Bruxelles, 28/04/2008 (Agence Europe) - En raison du retard pris dans les consultations techniques au siège de l'OMC, en particulier dans le cadre des pourparlers agricoles, le calendrier des négociations de Doha pourrait connaître une nouvelle mise à jour. Initialement prévue - quoique jamais officialisée par la direction de l'OMC - dans la semaine du 19 mai à Genève, la réunion ministérielle visant à arrêter les grandes lignes d'un compromis sur les modalités de libéralisation des échanges en agriculture et sur les produits manufacturés (NAMA) pourrait être reportée à une date ultérieure, soit fin mai ou début juin, soit en juillet.
A la recherche de solutions sur plusieurs points techniques, mais délicats - produits sensibles, produits tropicaux et produits bénéficiant de préférences tarifaires - les négociateurs agricoles ont demandé, le 21 avril, plus de temps, une semaine supplémentaire au moins, pour achever leurs travaux. Le Néo-Zélandais Crawford Falconer s'est donc vu contraint de convoquer, le 30 avril, une nouvelle session du Comité des négociations agricoles qu'il préside. Mais également de retarder la remise d'une nouvelle version de son texte de compromis révisé, initialement prévue pour la fin du mois d'avril, compte tenu de « l'impossibilité de l'écrire en 48 heures ». Si, au siège de l'OMC, on assure qu'il ne s'agit que d'une question de jours, ce nouveau contretemps risque toutefois de ralentir le processus horizontal qui vise à nouer les fils entre les deux principaux dossiers des négociations de Doha, l'agriculture et les NAMA. Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, qui espère arracher un accord avant l'élection présidentielle américaine, avait clairement envisagé des premiers trade-offs, sur la base des nouveaux textes de compromis révisés de M. Falconer et de son homologue pour les NAMA, le Canadien Don Stephenson, au niveau des ambassadeurs dans la semaine du 5 mai avant des pourparlers finaux au niveau ministériel dans la semaine du 19 mai. Il envisagerait déjà d'autres dates, notamment les semaines du 26 mai ou du 2 juin. Mais M. Lamy doit faire face à des contraintes logistiques relatives au Championnat d'Europe des nations de football (Euro 2008) qui se déroulera en Autriche et en Suisse du 7 au 29 juin. Genève ne dispose pas des capacités hôtelières suffisantes ni les autorités suisses des ressources suffisantes en matière de sécurité pour accueillir en même temps une ministérielle OMC et l'Euro 2008. Enfin, dans la perspective de conclure le round avant fin 2008, le mois de juillet serait la dernière option possible.
Un nouveau délai devrait toutefois permettre aux délégations de surmonter leurs divergences sur le compromis actuellement discuté pour l'estimation de la consommation interne qui sera utilisée afin de calculer le niveau des quotas tarifaires d'importation à ouvrir pour les produits sensibles. Si la plupart des négociateurs considèrent que le projet élaboré en la matière par six membres - Australie, Brésil, Canada, Etats-Unis, Japon et UE - constitue un réel progrès, certains ont fait part de leurs réserves sur plusieurs points. D'autres ont demandé des précisions sur ce dossier hautement technique, ce qui a amené les « Six » à soumettre un document d'explication de 12 pages. S'agissant des produits tropicaux (qui feraient l'objet de réductions tarifaires plus rapides et plus fortes que la normale) et des produits préférentiels (réductions tarifaires plus lentes et éventuellement plus faibles), le problème réside dans les listes de produits proposées qui, parfois, se télescopent, alors que le traitement envisagé est totalement antinomique. De plus, certains produits tropicaux inscrits sur la liste sont aussi des produits sensibles à l'importation pour des pays en développement.
Côté européen, la France continue de mobiliser contre un accord agricole à l'OMC en mai en mettant sur la table plusieurs objections. Devant le Conseil Agriculture, à la mi-avril, comme par voie de presse depuis, elle n'a cessé de répéter qu'elle n'acceptera pas de concessions agricoles sans contrepartie en matière industrielle et de services. Or, si le Brésil a donné des signes de mouvement, l'Afrique du Sud, l'Argentine et l'Inde continuent de défendre une ouverture limitée de leurs marchés aux pays développés. La négociation sur les services reste, pour sa part, très en retard. Sur fond de crise alimentaire mondiale, la France reste, en outre, opposée à un désarmement tarifaire agricole et remet au goût du jour le concept d'autosuffisance alimentaire, principe fondateur de la PAC. Enfin, elle soulève une objection interne: le volet agricole à l'OMC s'est immiscé dans la campagne sur le Traité de Lisbonne en Irlande. Dublin, qui partage la position française, soumettra le nouveau Traité à référendum le 12 juin. Alors que les sondages donnent une proportion majoritaire d'indécis parmi les électeurs, 10 000 agriculteurs ont manifesté, sous les yeux du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, dans les rues de Dublin le 17 avril dernier, contre un accord à l'OMC. Des sources communautaires font remarquer qu'un compromis agricole à l'OMC en mai risque d'avoir un impact substantiel sur le vote dans un pays où le groupe de pression agricole est extrêmement puissant.
Le 23 avril dernier à Berlin, le secrétaire d'Etat allemand à l'Agriculture, Gert Lindemann, a quant à lui émis de sérieux doutes quant à la possibilité d'une percée en mai à Genève. « Il n'y a pas de progrès sur les produits industriels et les services. En même temps, l'UE cède de plus en plus de terrain sur les dossiers agricoles. Nous pensons que ce n'est pas la bonne manière de procéder », a-t-il insisté. Selon des sources communautaires, la commissaire à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, partagerait cet avis et s'opposerait ainsi au principal négociateur européen à l'OMC, son collègue au Commerce Peter Mandelson. (E.H.)