Bruxelles, 14/01/2008 (Agence Europe) - « Nous avons besoin d'une Europe ouverte, ouverte en son sein et ouverte au reste du monde », a déclaré Charlie McCreevy, commissaire européen au Marché intérieur, vendredi 11 janvier à Londres, lors d'un discours au Conseil des chambres de commerce britanniques (COBCOE). S'opposant aux « voix des champions du protectionnisme (qui) résonnent de plus en plus fort », il a estimé que l'Europe ne devait pas avoir peur de la mondialisation mais la « modeler ». Les cinquante années d'expérience que l'UE a acquises en matière d'élaboration de règles compatibles avec différentes cultures et différents systèmes juridiques constituent, selon lui, un « avantage concurrentiel » à cette fin.
Dans ce contexte, le commissaire a réitéré l'attitude qu'il préconise vis-à-vis des fonds d'investissement étatiques (« sovereing wealth funds »). Ces fonds publics, souvent originaires de pays tiers (Emirats arabes unis, Singapour, Chine…) et aux capacités financières importantes, posent des questions liées aux investissements étrangers dans des secteurs économiques stratégiques pour l'UE tels que l'énergie et à la capacité des capitaux européens à investir dans les pays d'où sont issus les fonds souverains (voir EUROPE n°9559). « Nous ne devons pas permettre que le débat sur les fonds d'investissement étatiques soit utilisé comme une excuse pour poser des barrières injustifiées à l'investissement et à la libre circulation du capital », a indiqué M. McCreevy. « Nous n'avons pas besoin de nouvelles règles », a-t-il estimé, puisque « les investissements pouvant potentiellement compromettre la sécurité nationale peuvent déjà être bloqués » en vertu du traité européen. Néanmoins, le commissaire admet que « des problèmes liés à la transparence et à la gouvernance » doivent être discutés avec « certains » fonds. « Nous avons besoin que les opérations des fonds d'investissement étatiques soient transparentes, de préférence sur la base d'un code international de bonnes pratiques », a-t-il en effet indiqué. Doivent être aussi abordées « des questions plus générales concernant les taux de change qui peuvent être maintenus à des niveaux artificiellement bas, conduisant (ainsi) à des augmentations massives des ressources des fonds souverains ». Et M. McCreevy d'ajouter: « En définitive, ce que la plupart des observateurs souhaitent, c'est la séparation des considérations politiques, qui pourraient influencer les décisions des fonds sous contrôle gouvernemental, des considérations économiques ».
Les turbulences financières nées de la crise immobilière américaine ont causé des pertes financières considérables, notamment pour les banques détentrices de titres financiers gagés sur des crédits hypothécaires douteux. Le géant bancaire américain Citigroup aurait ainsi perdu entre 8 et 11 milliards de dollars. Nombreuses sont les banques qui, pour se renflouer, entreprennent d'ouvrir leur capital aux fonds d'investissement étatiques. « Nous avons vu récemment des deux côtés de l'Atlantique, par exemple Barclays, Citibank, Bear Sterns et Morgan Stanley accueillir les investissements de fonds souverains », a expliqué
M. McCreevy. Pourquoi ? Parce que ces investissements permettront à ces entreprises de « poursuivre leurs objectifs stratégiques ou de combler les pertes dues à des investissements risqués », a estimé le commissaire, qui s'attend à l'avenir à voir plus d'entreprises rechercher les investissements de tels fonds. (M.B.)