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Bulletin Quotidien Europe N° 9652
Sommaire Publication complète Par article 39 / 41
INTERPENETRATION ECONOMIQUE / (eu) ue/strategie de lisbonne

Un rapport de M. Laurent Cohen-Tanugi esquisse les contours d'une stratégie européenne pour la mondialisation dans l'après-2010: A deux ans de son terme, la stratégie de Lisbonne n'est ni le succès mis en avant par la Commission européenne, ni l'échec dépeint à tort en France. Ses résultats sont contrastés selon les pays, selon les objectifs, et globalement mitigés pour l'ensemble de l'Union européenne en raison des performances médiocres des grandes économies de la zone euro (France, Italie, Allemagne). Telle est la conclusion du rapport final de Laurent Cohen-Tanugi, président de la Mission " l'Europe dans la mondialisation », réalisé à la demande des ministres français Christine Lagarde et Xavier Bertrand, afin de faire le point sur la mise en oeuvre de la stratégie de Lisbonne et d'initier une réflexion sur les grands enjeux liés de la construction européenne dans le contexte de la mondialisation alors que la France s'apprête à présider l'UE. Dans un premier temps, le rapport dresse un état des lieux de l'Europe dans le contexte de la mondialisation. Le Conseil européen avait fixé trois objectifs chiffrés « finaux » à la stratégie de Lisbonne entre 2000 et 2002 (taux de croissance, taux d'emploi et taux d'émissions de gaz à effet de serre) avant d'opérer un recentrage autour des deux premiers en mars 2005 ; une dizaine d'objectifs chiffrés intermédiaires ont été joints, afin de permettre de mieux atteindre les objectifs de croissance et d'emploi, rappelle M. Cohen-Tanugi. Le rapport constate: 1) croissance : les taux de croissance ont souvent été décevants malgré une reprise récente. L'objectif d'un taux de 3% n'a pas été atteint sur la période 2000-2006 mais 17 Etats membres ont affiché des résultats supérieurs. Il s'agit des 10 pays d'Europe centrale qui ont adhéré à l'UE en 2004 et 2007 ainsi que de l'Irlande, du Luxembourg, de la Grèce, de l'Espagne, de Chypre, de la Finlande et de la Suède. 2006 a cependant été une année de reprise, avec un taux de croissance estimé à 3%, soit le plus haut niveau depuis 2000. Pour cette même année, 20 Etats membres ont affiché un taux supérieur et quatre autres des taux supérieurs à 2,5%. Les prévisions pour 2007 semblent confirmer ce redressement (2,9% prévus pour l'UE) ; 2) emploi : bien qu'inférieure aux ambitions affichées, la situation a évolué favorablement depuis le lancement de la stratégie avec un taux d'emploi de 65% de la population active (le seuil avait été fixé à 70%). Plus précisément, cinq pays ont atteint et dépassé 70% (Danemark, Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni et Autriche) alors que 9 autres dépassaient 65% en 2006 (Chypre, Finlande, Irlande, Estonie, Portugal, Allemagne, Slovénie, Lettonie, République tchèque) et 6 autres 60% ou plus (Espagne, Lituanie, France, Belgique, Grèce, Luxembourg). Si les principales caractéristiques du processus de mondialisation étaient déjà bien identifiées en 2000, ce processus s'est fortement accéléré depuis et la stratégie de Lisbonne ne constitue plus une réponse suffisante, constate le rapport. Dans l'immédiat, « l'agenda défini à Lisbonne en mars 2000 et complété par la suite reste d'actualité car ses objectifs sont toujours pertinents et ne seront pas atteints en 2010 (…) mais il faut clairement passer à la vitesse supérieure et adopter une perspective globale, faute de quoi l'Union européenne ne sera plus dans la course d'ici à 2020 », estime M. Cohen-Tanugi. Dans la stratégie « EuroMonde 2015 » qu'il esquisse, il préconise un « Lisbonne Plus », dont le périmètre devrait être un recentrage sur la compétitivité par l'innovation comportant trois volets: 1) un premier centré sur la recherche, les éléments de compétitivité-qualité du marché intérieur et l'innovation industrielle ; 2) un deuxième axé essentiellement sur les politiques visant à renforcer le capital humain, politiques qui concernent l'éducation, le marché du travail et la constitution d'un espace de mobilité européen ; 3) un troisième centré sur l'environnement comme moteur de croissance et de compétitivité. Dans le contexte de la mondialisation, « Lisbonne Plus » devrait comprendre en outre un volet de compétitivité externe structuré autour de politiques extérieures communes. Le succès de cette stratégie suppose une série de conditions: un nouveau consensus politique européen pour permettre à l'Europe d'exercer un leadership au niveau international, un nouveau positionnement consistant à passer d'une logique d'exemplarité à une logique d'intérêts et à avancer sur des projets concrets réunissant le cas échéant un nombre limité d'Etats membres, la mise en place d'institutions plus cohérentes et plus efficaces, et une adaptation des budgets nationaux et communautaires grâce à une révision du cadre financier de l'Union. (I.L.)

 

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