Lisbonne, 07/11/2007 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'espace euroméditerranéen, réunis le 5 et le 6 novembre à Lisbonne, ont salué l'évolution du processus de Barcelone et l'activité en 2007, avec la volonté d'accentuer cet effort en 2008. Une liste détaillée de mesures figure dans la déclaration finale adoptée (pour une large part, de commun accord, sauf le chapitre ayant trait au Moyen-Orient, EUROPE n°9537), dont deux décisions: l'adhésion au processus de l'Albanie et de la Mauritanie (signataire de l'accord de Cotonou) et l'association au processus de la Croatie et de l'ancienne république yougoslave de Macédoine en tant qu'invitées.
« On a fait de notre mieux », a relevé le président du Conseil de l'UE, en référence aux discussions sur le processus de paix qui ont fait l'objet, selon Luis Amado et Javier Solana (le Haut représentant de l'UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune), de « discussions franches » au dîner, le 5 novembre au soir. « C'est le meilleur dîner auquel nous avons assisté », a affirmé M. Solana.
Sur le processus lui-même, les ministres ont noté qu'en douze ans, le dialogue est devenu la règle en dépit du conflit au Moyen-Orient. Le temps serait venu d'assurer plus de « visibilité » à ce « dialogue constructif » et de lui offrir, selon M. Amado, un « cadre stratégique ».
Les mesures à prendre couvrent un large éventail de thèmes et de secteurs prioritaires.
Dans le domaine politique, il y a la coopération au titre de la PESD, la lutte contre le terrorisme, le blanchiment d'argent, la lutte contre la criminalité et le trafic de drogue et l'établissement de « mesures de confiance ».
S'agissant des mesures d'ordre économique, l'objectif demeure le libre-échange à l'horizon 2010, en y incluant les services et à terme l'agriculture. Les ministres saluent le rôle joué par la Banque européenne d'investissement (BEI), qui gère la FEMIP (Facilité euroméditerranéenne d'investissement et de partenariat) et soulignent le besoin d'une coopération dans les secteurs de l'environnement, des transports, de l'énergie et des nouvelles technologies. Ils admettent l'apport de la « politique de voisinage » et scellent l'engagement de consacrer 3,3 milliards euros (sur la période 2007-2013), en plus de la dotation allouée à la FEMIP, et la perspective de nouveaux instruments financiers. Les ministres disent aussi vouloir appuyer les efforts de développement économique et de renforcement de l'investissement. La mise en œuvre de l'accord d'Agadir est saluée.
En ce qui concerne les mesures liées au social et aux activités culturelles, 2008 sera l'année de la culture et la capitale culturelle de l'année sera Damas. Au programme pour 2008 figurent les sujets immigration, promotion des femmes et des jeunes, médias, éducation ou encore échanges universitaires. Les ministres encouragent la Fondation Anna Lindh dans ses efforts de restructuration. Les ministres consignent également leur intérêt commun pour le développement des relations euro-africaines.
« L'initiative Sarkozy »
Dans leur déclaration, les ministres signalent qu'ils ne rejettent aucune initiative qui permettrait d'enrichir le dialogue instauré depuis douze ans. Il s'agit d'une allusion implicite au projet français d'Union méditerranéenne, qui est considéré comme un « enrichissement » possible. Le ministre français des Affaires étrangères, passé en coup de vent dans la soirée du 5 novembre, et après lui l'ambassadeur Alain Leroy chargé de la mise en place du projet d'Union méditerranéenne en ont expliqué les objectifs (voir aussi EUROPE n°9537). Rien n'est vraiment décidé, à ce stade, et le prochain Conseil des ministres de l'UE pourrait en débattre. Tout semble indiquer que Paris a modifié son approche initiale, sans toutefois susciter une réaction du principal détracteur, l'Allemagne. Les Pays-Bas auraient manifesté leur désir d'y participer, au motif qu'une partie de leur population est d'origine méditerranéenne. Les positions n'apparaissent pas encore nettement, pour ou contre un projet qui, selon un participant, ne serait plus qu'une « auberge espagnole ». L'Espagne et l'Italie se sont jointes à la France pour en affiner les contours. Un groupe de trois ambassadeurs (un de chaque pays) a été chargé de cette mission, selon le ministre italien Massimo D'Alema, dans une déclaration faite à l'agence de presse Ansa. Le ministre italien a affirmé aussi que son pays est « absolument pour » le projet, lequel semble bien accueilli par la plupart des pays européens riverains de la Méditerranée. Ces derniers seraient désormais assurés, selon le ministre portugais, que ce projet sera « parallèle au processus de Barcelone » et qu'il le rejoindra sans le concurrencer. Le chef de la diplomatie égyptienne a toutefois qualifié le projet de « vue de l'esprit ». (F.B.)