemis, se décident soudain à collaborer, oscillant entre un mode de coopération intergouvernementale et l'avènement des Etats-Unis d'Europe. D'après l'auteur, le caractère durable de la construction européenne constitue en lui-même une "invitation à se confronter à des changements de niveau théorique", voire un "premier pas vers un nouveau paradigme au niveau des relations internationales".
L'objectif de Mario Telo, président de l'Institut d'Etudes européennes de l'Université libre de Bruxelles, est donc double. Premièrement, il s'agit de décortiquer l'évolution de la théorie des relations internationales. Les différents courants de pensée et leurs théories propres sont analysés, pour ensuite laisser place à une critique de chacun d'entre eux. Des trois grandes écoles américaines à l'approche marxiste en passant par les théories de la politique étrangère, aucun courant n'est laissé de côté. Ambition: "offrir au public informé une présentation claire et critique de l'abondante recherche réalisée en Relations internationales". Mais ce n'est pas tout: le deuxième objectif, que l'auteur considère comme le fil rouge "discret et indirect" de son livre, est de déterminer si, oui ou non, il existe une perspective européenne en relations internationales. Comme l'explique le Pr. Telo, "prendre en compte la perspective européenne signifie pour nous essentiellement approfondir la question du devenir de l'Etat, de la coopération internationale et de l'intégration régionale entre Etats voisins dans les relations internationales". Mais pas d'eurocentrisme ici: tout au long de son ouvrage, l'auteur rappelle, en effet, le caractère irréaliste de ce type de position, étant donné la place de plus en plus modeste que l'Europe occupe sur la scène mondiale.
L'essentiel de ce "fil rouge" est contenu dans le dernier chapitre, "L'apport des études européennes aux théories des relations internationales". Très intéressante, cette partie revient sur le contexte mondial post-guerre froide qui a favorisé la création de la première Communauté, sur la tension entre globalisation et néo-régionalisme (que l'auteur considère comme multidimensionnel, par opposition au régionalisme, uniquement économique et par là-même lié directement à la globalisation), sur la dynamique interne et externe de la régionalisation, sur la notion de soft power ou encore sur l'impact de la construction européenne en matière de souveraineté (à travers la lutte entre intergouvernementalistes et fédéralistes). Quid, justement, de l'Union ? Premièrement, d'après l'auteur, elle "n'est pas le modèle incontournable", mais elle constitue néanmoins "une référence pour les autres associations régionales" et promeut le régionalisme dans le monde, le dirigeant vers une "multilevel global governance". Ensuite, l'auteur semble douter de la notion d'Etats-Unis d'Europe, dont l'avènement serait par ailleurs, selon lui, "d'un intérêt scientifique et d'une force communicationnelle limités".
La conclusion est sans appel: pour Mario Telo, "soixante ans de construction européenne constituent une période suffisante pour autoriser des hypothèses théoriques allant au-delà de notre vieux continent et affectant la gouvernance globale". L'ouvrage est sans contexte rafraîchissant et atteint ses deux grands objectifs avec brio. Reste à la communauté scientifique de relever le défi.
Thomas Bauwens
*** ABDELLATIF FILALI: Le Maroc et le monde arabe. Editions Scali (80 rue du Faubourg-Saint-Denis, F-75010 Paris. Tél.: (33-1) 48000099 - fax: 48000750 - Internet: http://www.scali.net ). 2008, 318 p., 24 €. ISBN 978-2-35012-226-7.
Très longtemps ministre marocain des Affaires étrangères et, de 1994 à 1998, Premier ministre de Hassan II, Abdellatif Filali jette, dans cet ouvrage, un regard sur le chemin parcouru et sur le monde - arabe, en particulier - tel qu'il l'a connu et tel qu'il se transforme. Premier ambassadeur marocain accrédité auprès de la Communauté des années 60, il livre une analyse à la fois critique et amicale des relations maroco-européennes, notamment à la lumière de la demande d'adhésion voulue par Hassan II, du contentieux relatif à la pêche suite à l'adhésion de l'Espagne, du terrorisme islamiste, de l'immigration… Une invitation "à voir plus large que les œillères franco-centrées ou européo-centrées", écrit Hubert Védrine dans sa préface.
(MT)
*** SEBASTIAN SANTANDER (sous la dir. de): Le partenariat stratégique Union européenne Amérique latine dans un monde en mutation: quelles évolutions et perspectives ? Centre d'Etude des Relations entre l'Union européenne et l'Amérique latine (Cercal, av. Paul Héger, Bât. NB - CP 181, B-1050 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503103 - fax: 6503521 - Courriel: cercal@ulb.ac.be - Internet: http://www.ulb.ac.be/soco/cercal/accueil.hrlm ). Collection "Europa & America latina", n° 2. 2007, 158 p., 20 €.
Cette publication fait le point sur la situation du régionalisme en Amérique latine, les relations de celle-ci avec les Etats-Unis et, surtout, sur l'ensemble des liens tissés par les pays et groupes régionaux avec l'Union: "partenariat stratégique" avec le Brésil, accord d'association avec le Chili, rapports avec la Communauté andine... Elle constate la stagnation actuelle de l'interrégionalisme, tente de l'expliquer et ouvre le débat sur l'avenir. Les auteurs s'interrogent ainsi sur l'importance accordée par l'Union à la politique sociale, qu'ils considèrent comme un moyen efficace d'éviter l'échec connu par les Etats-Unis. Ils s'inquiètent également de la nouvelle tendance européenne de préférer des accords bilatéraux plutôt qu'interrégionaux. Pourtant, malgré la période de troubles traversée par la gouvernance globale et par le régionalisme tant au niveau européen (échec constitutionnel) qu'au niveau latino-américain (conflits entre Etats et hésitations entre régionalisme et nationalisme), les auteurs des contributions semblent convaincus que "la coopération interrégionale entre l'Union européenne et l'Amérique latine progressera dans les prochaines années" et qu'elle peut contribuer à "structurer cette nouvelle phase de la gouvernance globale". En attendant de voir si l'histoire leur donne raison, cet ouvrage contribue sans aucun doute à une meilleure compréhension de la complexité des relations entre les deux régions.
(TBa)
*** Dialogue académique et scientifique. Belgique, Amérique latine et Caraïbes. Centre d'Etude des Relations entre l'Union européenne et l'Amérique latine (voir coordonnées supra). Collection "Europa & America Latina", n° 1. 2006, 145 p., 20 €.
Ministre belge de la Coopération au développement, ambassadeur de Belgique à Caracas, vice-recteur de l'Université catholique de Louvain... Le premier numéro de cette revue scientifique regroupe quatorze textes inédits d'auteurs prestigieux sélectionnés par la rédaction du Cercal en vue de démontrer qu'en cette période de crise de l'OMC, la relation interrégionale Union - Amérique latine "ne peut être que bénéfique, tant pour les deux régions que pour une meilleure gouvernance globale". Ce numéro est plus particulièrement dédié au dialogue académique et scientifique entre la Belgique, l'Amérique latine et les Caraïbes. Il est divisé en trois parties: la première s'attaque aux liens académiques entre la Belgique et les pays ALC, la deuxième s'intéresse au processus de Bologne et la dernière analyse "la nouvelle vision de la coopération scientifique et ses applications". Enrichie par la diversité des points de vue proposés, cette revue remplit bien son office.
(TBa)
*** Towards a Post-Carbon Society. European research on economic incentives and social behaviour. Commission européenne (DG Recherche, SDME 7/34, B-1049 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2962811 - fax: 2962137 - Courriel: research-eu@ec.europa.eu - Internet: http: //ec.europa.eu/research/research-eu / Office des publications officielles, Luxembourg. Internet: http: //bookshop.europa.eu). Collection "European Research Area". 2007, 50 p.. ISBN 978-92-79-07622-0.
Cette publication de la Commission rend compte d'une conférence qui, en octobre dernier, a été consacrée au changement climatique et à ses dangers pour la planète, les participants s'étant employés à trouver des feuilles de route permettant d'atténuer le problème. Quatre axes s'en sont dégagés. Tout d'abord, la nécessité d'un effort des acteurs économiques pour changer leurs habitudes. D'abord parce que la forte croissance économique de l'après Seconde Guerre était basée sur la disponibilité de vastes quantités d'énergie à bas prix, situation qui a bien changé depuis. Ensuite parce que la population mondiale toujours croissante ainsi que l'entrée en scène de nouvelles puissances économiques accroît encore plus la demande en hydrocarbures. Il faut donc agir sur la demande en activant la recherche afin de trouver de nouvelles technologies viables. Une deuxième voie est du ressort du monde politique, tant il est vrai que les résultats des partis écologiques aux élections traduisent une demande que les partis ne peuvent plus ignorer. Il leur revient donc de prendre des initiatives (programmes d'efficience énergétique, taxes environnementales…). Le troisième axe concerne les grandes villes qui ne sont en aucun cas adaptées au mode de vie actuel et nécessitent des améliorations au niveau de leur planification, de leur construction et de la sensibilisation des habitants. Enfin, c'est aux institutions européennes qu'il revient de montrer l'exemple face à des puissances mondiales peu soucieuses et dubitatives face à des sujets comme la réduction des gaz à effet de serre, l'Union ayant résolument entrepris d'assumer ce rôle de meneur.
(NDu)
*** BETTINA LANGE: Implementing EU Pollution Control. Law and Integration. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). Collection "Cambridge Studies in European Law and Policy". 2008, 324 p., 60 £. ISBN 978-0-521-88398-6.
Maître de conférences en droit et réglementation au Centre d'Etudes socio-juridiques de l'Université d'Oxford, Bettina Lange étudie, dans cet ouvrage pointu, le rôle joué par le droit dans le processus d'intégration européenne à la lumière de la mise en œuvre de la directive relative à la prévention et au contrôle de la pollution, tant au niveau de l'Union tout entière que sur les terrains allemand et britannique. Ce travail contribue à la sociologie du droit (européen), mettant en lumière - du moins pour les juristes… - un "droit en action" qui, bien loin d'être statique, évolue de manière empirique au gré des débats et controverses qu'il suscite au niveau des parties concernées lorsqu'il s'agit de définir les meilleures pratiques et les meilleures techniques disponibles afin de le mettre en œuvre. Le tout compose un ouvrage dont se délecteront les spécialistes du droit européen.
(PBo)
*** MICHAEL FAURE, ALBERT VERHEIJ (sous la dir. de): Shifts in Compensation for Environmental Damage. Editions Springer (4-6 Sachsenplatz, 1201 Vienne. Tél.: (43-1) 3302415-0 - fax: 3302426 - Internet: http://www.springeronline.com ). Collection "Tort and Insurance Law", n° 21. 2007, 338 p.. ISBN 978-3-211-71551-2.
Cet ouvrage examine de manière scientifique les changements qui ont été observés dans le domaine des dédommagements pour les atteintes à l'environnement. De manière plus précise, les auteurs s'emploient à préciser la nature de ces changements et à discerner les raisons qui y ont conduit. Se caractérisant surtout par un glissement de la prise en charge des conséquences de ces dommages (marées noires, accidents nucléaires, pollution des sols) entre les secteurs public et privé, ces évolutions sont analysées au niveau européen ainsi qu'à partir de la situation prévalant en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. L'intervention des différents niveaux de pouvoir est également étudiée. Un ouvrage pointu dans un domaine qui devient sans cesse plus une préoccupation majeure.
(PBo)
*** Réalités industrielles. Editions ESKA (12 rue du Quatre-Septembre, F-75002 Paris. Tél.: (33-1) 42865578 - fax: 42604535 - Courriel: eska@eska.fr - Internet: http://www.eska.fr ). 2008, 96 p., 23 €. ISBN 978-2-7472-1393-6.
Cette publication des Annales des Mines consacre, dans ce numéro, un "Dossier" très complet à la montée en puissance, partout dans le monde, des villes et métropoles. Le Pr. Carrière s'y intéresse, entre autres, au Schéma de développement de l'espace communautaire selon lequel la cohésion sociale et territoriale de l'Europe nécessite la construction d'un système urbain polycentrique.
(MT)