Bruxelles, 08/03/2007 (Agence Europe) - Le Conseil européen s'est ouvert jeudi en fin d'après-midi avec la traditionnelle rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement avec le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, qui devait aussi assister dans la soirée au dîner consacré à la préparation de la Déclaration de Berlin du 25 mars prochain. Dans son discours devant les Vingt-sept, son premier depuis son élection à la tête du PE en janvier, M. Pöttering a exhorté les dirigeants européens à « assumer leur responsabilité » et à prendre les décisions qui s'imposent aujourd'hui pour lutter contre le changement climatique et adapter l'Europe à la mondialisation. Il a ensuite passé en revue les grands thèmes de ce Sommet européen:
Changement climatique et énergie. « Des objectifs contraignants sont nécessaires: ils nous rendraient crédibles et enverraient également un signal fort à nos partenaires dans le monde entier », a dit le président qui a réitéré la demande du PE: réduction unilatérale contraignante des gaz à effet de serre de 30% d'ici 2020 ; couverture de 25% du mix énergétique de l'UE par les énergies renouvelables d'ici 2020 ; augmentation des crédits pour la recherche dans le domaine de l'énergie dans le cadre de la révision à mi-parcours du 7ème programme-cadre ; création d'un véritable marché intérieur de l'énergie, fondé sur la solidarité ; engagement ferme de l'UE dans la négociation d'un accord sur un régime post-Kyoto. M. Pöttering veut aussi organiser une rencontre entre le PE et les 27 parlements nationaux sur le thème du changement climatique.
Stratégie de Lisbonne. « Les objectifs de la stratégie de Lisbonne sont justes. Mais nous sommes encore loin de les avoir atteints (…) Les résultats se font attendre, notamment parce que les réformes décidées par le Conseil n'ont pas été suffisamment mises en œuvre. Nous devons donc impérativement accélérer le processus de réforme », a insisté M. Pöttering. En outre, les quatre libertés sur lesquelles se fonde notre marché intérieur ne sont pas encore entièrement effectives, a-t-il poursuivi, « de nombreux obstacles subsistent encore à la libre circulation des marchandises et des services. Les réseaux de transport, d'énergie, de services financiers et de télécommunications accusent encore de nombreuses insuffisances ». Et M. Pöttering d'annoncer que le PE insistera pour que le rapport à venir de la Commission sur le réexamen du marché unique se traduise par de « rapides progrès sur la voie d'un marché commun plus intégré ».
Mieux légiférer (« better regulation »). C'est un élément « incontournable » de la réussite de la stratégie de Lisbonne, « il faut simplifier la législation ». M. Pöttering a aussi appuyé l'idée d'Angela Merkel d'introduire le principe de la « discontinuité »: au début de son mandat, chaque nouvelle Commission européenne devrait passer systématiquement en revue les propositions législatives de la Commission précédente et décider, avec les autres institutions, celles qui méritent d'être relancées. « Le PE peut jouer un rôle constructif dans ce processus ». Autre problème: le manque de transposition et de mise en œuvre du droit européen dans les Etats membres. « Les États membres ont clairement tendance à en faire trop peu dans ce domaine. Le déficit de transposition est flagrant. Le PE va s'intéresser de plus près à la question et je souhaite que vous vous y intéressiez aussi », a martelé M. Pöttering.
Réunis en marge du Conseil européen, les dirigeants socialistes et sociaux-démocrates ont apporté un soutien au paquet de la Commission sur l'énergie et le changement climatique, en particulier sur les objectifs de 20% chacun proposés pour les réductions d'émissions de carbone dans l'Union et la part des renouvelables dans le bouquet énergétique des Vingt-sept. « Nous avons tous convenu que quelqu'un doit mener la course pour répondre aux défis climatiques du monde et que c'est une des obligations de l'Union », a assuré le président du Parti socialiste européen (PSE), Poul Nyrup Rasmussen. « Si nous limitions notre responsabilité politique à 10%, qui d'autre prendrait le drapeau ? », a pour sa part souligné le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer avant de poursuivre: « Nous sommes prêts en Europe à réduire au minimum de 20% et de monter jusqu'à 30% s'il y a un accord global. C'est notre priorité de jouer un rôle d'avant-garde sur les questions écologiques ». « Ce qui fait la différence entre le protocole de Kyoto, qui n'a pas été une réussite totale jusqu'à présent, et ce que nous décidons maintenant, c'est que le protocole de Kyoto mentionnait essentiellement des objectifs et des lignes directrices, alors que nous mentionnons en plus des objectifs des instruments et mécanismes qui devraient conduire à l'accomplissement de ces objectifs », a-t-il ajouté. « Notre décision va mettre une pression politique très forte sur les autres pays », a renchéri le Premier ministre bulgare Sergueï Stanishev. M. Rasmussen a par ailleurs assuré du soutien des dirigeants socialistes et sociaux-démocrates à un objectif contraignant pour les renouvelables. « Qu'ils soient contraignants ou non, il est mieux d'avoir des objectifs qui peuvent vraiment être atteints par tous les Etats membres. Il est plus facile de les réaliser au plan communautaire qu'au plan national », a ajouté M. Stanishev. Interrogé sur la question nucléaire, le chancelier autrichien a rappelé qu'elle devait être « une décision nationale ». Avant de conclure toutefois: « le Conseil européen ne devrait pas donner le signal que la future énergie verte est l'énergie nucléaire ».
A l'issue du pré-Sommet des dirigeants du Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs (EDLR), le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a fait part devant la presse d'un « point de vue commun » entre les leaders libéraux sur la nécessité d'adopter un triple objectif de 20% à l'horizon 2020, à savoir un objectif de réduction unilatérale par l'Union de 20% de ses émissions de carbone, un objectif contraignant de 20% pour la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique de l'Union et un objectif de 20% d'économies d'énergie. Concernant le changement climatique, le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen a assuré que les dirigeants libéraux allaient « travailler dur pour garder tel quel le projet de texte élaboré par la Présidence allemande » et qui confirme l'engagement unilatéral de l'Union à réduire de 20% ses émissions de CO2 et sa disposition à aller à 30% dans le cadre d'un accord global post-Kyoto. « Nous ne devrions pas rouvrir le compromis obtenu lors du Conseil Environnement du 20 février mais nous y tenir », a-t-il ajouté. Interrogé sur la position des dirigeants libéraux à l'égard des renouvelables, M. Verhofstadt a assuré qu'ils étaient « tous en faveur d'un objectif contraignant et très clair ». Quant à la question de la séparation des activités de production et de réseau (unbundling) des opérateurs énergétiques, le chef du gouvernement danois a rappelé qu'elle était « un élément crucial dans le processus de libéralisation des marchés de l'énergie ». « Nous pouvons soutenir le projet de texte établi par la Présidence sur ce point », a poursuivi M. Rasmussen. « J'aimerais voir les autres Etats membres prendre exemple sur les nouveaux Etats membres où la séparation patrimoniale (ownership unbundling) a déjà été effectuée », a ironiquement ajouté pour sa part le Premier ministre roumain Calin Popescu. (hb / eh)