Bruxelles, 31/01/2007 (Agence Europe) - L'UE poursuit sa marche vers la revitalisation du rail. Réunis aujourd'hui lors de la conférence EurailFreight, le Commissaire chargé des Transports, Jacques Barrot, et le ministre fédéral allemand des Transports et de l'Urbanisme, Wolfgang Tiefensee, ont une fois encore souligné l'importance d'un marché du fret interopérable, qui serait capable de concurrencer le fret routier et dont le développement serait compatible avec l'Agenda de Lisbonne.
Contrairement aux craintes de certains, la libéralisation du marché ferroviaire des marchandises a permis de récupérer les parts de marché, perdues dès les années 1970 en faveur du transport routier, a souligné M. Barrot lors de son discours d'ouverture. Pour rappel, en 2004, la Commission a adopté le 1er paquet ferroviaire qui devait permettre la mise en place d'un cadre institutionnel et procédural permettant l'accès aux marchés sans discrimination. Les mesures requises réglaient, entre autres, l'allocation de la capacité de l'infrastructure et la définition des charges d'accès, les délais et le coût des certifications du matériel roulant ainsi que les compétences des autorités nationales de régulation. Tout ceci, pour parvenir à atteindre l'objectif tracé par le Livre blanc sur les Transports, à savoir transférer une partie du fret routier vers le rail et créer un marché européen de transport des marchandises. Un projet séduisant, vu l'avantage que représente le transport ferroviaire d'un point de vue écologique, économique et capacitaire. La capacité d'un train est en effet de 50 à 60 fois plus grande que celle d'un poids lourd.
Bien que l'ouverture totale du marché ferroviaire du fret ait été mise en oeuvre le 1er janvier, et ait bloqué le déclin de ce secteur, la véritable consolidation est loin d'être achevée. L'harmonisation de la signalisation s'avère difficile car la mise en place du système européen de contrôle de commande (ERTMS) n'est toujours pas achevée, la reconnaissance mutuelle des certifications de locomotives vient d'être adoptée et l'application du premier paquet ferroviaire présente toujours des lacunes çà et là. Dans ce contexte, M. Barrot a promis lors de son discours, l'évaluation de la mise en oeuvre des directives du 1er paquet, en menaçant de recourir aux « instruments que le Traité réserve à la Commission, y compris le lancement de procédures d'infraction » là où l'analyse dévoilera des défaillances. Le résultat de cet examen pourrait aboutir à une éventuelle refonte des directives du « 1er paquet » au cours de l'année 2008.
Outre cette mesure, le Commissaire a annoncé qu'il allait présenter cet été un plan d'action à moyen terme (2010-2015) pour un réseau assurant la priorité au fret ferroviaire, où les grands corridors devraient être en grande partie dotés des systèmes ERTMS. Il s'agirait en l'occurrence de coordonner la gestion des « corridors », d'arriver à une allocation simultanée des sillons par corridor (et non par pays), d'améliorer les infrastructures et l'accessibilité aux gares, et enfin de lutter contre la congestion et en faveur de la facilitation du passage des frontières.
Une fois encore, le Commissaire a évoqué que la responsabilité dans ce secteur reste partagée et que, de ce fait, un engagement de la part de tous les acteurs tant nationaux que sectoriels, serait plus que nécessaire. Il a mis l'accent sur la nécessité de coopération internationale des gestionnaires d'infrastructures, pour assurer le suivi au niveau européen et transférer une large partie du transport du fret vers le rail. Au nom de la Présidence allemande, le ministre Tiefensee, après avoir constaté la réussite de l'ouverture du marché de fret, s'est focalisé davantage sur son lien avec la stratégie de Lisbonne (les conclusions sur sa mise en place doivent être présentées lors du Conseil, le 8 mars). Pour hisser la compétitivité du rail aux exigences du processus de Lisbonne, il faut assurer, selon le ministre, le leadership technique, la protection de l'environnement, la création de nouveaux emplois, et la réduction de la bureaucratie. Pour que le rail soit sur de bons rails, il faut une croissance de 45% en volume d'ici 2020, tout en améliorant sa logistique, a préconisé le ministre en soulignant que pour s'inscrire dans le cadre du processus de Lisbonne, il faudra des stratégies à plus long terme, pour que l'Europe ne respire plus « à souffle court ».
La conférence était organisée le 30 janvier à Bruxelles par la Communauté européenne du Rail (CER) en coopération avec la Présidence allemande et d'autres associations sectorielles, comme UIC et UNIFE.