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Bulletin Quotidien Europe N° 9579
Sommaire Publication complète Par article 30 / 31
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 761

*** MARIA GRAZIA MELCHIONNI, ROBERTO DUCCI: La genèse des Traités de Rome. Entretiens inédits avec 18 acteurs et témoins de la négociation. Editions Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris) et Fondation Jean Monnet pour l'Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél.: (41-21) 6922090 - fax: 6922095 - Courriel: secr@fjme.unil.ch - Internet: http://www.jean-monnet.ch ). Collection "Cahiers rouges". 2007, 502 p., 34 €. ISBN 978-2-7178-5430-5.

Les "Cahiers rouges" publiés par la Fondation Jean Monnet pour l'Europe sont toujours des ouvrages qui sortent de l'ordinaire, eux qui plongent dans la mémoire de personnages ayant participé à l'aventure de la construction européenne. Celui-ci ne déroge pas à cette règle et, même, en constitue une illustration particulièrement aboutie. On le doit, ainsi que le rappelle dans sa préface Patrick Piffaretti, directeur de la Fondation, à une initiative prise en 1984 par Maria Grazia Melchionni, historienne et spécialiste d'histoire orale, et réalisée en collaboration avec l'ambassadeur Roberto Ducci (qu'elle assistait dans son cours de théorie des relations internationales), qui offre aujourd'hui au lecteur "le privilège de pénétrer dans la complexité et la quotidienneté d'une négociation qui a changé le destin de l'Europe". Même si les Traités dont le cinquantième anniversaire a été fêté l'année dernière n'ont pas été, contrairement à ce que laisse entendre Margot Wallström dans un "message" qui ouvre l'ouvrage, "les premières briques d'une ambitieuse construction européenne" et si l'idée d'unir les forces et les énergies européennes au sein d'une communauté d'Etats membres avait surtout été "d'une originalité et d'une audace incroyables"… quelques années auparavant, avec la création de la première Communauté, celle du charbon et de l'acier, c'est bien du sursaut acté à Rome que découle effectivement le visage que présente aujourd'hui l'Union européenne.

Ce visage est-il fidèle aux aspirations de ceux qui ont façonné et poli les Traités de Rome ? Telle est la question qui, en 1984, a motivé Roberto Ducci à se lancer dans la recherche. Ancien "numéro deux" dans le Comité des chefs de délégation à la conférence de Bruxelles de la fin des années 50, membre du comité Euratom et président du comité institutionnel et de rédaction des traités, ce grand diplomate italien disparu en 1985 était alors, explique sa complice de l'époque, "stimulé par l'opportunité de discuter" avec d'autres acteurs de Val Duchesse "des développements successifs de la construction européenne et de rechercher avec eux des réponses aux questions qui durant une part de son existence avaient été au cœur de ses préoccupations: pourquoi l'espoir d'une Europe rapidement et complètement unifiée s'était-il révélé illusoire ? Quelles erreurs avaient été commises, qui avaient détourné le processus européen de son but initial et laissé l'identité politique réalisée imparfaite et insatisfaisante ?" Le bilan que les acteurs-témoins établissaient vingt-cinq ans après la mise en œuvre des traités de Rome n'est pas toujours, l'ouvrage le révèle, à la hauteur des espoirs qui les animaient, mais leurs propos rappellent surtout "l'idéal commun qui sous-tendait les efforts consentis et la foi dans l'entreprise européenne", Patrick Piffaretti observant justement que pour ces hommes ayant vécu les conflits mondiaux, "le défi" restait alors "intact de construire un continent dans l'unité".

Qui sont les personnages qui composent "ce récit à plusieurs voix de la négociation fondatrice de l'Europe", fruit de conversations amicales menées pour la plupart, tout comme les négociations elles-mêmes, en français, lingua franca des cénacles européens de l'époque ? D'abord, le diplomate italien Franco Bobba dont Alcide De Gasperi parlait comme de "ce grand garçon-là" et qui, ancien directeur général de la Commission, conservait dans son bureau de Rome l'une des affiches placardées sur les murs de Rome le 25 mars 1957: six jeunes femmes vêtues de leur drapeaux nationaux qui se tiennent la main avec, en fond, la carte de l'Europe… enrichie des mêmes signatures que les traités. Ensuite, l'ambassadeur néerlandais Johannes Linthorst Homan, militant fédéraliste qui devait signer les traités de Rome avec Joseph Luns avant de devenir Représentant permanent, membre de la Haute Autorité et, enfin, chef de la délégation de la Commission après du gouvernement britannique jusqu'en 1971. Vient ensuite l'éminent juriste luxembourgeois Pierre Pescatore qui terminera son parcours comme juge à la Cour de justice et qui raconte avant tout, explique le Pr. Melchionni dans sa note biographique (il y en a une pour chacun des protagonistes), "l'expérience extraordinaire de conversion profonde au projet européen qu'il a vécue dans le groupe juridique des négociateurs des traités", tout en expliquant pourquoi ceux-ci "sont si bien faits du point de vue juridique". Autre Luxembourgeois, l'ancien Premier ministre Pierre Werner qui, quelques mois avant son retrait définitif de la vie politique active, "délivre un message d'espoir et de confiance dans l'avenir de l'Europe unie". Ensuite, le juriste allemand Hans von der Groeben récemment décédé qui, co-auteur du rapport Spaak avec Pierre Uri, deviendra membre de la Commission et raconte comment Jean Monnet s'activa en vain auprès des autorités allemandes afin de retarder le projet de l'intégration économique au profit du seul Euratom. Il est encore surtout question d'Euratom avec un autre Allemand, le Pr. Ulrich Meyer-Cording, qui met en évidence que le renoncement de l'Allemagne à utiliser l'atome à des fins militaires entrava d'emblée l'évolution de ce traité. Vient ensuite l'économiste belge Jean-Charles Snoy et d'Oppuers, signataire des traités avec Paul-Henri Spaak après avoir été le chef de la délégation belge aux négociations de Bruxelles. Autre Belge, le diplomate Robert Rothschild qui rappelle surtout la personnalité et les idées de Paul-Henri Spaak dont il fut l'un des plus proches collaborateurs et, même, un intime. L'ancien ministre français Maurice Faure, "attentif à saisir dans les événements historiques les traces de la quête du pouvoir qui meut les hommes", aide, lui, à mieux comprendre la conception française de l'Europe. Autre Français, l'économiste Pierre Uri dont l'histoire n'a "pas encore reconnu le rôle qui lui revient" puisqu'il fut le principal rédacteur du "rapport Spaak", soit "le chef-d'œuvre de plusieurs architectes, mis sur le papier par un seul d'entre eux". Autre monument de l'aventure européenne, le Français né à Constantinople Emile Noël, mythique secrétaire général de la Commission qui "s'exprime avec simplicité et vivacité, comme si les événements évoqués dataient d'hier et non d'il y a trente ans". Un Français encore en la personne de Robert Marjolin qui deviendra vice-président de la Commission et livre dans son évolution le point de vue des économistes et des milieux économiques français face au problème de la coopération puis de l'intégration économique européenne. Viennent encore le Néerlandais Ernst Hans van der Beugel qui explique notamment les raisons qui ont poussé La Haye à vouloir inclure l'élément anglo-saxon dans le dessein de l'unification européenne, son compatriote Max Kohnstamm, fidèle parmi les fidèles de Jean Monnet, Roberto Ducci lui-même, ainsi que l'homme politique libéral italien Vittorio Badini Confalonieri, figure importante de la lutte contre le fascisme, et son compatriote Achille Albonetti, grand spécialiste de l'énergie. Enfin, un dernier Italien, un certain… Emanuele Gazzo, cheville ouvrière journalistique du bulletin que vous avez sous les yeux et qui était, lui aussi, à Val Duchesse dont il allait "parfois jusqu'à franchir les grilles (…) pour rencontrer dans le parc les délégués et leur arracher des nouvelles confidentielles"…

Michel Theys

*** ERIC BUSSIERE, MICHEL DUMOULIN, SYLVAIN SCHIRMANN (sous la dir. de): Milieux économiques et intégration européenne au XXe siècle. La crise des années 1970 - De la conférence de La Haye à la veille de la relance des années 1980. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 35. 2006, 318 p.. ISBN 90-5201-300-4.

Croisant les interventions de jeunes chercheurs et d'historiens et économistes plus confirmés, ce livre - qui prolonge un colloque organisé voici plus de trois ans par le Comité pour l'histoire économique et financière de la France en collaboration avec des organes des Universités de Metz, Paris I - Paris IV et catholique de Louvain - revisite une période dont la connaissance est particulièrement utile à celle de l'Europe en crise d'aujourd'hui. Crise économique provoquant le blocage de l'intégration économique et monétaire, divergences de fond entre les attitudes des Etats, Europe renouant avec la thématique du déclin caractéristique des périodes d'après-guerre… Tels étaient les ingrédients de la crise des années 70, période qui, explique Isabelle Cassiers dans la contribution faîtière, a représenté non seulement une rupture entre deux moments de l'histoire économique de l'Europe, mais surtout un changement de paradigme, c'est-à-dire "la représentation que les acteurs économiques et sociaux se donnent du monde dans lequel ils vivent de ses lois économiques et des moyens de les infléchir". En clair, la relance des années 80 a été la conséquence d'une série de prises de conscience et d'inflexions dont plusieurs sont analysées dans cet ouvrage. La première partie est consacrée à différentes initiatives prises afin de faire face au "désordre monétaire" avec, entre autres, deux contributions particulièrement éclairantes, l'une d'Ivo Maes sur les projets d'intégration monétaire développés au sein de la Commission au tournant des années 70, l'autre de Jean-Claude Koeune sur la mise en place et les premières expériences du Système monétaire européen. C'est ensuite la crise de l'énergie qui est abordée, notamment à la lumière des propositions de la Commission dans le secteur électrique. Les contributions de la troisième partie portent enfin sur la réforme (déjà...) de la Politique agricole commune, sur la politique industrielle avec l'abandon progressif de la stratégie des champions nationaux et sur l'expérience de coopération industrielle franco-allemande Unidata.

(MT)

*** THOMAS CHRISTIANSEN, TORBJÖRN LARSSON (sous la dir. de): The Role of Committees in the Policy-Process of the European Union. Legislation, Implementation and Deliberation. Edward Elgar Publishing Ltd (Glensanda House, Montpellier Parade, Cheltenham, Glos GL50 1UA, UK.
Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2007, 307 p.. ISBN 978-1-84542-622-4.

Les comités sont une composante essentielle du fonctionnement de l'Union européenne. Ils sont partout et leur variété de fonction, statut et composition n'en facilite pas la compréhension. Nombreux sont donc les chercheurs et étudiants, mais aussi les personnes ayant à traiter avec les institutions européennes, comme les lobbyistes, qui profiteront des éclaircissements qu'apporte ce livre. Avant de rentrer dans les détails, les auteurs replacent les comités dans le modèle de gouvernance supranational de l'Union et s'écartent un peu de l'étude stricte du rôle des comités - présents à tous les niveaux - dans le processus législatif pour aborder les questions de la gouvernance informelle et de la légitimité démocratique. D'ailleurs, comme l'explique Torbjörn Larsson, "les structures informelles de l'UE ont été l'une des cibles favorites de critiques dans ce domaine et, comme l'UE est pleine de comités et de travaux de comités, le débat s'est centré sur l'utilisation et l'abus de ces comités". Par après, les auteurs posent notamment la question de savoir si les comités participent à la formalisation du processus de prise de décision de l'Union et se demandent si ceux qui y opèrent viennent principalement y défendre des positions déjà acquises ou s'ils y développent leur opinion au cours des débats. L'ouvrage étudie ensuite plus précisément les différents types de comités et leur rôle, que se soient, par exemple, les groupes d'experts qui assistent la Commission ou les groupes de travail du Conseil des ministres. Evidemment, la comitologie n'est pas laissée de côté et plusieurs chapitres étudient son fonctionnement et son impact sur le processus législatif, mais aussi la façon dont la pratique a été encadrée par le Parlement, le Conseil et la Cour de justice.

(FRo)

*** CHRISTIAN JOERGES: Integration durch Entrechtlichung ? Ein Zwischenruf. Zentrum für europäische Rechtspolitik an der uUniversität Bremen (Universitätsallee, GW 1 D-28359 Bremen. Tél.: (49-421) 2182247 - fax: 2183403 - Courriel: zerp@serp.uni-bremen.de - Internet http://www.zerp.uni-bremen ). 2007, 35 p., 8 €.

Ce court ouvrage s'attaque à la gouvernance, concept vague s'il en est, mais qui joue un rôle important dans la redéfinition de la manière dont l'Union produit ses propres normes. La méthode communautaire des débuts s'est, en effet, rapidement montrée insuffisante par rapport aux besoins de régulation du projet européen d'intégration, toujours plus complexe. La gouvernance a donc été adoptée, pour parvenir à une certaine efficacité dans la gestion. Toutefois, l'idée de gouvernance regroupe des modes d'exercice du pouvoir qui sortent du cadre strict des rapports entre dirigeants et dirigés, régulés par la loi et la responsabilité politique. Il n'a donc pas été évident de la réconcilier avec la notion d'Etat de droit sur laquelle l'Union a été fondée, et ce n'est pas sans débat qu'elle a été adoptée. L'opus de Christian Joerges revient sur les débats auxquels cette adoption a donné lieu, mais va aussi plus loin pour lancer l'idée du conflit de loi comme nouveau mode de régulation. Le droit positif ne serait plus alors qu'un cadre à disposition des différentes parties impliquées pour mettre au point une solution à un problème.

(MGr)

*** EAMON MAHER, EUGENE O'BRIEN, GRACE NEVILLE (sous la dir. de): Reinventing Ireland Through a French Prism. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Studies In Franco-Irish Relations", n° 1. 2007, 347 p., 52,80 €. ISBN 978-3-631-56639-8.

Au fil des temps, les pays européens ont tissé un réseau dense d'influences réciproques. Non seulement ils se sont culturellement enrichis de ces échanges, mais leur perception par les autres a aussi contribué à façonner l'image qu'ils ont d'eux-mêmes. Dans le cas de l'Irlande, pour des raisons multiples dont la volonté de s'affranchir quelque peu du puissant voisin britannique, "ce miroir a été français pendant de nombreuses décennies, comme il a été allemand pour la génération du journal The Nation au milieu du dix-neuvième siècle et comme il deviendra nord-américain à la fin du vingtième", comme l'écrit Michael Cronin, enseignant à l'Université de Dublin. Les contributions composant cet ouvrage - qui fait suite à un colloque du Centre irlandais pour les études franco-irlandaises - soulignent certains aspects de la fertilisation croisée des idées entre les deux pays. L'angle d'approche est essentiellement basé sur l'étude des textes littéraires, même s'il s'en écarte parfois comme lorsque Louise Fuller se penche sur l'étude du catholicisme irlandais par Jean Blanchard dans les années 50 ou lorsque Eugène O'Brien compare les républicanismes irlandais et français. Si les liens culturels et littéraires couverts par cet ouvrage portent essentiellement sur les deux derniers siècles, pour Michael Cronin, "l'avancement de l'intégration européenne semblerait promettre une intensification de ces relations, en particulier au vu de l'europhilie générale de l'électorat irlandais".

(FRo)

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