Bruxelles, 31/10/2007 (Agence Europe) - Les 35 ministres des Affaires étrangères de l'UE et du pourtour méditerranéen, engagés dans le processus de Barcelone, tiendront lundi 5 et mardi 6 novembre à Lisbonne, leur 9e session annuelle. Tous les pays directement engagés seront représentés, y compris Israël, la Palestine et la Syrie ainsi que, à titre d'observateurs, la Libye (tant qu'elle n'a pas satisfait à l'exigence européenne d'accepter formellement les acquis du processus de Barcelone), la Mauritanie, le secrétaire général de l'UMA (Union du Maghreb arabe) et la Ligue arabe. Aucun ordre du jour formel n'est disponible. Les hauts fonctionnaires vont négocier jusqu'à la dernière minute le contenu d'une déclaration finale dont on ne sait pas encore si elle va prendre la forme de « conclusions communes » ou de conclusions de la seule Présidence européenne.
Des divergences subsistent, sur les chapitres sur le Moyen-Orient comme sur quelques points annexes. Plus que les divergences sur des détails, c'est l'esprit avec lequel est abordée la réunion, et plus globalement, la poursuite du dialogue euroméditerranéen, qui fait la différence. Celle-ci ne suit pas une ligne nette, entre Européens et pays partenaires, mais elle traverse chaque camp. La question des méthodes de travail, jugées trop rigides telles que gérées par la Commission européenne, a été au centre des débats depuis plusieurs sessions et le sera encore une fois. Malte a, à chaque fois, pris l'initiative d'avancer des propositions pour instaurer une cogestion effective du processus. La critique faite à la Commission n'exempte pas les pays partenaires responsables de leurs propres lourdeurs: les « grippages » fréquents au sein de leur groupe qui ne facilitent pas la mise en place de projets ou politiques communes. Chacun paraît travailler pour soi sans souci pour l'intérêt général. La coordination est malaisée entre le Maroc, figé dans sa revendication d'un « statut avancé » ; l'Algérie, distante, forte de son patrimoine en pétrodollars ; la Tunisie, passive ; l'Egypte qualifiée d'impérieuse, réclamant pour elle tous les sièges et postes de responsabilités créés ; la Jordanie, disciplinée mais sans initiative propre au point que la Commission européenne en fait « l'élève modèle » ; la Syrie, focalisée sur le conflit avec Israël et le Liban comme la Palestine, préoccupés par leur propre sort. Cette absence de coordination pèse lourdement et risque, à Lisbonne aussi, de passer une nouvelle fois au premier plan notamment pour la nomination d'un président pour la fondation culturelle Anna Lindh. L'UE a affirmé s'en tenir au choix du groupe arabe mais ceux-ci sont divisés: face à l'historien tunisien Abdelbaki Hermassi, le Maroc présente la candidature du principal conseiller du roi, André Azoulay.
Les divergences se feront sans doute sentir lors de l'évaluation des progrès accomplis en 2007 dans la mise en oeuvre du programme arrêté à leur dernière réunion, à Tampere. Les ministres auront également à décider du programme de travail pour 2008 récemment arrêté par la Commission européenne (EUROPE
N° 9526). Enfin, dernier point attendu et pouvant susciter de vifs débats, aussi bien d'un côté que de l'autre: les suites à donner à la proposition faite par le président Sarkozy de créer une « Union méditerranéenne » et la convocation d'un « sommet » des pays riverains en juin 2008. Paris tente de désamorcer les critiques, venant surtout d'Allemagne et autres pays du nord de l'UE, et serait tenté de « mettre de l'eau dans son vin » en associant étroitement la Commission européenne à une initiative qui, demeure pour tous, sur les deux rives, floue et sans objectifs ni concrets, ni chiffrés. (F.B.)