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Bulletin Quotidien Europe N° 9526
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/chine

Peter Mandelson accuse Beijing d'être « délibérément obstructive » dans le règlement de différends commerciaux

Bruxelles, 18/10/2007 (Agence Europe) - A quelques semaines du Sommet UE/Chine à Beijing le 28 novembre prochain, Peter Mandelson a tapé du poing sur la table en dénonçant, dans une lettre adressée au président de la Commission européenne José Manuel Barroso, une relation « profondément inégale » entre l'UE et la Chine. « Le meilleur ami de la Chine dans l'UE », selon les propos de l'ambassadeur de l'UE à Beijing, Serge Abou, perdrait-il patience face à des autorités chinoises qui traînent des pieds pour régler les points de friction commerciale entre les Vingt-sept et Beijing ? « La Chine présume que cela va de soi qu'elle peut faire des affaires en Europe », souligne le commissaire européen au Commerce dans sa lettre en partie dévoilée par la BBC, déplorant que Beijing est « délibérément obstructive » dans les dialogues mis en place pour régler les problèmes bilatéraux en matière de propriété intellectuelle et de déficit commercial. « Les barrières tarifaires et les interventions chinoises constituent une restriction aux exportations européennes vers la Chine », ajoute M. Mandelson, avant de conclure: « La politique de coopération n'aboutit plus à aucun résultat ». Selon lui, le déficit commercial entre l'UE et la Chine s'accroîtrait, au détriment de la première, de près de 20 millions de dollars US (moins de 15 millions d'euros) par heure.

Dans un entretien à la BBC, mercredi 17 octobre, M. Mandelson cache difficilement son amertume. « Compte tenu de son extraordinaire croissance économique, de sa capacité d'exportation, de son surplus commercial qui s'accroît avec l'UE et les Etats-Unis, comme de son influence politique et diplomatique et de l'effet qu'elle peut avoir sur la sécurité globale, nous voyons que la Chine transforme complètement le paysage global », souligne-t-il, avant d'ajouter: « Maintenant, d'un point de vue économique et commercial, je crois que nous devons consolider une relation forte qui fonctionne dans les deux sens entre l'UE et la Chine ». « Mais, puisque nous sommes ouverts à la Chine, il est navrant de constater que nous exportons davantage en Suisse qu'en Chine ! », poursuit M. Mandelson, avant de déplorer que, si elle est entrée en 2001 à l'OMC en concédant des efforts difficiles en termes d'ouverture de marché, « la Chine a, dans trop de cas, remplacé ses tarifs douaniers par des barrières non tarifaires et des restrictions à l'investissement ». « A n'en pas douter, la pression de l'opinion publique et des politiques pour restaurer une situation de concurrence s'accroît. Si nous voulons poursuivre une politique d'ouverture à l'égard de la Chine, nous devons persuader l'opinion publique que nos relations commerciales sont équitables », conclut-il.

Interrogé par les médias jeudi, son porte-parole, Peter Power, a apporté quelques clarifications. Cette lettre vise à « nous assurer que nous maintenons le soutien politique en Europe pour une politique d'ouverture avec la Chine », a déclaré M. Power, avant de poursuivre: « Les Chinois doivent reconnaître les réalités politiques et jouer leur rôle en offrant une ouverture réciproque pour le commerce et l'investissement européens ». « Nous avons besoin d'un véritable dialogue qui produise des résultats sur les moyens de réduire le déficit commercial avant le sommet de Beijing. Si la Chine n'y met pas du sien, alors nous devrons inévitablement faire face aux appels en faveur d'une approche différente. Le maintien d'un commerce ouvert dans les deux directions est la meilleure solution pour les deux parties. Ceci reste notre objectif, mais nous pouvons seulement le réaliser si la Chine s'engage à prendre des mesures pratiques », a-t-il conclu.

En dépit de sa position de premier partenaire commercial de Beijing, avec des échanges qui ont atteint 254 milliards d'euros en 2006, les relations commerciales entre l'UE et la Chine se dégradent progressivement. En marge du 17ème Congrès du Parti communiste chinois à Beijing mercredi, l'ambassadeur de l'UE en Chine, Serge Abou, a confirmé devant des médias internationaux la grande déception du commissaire au Commerce. « Peter Mandelson est vraiment déçu. C'est un signe politiquement très significatif car il est le meilleur ami de la Chine dans l'UE. Il a toujours opté pour la coopération avec Beijing, mais cela n'a abouti à aucun résultat », a-t-il expliqué. L'explosion du déficit commercial, qui a atteint 128 milliards d'euros en 2006, devrait croître de 20 à 25% en 2007. « Nous avons appelé à corriger le tir, mais nous n'avons reçu aucune réponse », a assuré M. Abou, qui explique en partie ce déficit par la forte compétitivité de la Chine dans certains secteurs, mais surtout par une « politique inéquitable ». Les exportations chinoises sont favorisées par l'intervention de l'État qui fournit à ses entreprises d'importantes subventions (cachées ou non) et qui accorde des remises de taxes à l'exportation. Sans oublier le dumping pratiqué par les entreprises elles-mêmes. Les exportations européennes rencontrent d'importants obstacles, ce qui représente un manque à gagner de 20 milliards d'euros en 2006. Enfin, la dépréciation quotidienne du yuan par rapport à l'euro ne fait qu'aggraver la situation. « La Chine n'a fait aucun effort avec l'euro. Nous sommes son premier partenaire commercial, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond », a conclu M. Abou, réclamant un vrai débat avec les autorités chinoises sur cette question. (E.H.)

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