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Bulletin Quotidien Europe N° 9530
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/turquie

Les députés encouragent Ankara à poursuivre les réformes

Strasbourg, 24/10/2007 (Agence Europe) - En adoptant, mercredi 24 octobre, une résolution sur les relations entre l'UE et la Turquie, le Parlement européen invite la Commission à préciser dans son rapport régulier les questions que la Turquie doit examiner en priorité et à mettre l'accent sur la concrétisation des objectifs à court et moyen terme fixés dans le partenariat pour l'adhésion. Les députés espèrent que le nouveau gouvernement turc, qui s'est vu donner un mandat fort et qui peut compter sur une large confiance populaire, relancera le processus de réforme pour se conformer aux engagements pris dans le partenariat pour l'adhésion.

Les récentes élections ont prouvé la volonté du peuple turc de progresser sur la voie de la stabilité et de la réforme. Ce constat positif de la part du président du Conseil, Manuel Lobo Antunes, est accompagné par la demande d'un grand débat national sur la constitution et sur les réformes, réformes indispensables pour l'application de l'accord de partenariat, qui devra être revu dans les mois à venir. Des réformes fondamentales (de nombreux parlementaires sont d'accord avec le Conseil sur ce point) sont la révision de l'article 301 du Code pénal sur la liberté d'expression, le respect de la pluralité religieuse et l'exercice d'un contrôle civil sur les militaires, pour qu'ils n'abusent pas de leur influence politique. Le Conseil insiste enfin non seulement sur le respect des critères de Copenhague mais sur la ratification du protocole additionnel à l'Accord d'Ankara.

La Turquie a connu au début de l'année une période tourmentée, constate Olli Rehn, mais elle est maintenant sur la bonne voie pour reprendre les réformes qu'on attend d'elle (libertés, code pénal, système judiciaire en général, droits des femmes, lutte contre la corruption). En évoquant les actions récentes de la Turquie contre le PKK (voir EUROPE n° 9528), M.Rehn a reconnu que la Turquie, cible d'attaques récurrentes de la part des indépendantistes kurdes du PKK, a le droit de protéger sa population, mais toujours avec mesure. La perspective d'adhésion, rappelle le Commissaire à l'élargissement, a été un puissant moteur de réforme et de modernisation du pays. Il estime que le moment est venu d'ouvrir de nouveaux chapitres de négociation (sur la consommation, la santé, les réseaux transeuropéens). La Commission publiera son rapport sur l'état d'avancement des négociations le 6 novembre prochain.

La rapportrice Ria Oomen-Ruijten (PPE-DE, néerlandaise) invite le Conseil à prendre rapidement position sur le texte de la Commission. Notre résolution, ajoute-t-elle, représente une sorte de « liste de devoirs » pour la Turquie, qui ne passe pas sous silence les lacunes, et plaide pour un nouvel élan du processus de réforme. Concernant la question arménienne, le rapporteur invite la Commission à encourager les contacts entre Turquie et Arménie. Pour le groupe socialiste, l'Autrichien Hannes Swoboda confirme sa conviction que la solution au conflit avec le PKK doit être politique et l'Allemand Alexander Lambsdorff (ALDE) invite les Turcs à comprendre que c'est dans leur propre intérêt qu'il faut mener des réformes. Quant aux mesures (justifiées) contre le terrorisme, elles doivent toujours être équilibrées et limitées dans l'espace et dans le temps. La réaction « musclée » de la Turquie contre les récentes attaques du PKK, estime quant à lui l'Italien Sebastiano Musumeci (UEN), rendent plus difficile la situation géopolitique du pays (dont il déplore qu'il « s'obstine à ne pas reconnaître le génocide arménien »). L'Europe, ajoute M. Musumeci, doit décider « si elle veut être une grande identité politique ou une forte identité culturelle » (en ouvrant la porte à la Turquie dans le premier cas ou en la rejetant dans le second: NDLR). Selon le Néerlandais Joost Lagendijk (Verts/ALE), l'Europe doit aussi envoyer un message au PKK, pour lui faire comprendre que ses actions terroristes nuisent à la cause des Kurdes. Pour la GUE/NGL, le Chypriote Kyriacos Triantaphyllides a reconnu certains progrès sur la voie de la réforme mais rappelé qu'il est impératif de trouver une solution au problème de Chypre (ce thème a été repris tout au long du débat par des élus grecs, chypriotes et autres). Le Belge Philip Claeys (Identité et Tradition) a l'impression que, dans tout débat sur la Turquie, on considère que l'adhésion est chose faite: or, il est convaincu que la grande majorité des européens ne la veulent pas et préféreraient la solution du partenariat privilégié. Pour l'Italien Marco Cappato (ALDE), l'Europe est en train de lancer un message contraire (véhiculé entre autres par Nicolas Sarkozy), affirmant clairement qu'elle ne peut pas entrer dans l'Union (M. Cappato insiste cependant sur le fait qu'elle ne pourra le faire qu'au prix de réformes significatives et si elle prouve qu'elle est un Etat de droit). L'Allemand Werner Langen (PPE-DE) juge que l'adhésion à part entière n'est pas la seule voie possible: la Turquie elle-même doit s'interroger sur sa volonté réelle d'emprunter cette voie. M. Langen est un des nombreux intervenants qui craignent une dérive de la lutte contre le terrorisme et qui invitent la Turquie à reconnaître la réalité historique du génocide arménien. Oui, la Turquie doit ouvrir un débat sérieux sur son passé, selon le socialiste néerlandais Jan Marinus Wiersma, qui voit par ailleurs dans la nouvelle constitution la possibilité de trouver une solution politique à la situation des Kurdes. En répondant aux parlementaires sur la question arménienne, Olli Rehn a estimé que la révision de l'article 301 pourrait permettre l'ouverture d'un vrai débat sur cette question, en ouvrant la voie à un véritable processus de réconciliation entre la Turquie et l'Arménie. (L.G./A.B.)

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