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Bulletin Quotidien Europe N° 9579
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Triple message de José Manuel Barroso en réaction à l'europessimisme

Depuis combien d'années n'avait-on pas entendu un discours d'un président de la Commission européenne aussi optimiste et encourageant que celui prononcé vendredi dernier par José Manuel Barroso en Italie ? Il est vrai que l'occasion s'y prêtait: c'était l'ouverture de l'année académique du Collège européen de Parme ; si on n'est pas stimulant devant des jeunes qui entament une année d'études spécialisées sur la construction européenne, quand le serait-on ?

Le retour de l'enthousiasme ? M. Barroso a constaté qu'à l'heure actuelle, l'appui à l'Europe unie se renforce et s'élargit. Les sondages d'opinion l'indiquent: les citoyens de l'UE sont de plus en plus conscients des avantages d'en faire partie et des perspectives qu'elle offre, et les pays candidats ne rêvent que d'adhésion. Selon le président, «les faits prouvent que nous sommes sur la bonne voie». Aucun pays européen isolé, quel qu'il soit, ne pourrait influencer les réponses aux défis mondiaux actuels ni faire valoir dans ces réponses les principes et les valeurs que l'Europe soutient ; les récentes discussions internationales relatives au changement climatique le démontrent. Les gouvernements le savent et les peuples en deviennent conscients. M. Barroso avait personnellement assisté, quelques jours auparavant, aux cérémonies d'élargissement de l'espace Schengen: non pas des cérémonies formelles avec discours et félicitations réciproques entre les chefs, mais la suppression physique des barrières de pays à pays, leur démolition dans une douzaine et plus de postes-frontières ; et il a vu l'émotion et même les larmes des gens. Ce qu'a dit le président à ce sujet a rappelé aux anciens de l'Europe les moments analogues qu'ils avaient vécus il y a un demi-siècle, lorsque les barrières avaient été physiquement éliminées entre l'Italie et la France, la France et l'Allemagne, entre ces deux pays et le Benelux. « C'est le retour de l'enthousiasme, le moment est favorable». Le nouveau Traité européen va bientôt améliorer et élargir les possibilités d'action de l'UE, et M. Barroso a exprimé sa confiance en une ratification rapide dans tous les Etats membres.

Un traité n'est qu'un instrument. Cette incitation à la confiance et à l'enthousiasme a été toutefois accompagnée par un deuxième message tout aussi important à ses yeux: les textes et les instruments ne sont pas suffisants en eux-mêmes s'ils ne sont pas soutenus par la volonté politique d'agir. Le nouveau traité est un signal, mais « un traité ne remplacera jamais la volonté politique, il est un instrument, indispensable mais insuffisant». M. Barroso a invité la nouvelle génération européenne à retrouver l'élan qui paraissait en partie perdu, et à relancer aussi l'unité politique tout en sauvegardant les identités de chacun. L'unité politique, ce n'est pas seulement une question d'idéaux mais aussi de réalisme, car elle est indispensable à l'Europe pour jouer un rôle actif dans le monde nouveau qui est en gestation, où il n'y aura plus de place pour les hégémonies, il n'y aura plus de «centre», qu'il soit en Europe ou ailleurs, mais un équilibre entre les anciennes puissances et les nouvelles qui émergent, qui sont déjà là. .

L'Europe des idéaux et l'Europe des résultats ne sont pas contradictoires. Le troisième message n'est pas nouveau pour qui suit depuis quelque temps l'évolution de la pensée du président de la Commission: c'est le rejet du dualisme, de la prétendue contradiction entre les grands objectifs et la réalité quotidienne. L'Europe des résultats n'est pas une alternative à l'Europe des idéaux, les résultats sont les idéaux qui se concrétisent. La Commission se situe au centre de cet exercice de concrétisation, dont le prochain exemple sera la politique énergétique (le plan d'action sera présenté d'ici quelques jours), qui représentera, avec la lutte contre le changement climatique, la base d'une nouvelle révolution industrielle dont l'Europe indiquera la voie et qui devra surmonter les contradictions entre la croissance économique et la fidélité aux valeurs.

Une étudiante du Collège de Parme, s'exprimant au nom de tous les élèves (originaires des pays communautaires, des pays de l'Est et des pays méditerranéens), a déclaré: «Nous nous préparons à devenir les nouveaux acteurs de l'histoire de l'Europe.» Le directeur scientifique du Collège, Alfonso Mattera, a rappelé sa suggestion de confier, aux élèves qui ont obtenu ou qui obtiendront le «diplôme avancé d'études européennes» délivré par le Collège, une tâche temporaire d'ambassadeurs de l'idée européenne dans les écoles des Etats membres, chargés d'expliquer aux nouvelles générations, de jeunes aux encore plus jeunes, la signification, les objectifs et les résultats de l'intégration de l'Europe. Ce qui effectivement ne semble pas inutile lorsque l'on constate à quel point une partie de la génération précédente (celle qui n'a pas vécu, pendant son enfance, la dernière guerre mondiale) méconnaît et parfois déforme la révolution que la naissance de la Communauté européenne représente pour l'histoire de l'Europe et du monde.

(F.R.)

 

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