Bruxelles, 20/03/2007 (Agence Europe) - Lors du Conseil Agriculture de lundi 19 mars, à Bruxelles, plusieurs Etats membres ont répété que la Commission européenne devait respecter scrupuleusement l'offre révisée d'octobre 2005 faite par l'UE dans le cadre des négociations du cycle de Doha de l'OMC sur la libéralisation des échanges et réitéré leur souhait que les Etats-Unis fassent enfin des concessions sur la réduction de leurs soutiens internes. La Commissaire à l'agriculture, Mariann Fischer Boel, a répété que les membres de l'OMC disposent d'une « fenêtre de tir pour boucler un accord au cours des prochains mois », à savoir d'ici fin juin ou fin juillet.
Lors du débat au Conseil, la Commissaire Mariann Fischer Boel a rappelé aux ministres qu'au cours des trois derniers mois, le processus de négociation du cycle de Doha a consisté en des contacts bilatéraux entre les principaux partenaires. Malgré certaines discussions techniques fructueuses, aucune avancée n'a été réalisée et il faudra des efforts supplémentaires avant d'entrer dans la dernière ligne droite des négociations, a averti Mme Fischer Boel. Depuis la mini-ministérielle de Davos, qui s'est tenue à la fin du mois de janvier, l'UE a discuté avec certains partenaires (Etats-Unis, Brésil, Inde, Japon) pour explorer de nouvelles possibilités de se rapprocher d'un accord sur le cycle de Doha, a signalé la Commissaire. Les dernières réunions ont eu lieu à Londres et à Genève, les 4 et 5 mars derniers (EUROPE n° 9380).
Son voyage aux Etats-Unis, en février dernier, a permis à la Commissaire de constater que le manque d'ambition apparent de la position américaine s'expliquerait par les luttes internes entre l'administration et le Congrès américain. Après sa visite récente en Inde, Mme Fischer Boel a déclaré avoir l'impression que l'Inde pourrait s'engager davantage dans le processus si les Etats-Unis venaient à « bouger » sur les soutiens internes. La Commission reste persuadée que ce sont les Etats-Unis qui détiennent la clé de la réussite des négociations. Mme Fischer Boel a expliqué qu'il fallait que Washington accepte un compromis sur la réduction de tous les soutiens internes perturbant les échanges et aussi sur la mise en place de règles strictes pour les aides contenues dans la nouvelle « boîte bleue » (aides liées à une limitation de la production).
Le président en exercice du Conseil Agriculture, Horst Seehofer, a demandé que l'ensemble de la Commission continue de défendre à l'OMC les intérêts des fermiers européens.
Dominique Bussereau, le ministre français de l'Agriculture, s'est une nouvelle fois distingué en critiquant vigoureusement les méthodes de négociation de la Commission, et en particulier celles de Peter Mandelson. « Les éléments d'information donnés par Mme Fischer Boel « ne répondent pas à nos demandes d'information », a déclaré M. Bussereau lors d'une conférence de presse. « Nous craignons que les choses ne bougent pas dans le sens de nos intérêts », a-t-il ajouté. « L'UE semble vouloir courir après une espèce de leadership alors que personne ne lui a rien demandé », a-t-il ironisé. Le ministre français s'est emporté contre les déclarations de M. Mandelson selon lesquelles la dépense agricole n'est plus légitime: « c'est pour le moins inquiétant de la part du négociateur », a affirmé M. Bussereau. Il a appelé la Commission à ne pas aller au-delà » de l'offre révisée d'octobre 2005 dont il a rappelé qu'elle était déjà « généreuse et conditionnelle ». Il a posé trois questions précises à Mme Fischer Boel, qui sont restées sans réponse, sur les prétendues velléités de M. Mandelson d'offrir de nouvelles concessions agricoles aux partenaires de l'OMC: faire passer entre 50 et 55% l'offre de l'UE sur la réduction des droits de douane agricoles (contre 39% selon la position de l'UE en octobre 2005) ; - une réduction du nombre de produits sensibles de 8 à 4 ou 3% des lignes tarifaires ; - revoir les modalités de traitement des produits sensibles. Mme Fischer Boel a seulement conseillé à M. Bussereau de ne pas croire ce qui était écrit dans les journaux, sans toutefois infirmer catégoriquement ces rumeurs. En outre, M. Bussereau a averti que la France, malgré l'approche de l'élection présidentielle, « redoublerait de vigilance » sur le dossier de l'OMC. « Il ne faut pas que certains s'imaginent qu'on pourrait passer en douce en mai-juin en profitant de regards français tournés vers d'autres théâtres », a-t-il dit. Il a assuré aussi que les candidats démocrates à l'élection présidentielle française soutiennent Jacques Chirac dans sa défense de la Politique agricole commune (PAC).
Le ministre italien de l'Agriculture, Paolo de Castro, a demandé à la Commission de « coller » à son mandat et a rappelé qu'il revenait maintenant aux Etats-Unis de « faire un pas ». Il s'est fermement opposé à une réduction supplémentaire des droits de douane sur les fruits et légumes et d'autres produits méditerranéens et a exigé des « résultats tangibles » sur les indications géographiques protégées (IGP). La ministre irlandaise Mary Coughlan a dit qu'elle soutenait tout système permettant de préserver la PAC et souligné l'importance d'aboutir à un résultat équilibré sur l'ensemble du paquet (entre les différents volets de la libéralisation et entre les trois volets agricoles). Elle a aussi demandé à la Commission de respecter l'offre révisée de 2005 et de ne pas donner à penser que l'UE va encore bouger davantage.
La Hongrie a souligné que l'UE ne devait pas faire de nouvelles concessions et a préconisé un accord satisfaisant sur les IGP. La Pologne aussi a dit que la Commission ne devait pas aller au-delà de son mandat de négociation. Le nouveau ministre néerlandais, Mme Gerritje Verburg, a noté que le « parallélisme » dans les concessions des membres de l'OMC n'était pas encore visible et a déclaré que les sujets autres que commerciaux (« non-trade concerns »), en particulier le bien-être animal, étaient aussi importants pour les Pays-Bas que les IGP le sont pour d'autres pays. Il a expliqué, en substance, que la Commission ne devait pas perdre de vue que les négociations ne doivent pas se dérouler en sens unique. « L'UE doit donner, mais aussi prendre » aux autres, selon Mme Verburg. La Grèce a déclaré que la Commission devait s'en tenir à l'offre européenne de 2005 et a insisté sur l'importance d'un traitement favorable pour les produits sensibles. (lc)