Bruxelles, 15/04/2008 (Agence Europe) - L'Organisation mondiale de la santé (OMS) invite l'Union européenne et les pays du continent européen à prendre très rapidement des mesures pour réduire l'impact du changement climatique sur la santé en Europe. Le sujet était au centre d'une rencontre avec des représentants de la Commission européenne et de la Présidence slovène de l'UE, lundi 7 avril à Bruxelles. En prenant rapidement les mesures qui s'imposent, il est encore possible d'éviter le retour à la situation sanitaire du XIXème siècle.
Le phénomène le plus souvent décrit est celui de l'augmentation de l'intensité et de la fréquence des vagues de chaleur. On estime généralement que dans l'UE la mortalité devrait augmenter de 1 à 4% par degré de température supplémentaire. Plus de 70 000 décès supplémentaires ont été enregistré dans 12 pays européens après la vague de chaleur de l'été 2003. On prévoit annuellement 86 000 décès supplémentaires dans l'UE en 2071-2100 avec une augmentation de 3°. Les premières victimes en seront les personnes âgées par suite de chocs thermiques et de différents problèmes cardiovasculaires, respiratoires, rénaux et métaboliques. Des mesures de prévention (réduction de l'exposition à la chaleur, système d'alerte, assistance aux personnes âgées) peuvent être mises en place pour réduire l'impact de ce phénomène.
Les vagues de froid et les hivers froids demeurent une source de préoccupation en Europe et en Asie centrale, avec un accroissement de 5 à 30% de la mortalité. On dénombre encore 13 000 morts annuelles d'enfants dues à l'utilisation de combustibles fossiles solides dans la région européenne de l'OMS, qui prévoit une aggravation de la mortalité liée au froid ou aux systèmes de chauffage défectueux dans les couches de population les plus pauvres. Ces populations - en particulier dans la région méditerranéenne, l'Europe du Sud-Est et l'Asie centrale - vont connaître une aggravation de la malnutrition. L'augmentation des températures devrait aussi s'accompagner d'une prolifération bactérienne dans l'alimentation. Ainsi, le risque de salmonellose augmente de 5 à 10% pour chaque degré supplémentaire de température ambiante.
L'apparition du chikungunya en Italie en 2007 n'est pas un épiphénomène, mais le signe avant-coureur du retour de la fièvre des marais, la malaria, déjà présente dans six pays (Azerbaïdjan, Géorgie, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Turquie). Le contrôle des zones humides et un renforcement des capacités de détection précoce et de traitement permettrait de juguler la progression du paludisme en Europe. En revanche, la maladie de Lyme (transportée par la tique du cerf) s'étend de plus en plus et l'on peut craindre une progression de la leishmaniose vers le nord.
La pénurie en eau pourrait frapper 16 à 44 millions de personnes supplémentaires dans le sud de l'Europe et l'Asie centrale à l'horizon 2080. Lorsque la quantité est suffisante, la qualité ne suit pas toujours, plus de 13 000 enfants meurent encore chaque année des suites d'une diarrhée aiguë en Asie centrale. La pollution de l'air par l'ozone et les particules devrait aussi connaître une aggravation. On estime généralement que l'ozone est responsable de 20 000 décès prématurés. La pollution par les particules diminue de huit mois l'espérance de vie moyenne en Europe. (O.J.)