Bruxelles, 08/03/2007 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne (BCE) a sans surprise décidé de relever jeudi les taux d'intérêt de la zone euro de 25 points de base, portant le taux de soumission minimal appliqué aux opérations de refinancement à 3,75 %, le taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal à 4,75 % et celui de la facilité de dépôt à 2,75 %. Ces opérations prendront effet au 14 mars 2007. C'est la septième fois que la BCE procède à un relèvement depuis décembre 2005 et la rhétorique du Président de la BCE, Jean-Claude Trichet, est bien huilée, même si une évolution pourrait se dessiner.
A l'issue de la réunion du Conseil des Gouverneurs, à laquelle assistait le ministre des Finances allemand, Peer Steinbrück, et le Commissaire aux affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, M. Trichet a fait état de « risques haussiers pour la stabilité des prix à moyen terme ». Dans un contexte économique favorable, avec une croissance vigoureuse du crédit et des liquidités abondantes au sein de la zone euro, la politique monétaire reste « accommodante », a-t-il souligné, indiquant que la BCE suivra la situation de « très près ». Mais, alors que les taux de la zone euro étaient encore qualifiés de 'bas' après la réunion de février, ils sont désormais « modérés », selon M. Trichet, qui a toutefois refusé de préciser s'ils avaient atteint un pic. Le changement de terminologie pourrait suggérer que les conditions d'une fin du resserrement monétaire entamé en décembre 2005 sont en vue, mais pas encore pleinement réunies à ce stade. « Si je préparais le marché à une intervention plus restrictive, je l'aurais dit », a quoi qu'il en soit expliqué M. Trichet, qui observe toujours qu'« il restera nécessaire d'agir fermement et opportunément afin d'assurer la stabilité des prix ».
Les résultats de la croissance au quatrième trimestre 2006 (de 0,9% dans la zone euro) dépassent les attentes, reflétant une activité économique « toujours robuste » dans la zone euro. Cela laisse augurer de perspectives favorables à moyen terme, aussi bien du point de vue des exportations, de la demande interne ou des investissements, de sorte que les services de la BCE ont revu leurs projections à la hausse par rapport aux chiffres de décembre. La croissance pourrait ainsi s'établir entre 2,1% et 2,9% de croissance en 2007 et entre 1,9% et 2,9% en 2008. Largement équilibrés à court terme, les risques sont toujours principalement à la baisse à plus long terme, du fait des prix pétroliers, de mesures protectionnistes et des déséquilibres mondiaux.
Les taux d'inflation devraient baisser au printemps et en été avant d'augmenter à nouveau vers la fin de l'année pour ensuite s'établir autour de 2% à nouveau, a jugé M. Trichet, en présentant les projections de ses services, qui tablent sur un niveau de prix entre 1,5% et 2,1% en 2007 et entre 1,4% et 2,6% en 2008. Le plafond pour l'année en cours est sensiblement plus bas qu'auparavant alors que la fourchette pour l'année prochaine a légèrement augmenté. A moyen terme, les risques pour l'évolution des prix restent orientés à la hausse, a constaté M. Trichet, insistant pour que les accords sur les salaires tiennent compte à la fois du niveau de compétitivité des prix, du taux toujours élevé de chômage dans plusieurs économies et de l'évolution de la productivité. Et le Conseil des gouverneurs de suivre « très attentivement » les négociations sur les salaires à venir. Au plan monétaire aussi les risques sont à la hausse, avec une croissance annuelle de la masse monétaire M3 toujours à son plus haut niveau depuis l'introduction de l'euro en 1999 (à 9,8%) et une forte activité du crédit.
Si, pour la BCE, il importe d'éviter des effets de second tour, d'autres estiment que le scénario actuel ne justifie pas son empressement sur les taux. Dans un communiqué publié après la décision de la BCE, Eurochambres juge qu'il n'y a pas de danger inflationniste imminent du côté des salaires et son Président, Pierre Simon, appelle la BCE à accorder « autant d'attention à la croissance et à l'emploi ». (ab)