Strasbourg, 17/01/2007 (Agence Europe) - Pour la nouvelle présidente du Conseil européen, la chancelière allemande Angela Merkel, la déclaration sur le programme de la Présidence allemande mercredi matin au Parlement européen à Strasbourg, était une première ; pour les députés, très nombreux dans l'hémicycle, ce fut en partie une surprise: visiblement étonnés, au moins au départ, par la teneur du discours de la nouvelle Présidente (truffé de citations et de mots tels que « tolérance » et « âme »), les parlementaires n'ont pas ménagé, dans le débat, les critiques sur les intentions de la nouvelle Présidence, mais ont été apparemment touchés par les propos de Mme Merkel.
Angela Merkel plaide pour une Europe de la tolérance et de la diversité, deux traits essentiels
qui devraient aussi aider à trouver une solution à la question institutionnelle
J'ai passé toute ma vie en Europe, « mais, dans l'Union européenne, je suis encore une adolescente » car j'ai grandi dans l'ancienne RDA, et j'ai connu l'UE de l'intérieur seulement à partir de 1990, a dit Angela Merkel aux députés, dans un discours mettant surtout l'accent sur des caractéristiques propres à l'Europe et, selon elle, essentielles: la « tolérance » et la « diversité », deux concepts liés entre eux qu'elle a repris avec insistance. De l'extérieur, la « maison européenne » est un « succès historique sans précédent », mais de l'intérieur l'UE « est aussi une merveilleuse maison », et de l'intérieur je la trouve « encore plus belle », et « je ne voudrais jamais sortir de cette maison », a lancé la chancelière allemande. Tout en ajoutant: parfois je me demande si, occupés comme nous sommes à « élargir et à rénover le bâtiment afin que presque un demi milliard d'Européens y trouvent leur chez soi », nous ne finissons pas par oublier ce qu'il a de « grand, d'unique ». Or, il faut une âme à l'Europe, comme le disait Jacques Delors, a estimé la présidente du Conseil européen, en poursuivant par une autre citation, cette fois-ci de l'écrivain Karel Capek, « un grand Européen de Prague », à propos de l'essentielle « diversité » de l'Europe. L'Europe « vit de sa diversité », et c'est la liberté qui « permet notre diversité », a fait valoir la chancelière, en mettant en garde: la vraie liberté, c'est aussi « la liberté des autres » (et là, elle a cité Voltaire). L'âme de l'Europe, donc, c'est la tolérance, et « l'Europe est le continent de la tolérance », a-t-elle affirmé, tout en reprenant l'avertissement de Thomas Mann (la tolérance devient crime si elle s'applique au « mal »). Comme chrétienne qui reconnaît explicitement les « fondements chrétiens de l'Europe », a déclaré Mme Merkel, je trouve que le « plus beau passage » de la parabole de Lessing sur Nathan le Sage est celui où le Sultan dit au Juif Nathan: « Sois mon ami ».
Le Traité constitutionnel européen est le premier traité européen qui évoque explicitement la tolérance, a tenu à rappeler Mme Merkel, qui a plaidé: nous avons besoin de « nouvelles règles raisonnables » pour la nouvelle Europe, nous avons besoin d'une « claire description des compétences de l'UE et des Etats nationaux », de procédures « définies plus clairement qu'aujourd'hui », nous devons adapter les règles des traités existants aux nouvelles conditions. Voilà pourquoi je vais mener des consultations afin de parvenir à une feuille de route pour ce processus, car c'est dans l'intérêt de l'UE, des Etats membres et des citoyens de « mener à bonne fin ce processus d'ici les élections européennes » de 2009, a expliqué Mme Merkel, qui exhorte: dans cet effort pour régler la question institutionnelle, « laissons nous guider - comme lors de précédentes décisions historiques de l'Europe - par notre relation avec notre diversité, donc par un esprit de tolérance ! ».
Concrètement, la présidente du Conseil européen a esquissé deux catégories de priorités de la Présidence allemande (à ce sujet, voir en particulier EUROPE n° 9340), à savoir: (1) les défis extérieurs: Mme Merkel a évoqué le Kosovo et la stabilité dans les Balkans occidentaux (qui ne sera pas assurée » « sans une perspective européenne » ), le Proche-Orient (la prémisse d'une relance du processus de paix est une « attitude unitaire » de l'Europe, ce qui vaut aussi pour le problème du programme nucléaire iranien), l'Afghanistan, la politique de voisinage (la Présidence entend la développer en particulier dans la région de la Mer Noire et en Asie centrale), le Doha Round, l'approfondissement du partenariat économique avec les Etats-Unis (« un marché transatlantique commun » est dans l'intérêt de l'Europe), le partenariat avec la Russie (« nous ferons tout » afin que les négociations sur l'Accord de partenariat et de coopération commencent sous présidence allemande), la lutte contre le changement climatique (« là aussi, nous avons besoin des Etats-Unis »), l'Afrique (il faut s'y « investir sur le plan politique et économique », et préparer le Sommet qui aura lieu sous présidence portugaise). Pour notre politique étrangère européenne, nous avons besoin du ministre européen des Affaires étrangères, conclut là Mme Merkel. (2) les défis intérieurs: - la reprise économique qui se confirme ne doit pas être un but en
elle-même, et l'emploi doit être la priorité: « l'Europe sociale, c'est cela, tout le reste est secondaire » ; - les entraves bureaucratiques doivent être levées, aussi dans l'intérêt de la croissance et de l'emploi: par exemple, la pratique démocratique de la plupart des Etats membres est de déclarer caduques les propositions législatives non adoptées à la fin de chaque législature, « pourquoi ne pas le faire aussi en Europe ? ». La chancelière allemande souhaite une telle « césure démocratique », lors de l'arrivée d'une nouvelle Commission et d'un nouveau Parlement, et demande aux députés européens d'appuyer la présidence « avec des propositions sur cette idée ».
Se félicitant d'être à la tête d'une première « présidence-trio » (avec le Portugal et la Slovénie), Angela Merkel a répété: tous ces défis exigent que nous agissions ensemble, que nous ayons des règles nous permettant d'agir ensemble, que nous soyons ouverts au changement et au renouvellement. Ce qui l'a amené à citer l'Américain Richard Florida qui, examinant les conditions d'un développement réussi des différentes régions du monde, insistait sur « la technologie, les talents et la tolérance ! ». Une bonne nouvelle pour l'Europe, estime-t-elle, car l'Europe « vit de la curiosité », et la condition d'un « épanouissement de la curiosité est la tolérance ».
Les « cinq propositions concrètes » du Président Barroso pour la Déclaration de Berlin
2007 est une « année cruciale », « notre 50ème anniversaire est le moment de célébrer les réussites du passé et de bâtir, à partir de ces réussites, dans l'intérêt d'une nouvelle génération d'Européens »¸ et c'est « une heureuse coïncidence » que cet anniversaire tombe sous présidence allemande, car nous devons être reconnaissants à l'Allemagne pour tout ce qu'elle fait pour l'Europe, a affirmé José Manuel Barroso. Le président de la Commission européenne, qui, accueilli par des « oh » et des « ah » d'appréciation des députés européens, avait commencé son discours par quelques phrases en allemand, a estimé que le Présidence allemande « offre une opportunité de prouver pourquoi l'Union européenne compte tellement à l'ère de la mondialisation ». Nous sommes d'accord avec vos priorités, Madame Merkel, a-t-il dit à la chancelière, en se félicitant que ces priorités soient maintenant celles d'un « trio » de présidences, ce qui renforcera la « cohérence » de leur travail. Evoquant pour l'essentiel, dans sa brève intervention, le Conseil européen de mars prochain, M. Barroso a demandé: «Sur quoi devons-nous nous mettre d'accord » lors de ce Sommet ? D'abord, a-t-il répondu, sur l'objectif stratégique à l'égard du changement climatique (voir EUROPE N. 9341): l'Europe doit continuer à jouer un rôle de leader, et « nous irons plus loin » (que la réduction des émissions d'au moins 20% d'ici 2020) « si d'autres se joignent à nous, car il s'agit, après tout, de réchauffement mondial, et pas de réchauffement européen », a fait valoir M. Barroso. Deuxièmement, sur l'objectif d'une énergie « durable, sûre et compétitive », a-t-il ajouté (voir EUROPE cité). Il sera essentiel d'entendre la voix du Parlement européen pendant la préparation du Sommet de mars, et l'UE « ne saurait trouver de meilleure manière de célébrer son anniversaire qu'en démontrant ses ambitions pour l'avenir », a poursuivi le Président Barroso. Pour lui, la Déclaration de Berlin devra impliquer pleinement le Parlement et la Commission, parce que « nous ne sommes plus seulement une communauté économique, nous sommes une communauté politique ». Cette déclaration devra « regarder de l'avant et lancer un message politique sur l'Europe que nous voulons dans les prochains cinquante ans », et elle sera en outre une occasion pour les douze nouveaux Etats membres de contribuer, « comme membres à part entière, à la vision de notre avenir commun ». Selon M. Barroso, à Berlin, les leaders européens devraient, en s'appuyant sur « les pères fondateurs » tourner le regard vers les défis que l'on ne pouvait pas imaginer en 1957, « équiper les Européens pour la mondialisation, dans une Europe d'économies ouvertes, de sociétés ouvertes, une Europe qui doit s'engager à l'égard des citoyens, qui ne doit pas les ignorer ». Ainsi, M. Barroso a «cinq propositions concrètes » pour la Déclaration de Berlin: (1) solidarité: une Europe « élargie et ouverte exige plus de cohésion, sociale aussi bien qu'économique » ; (2) durabilité: la lutte contre le changement climatique doit être déterminante pour l'avenir de l'Europe (un défi que l'on ne pouvait pas imaginer en 1957, a remarqué M. Barroso) ; (3) responsabilité: transparence et accès à l'information devraient être non seulement des droits des citoyens , mais aussi une obligation pour les institutions (alors qu'aux débuts de l'intégration européenne, on pouvait agir par la voie « diplomatique ») ; (4) sécurité: l'Europe doit garantir la sécurité des citoyens tout en préservant les libertés fondamentales ; (5) promouvoir les valeurs (ainsi que les intérêts) de l'Europe dans le monde, car durabilité, responsabilité, solidarité et sécurité ne peuvent pas s'arrêter à ses frontières. Quant à « la question institutionnelle », M. Barroso a martelé: pour la fin de la Présidence allemande, nous avons besoin d'une « feuille de route » vers un règlement institutionnel, mais nous n'avons pas seulement besoin d'une feuille de route, il nous faut un accord, pour « disperser les nuages qui font planer le doute » en Europe, pour rendre l'Europe plus transparente, plus efficace et plus démocratique, car « Nice ne suffit pas », car « nous ne pouvons pas bâtir l'Europe de demain avec les outils d'hier », alors que « l'Europe n'a jamais été plus nécessaire qu'aujourd'hui ».
Réactions des groupes politiques et débat
L'approche résolument européenne d'Angela Merkel a été chaleureusement saluée par le nouveau président du groupe PPE/DE, Joseph Daul, convaincu que « les combats perdus sont ceux qu'on ne mène pas », et qu'il faut donc mener de l'avant le combat pour doter l'Union d'un système décisionnel plus efficace. « Si la réforme était déjà urgente dans l'Europe à l5 », s'interroge M. Daul, « pourquoi le serait-elle moins dans une Europe à 27 ? ». Quant aux intentions de la Présidence allemande, M. Daul se félicite du rappel du principe de la subsidiarité, qui est, pour son groupe, « un principe majeur de gouvernance ». M. Daul attend de la Déclaration de Berlin un rappel des valeurs communes mais aussi une définition des priorités à venir. Cinquante ans après la signature du traité de Rome, conclut-il, « les raisons de nous unir ont évolué, mais elles restent toujours aussi pertinentes ». Votre discours « nous donne du courage… l'esprit qui respire dans vos paroles est ce dont l'Europe a besoin … oui, nous devons nous battre ensemble pour l'âme de l'Europe », a affirmé le président du groupe socialiste, Martin Schulz. Tout en regrettant que Angela Merkel n'ait pas davantage insisté sur la sécurité dans le domaine social, M.Schulz se félicite de l'intention d'examiner les répercussions sociales que la législation de l'Union peut avoir dans chaque pays de l'Union: on éviterait ainsi certaines dérives, comme celle de la directive Bolkestein. Bien aussi pour la recherche de la sécurité énergétique: en rappelant que le gouvernement allemand a renoncé au nucléaire, M. Schulz aimerait bien voir Angela Merkel « faire de la publicité » auprès des autres gouvernements en faveur de l'abandon de cette politique. L'intégration européenne est la base de notre avenir commun, concorde le président du groupe ALDE, Graham Watson, qui regrette cependant de lire, dans le programme de la présidence, le mot « social » deux fois plus souvent que le mot « compétitivité » . D'accord avec la présidente du Conseil sur la nécessité d'encourager le développement technologique et le talent, il l'invite à ne pas réduire le budget de l'éducation. De même, si la coopération policière est souhaitable, M. Watson s'inquiète d'une approche qu'il trouve trop répressive, et plaide pour la protection des données (en répliquant brièvement à la fin du débat, Angela Merkel a reconnu que l'équilibre entre information et protection n'est pas facile à réaliser, mais qu'il doit rester un objectif fondamental). Et il se demande pourquoi, puisqu'il considère que le marché unique ne sera pas complet sans un droit pénal commun, le Conseil n'est pas prêt à accepter le vote à la majorité qualifiée dans ce domaine. De son côté, Cristiana Muscardini, pour le groupe UEN, a plaidé pour une Charte des Devoirs, devoirs des citoyens vis-à-vis des institutions mais surtout des institutions vis-à-vis des citoyens. C'est dans leur intérêt qu'il faudra adopter une Constitution plus compréhensible, en refusant la méthode intergouvernementale et sans exclure le Parlement. En alternant les louanges et la polémique, souvent interrompu par des élus d'autres bords, auxquels il a vertement répliqué, le co-président du groupe Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a salué le « romantisme juvénile, l'amour juvénile pour l'Europe » de Angela Merkel, mais en faisant état, de son côté, d'une « juvénile impatience » qui le pousse à lui poser certaines questions. On veut du progrès en ce qui concerne la Constitution, mais comment ? Pas avec la « méthode des sherpas », ni à huis clos, mais dans un débat ouvert et démocratique. On veut une solution au Moyen-Orient, mais de quelle manière ? M. Cohn-Bendit fait une proposition concrète, l'organisation d'une conférence régionale sur l'eau, ce bien dont Israéliens comme Palestiniens doivent pouvoir disposer. Son verdict sur la déclaration de Mme Merkel est le suivant: « nous sommes d'accord, mais nous devons discuter sur le « comment » réaliser ce que propose la Présidence allemande ». (Dans son intervention, M. Cohn-Bendit a salué en passant la « nouvelle ère qui s'ouvre en Europe » une ère où davantage de femmes sont au pouvoir, en souhaitant voir un jour Ségolène Royal à côté d'Angela Merkel). Beau discours, constate à son tour Francis Wurtz, pour la GUE/NGL, en accompagnant ce jugement positif d'une mise en garde. En ce qui concerne la tant attendue Déclaration de Berlin, qui ne doit pas être « évasive sur les sujets qui fâchent », mais aussi sur la réunion, prévue le 26 janvier à Madrid, des l8 pays qui ont ratifié la Constitution. Cette méthode n'est pas constructive, estime M. Wurtz, qui constate que le malaise existant en Europe n'est pas seulement le fait que des pays ont dit non à la Constitution, mais que « sa principale racine, c'est le social… c'est là qu'il faut changer la substance ».
L'ouverture d'un nouveau débat sur la Constitution ne plaît évidemment pas à tout le monde, notamment pas à Nigel Farage, du UK Independence Party, qui voit là une procédure « malhonnête », et même une « insulte » pour les pays du « non ». Angela Merkel lui a répondu très ouvertement à la fin du débat: vous n'avez pas compris, lui a-t-elle dit en substance, que, au moins en partie, la Constitution essaie de faire exactement ce que voulez: établir davantage de clarté sur ce que l'Union devrait ou ne devrait pas faire, et impliquer davantage les parlements nationaux. « Ne faites pas une faute historique », a-t-elle conclu, en nous empêchant de faire des progrès dans la direction que vous souhaitez. Le président du groupe Indépendance et démocratie, Jens-Peter Bonde, a réitéré sa demande que des référendums sur la Constitution se tiennent le même jour dans tous les pays où une consultation populaire est prévue. Je ne suis pas vraiment pour, a répondu Angela Merkel, car chaque Etat a le droit de décider comment obtenir la légitimation du traité. Pour le nouveau groupe « Identité, Tradition, Souveraineté » (ITS), Andreas Mölzer a plaidé pour des mesures contre l'immigration illégale.
Pour de nombreux parlementaires, le débat sur la Constitution doit être au cœur du programme de la Présidence allemande. Jean-Claude Martinez (ITS) estime que l'Union ne doit pas choisir « le chemin d'Orphée: ne vous retournez pas Mme Merkel. Soyez Churchill plutôt que Bismarck », l'a-t-il exhortée, en l'invitant même à contempler la possibilité d'une « co-nationalité franco-allemande ». C'est dans des termes plus modérés que le conservateur britannique Timothy Kirkhope, le chef de la délégation des Démocrates européens au sein du PE, a évoqué la « résurrection pas très bienvenue » de la Constitution, qui renforcerait, à son avis, l'aliénation des citoyens vis-à-vis de l'Union.
Mais la majorité des parlementaires est d'un autre avis. « Ce ne sont pas les partisans du non qui doivent décider de l'avenir », s'est exclamé notamment le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels, et Inigo Mendez de Vigo (PPE espagnol) a averti: « Parler de consultation du PE, c'est un peu maigre, il faut parler de participation ». Et le social-démocrate allemand Jo Leinen s'est prononcé contre un « mini-traité » se limitant aux règles institutionnelles, mais a plaidé pour des textes plus courts et plus lisibles. Quant au calendrier, on devrait peut-être déjà aboutir avec la Présidence portugaise (au second semestre 2007), a-t-il estimé. Les citoyens doivent être vraiment impliqués dans ce processus, confirme Hartmut Nassauer (PPE allemand), qui, en reprenant l'image de la « maison européenne », a rappelé que les citoyens veulent décider eux-mêmes de son aménagement intérieur. Son concitoyen social-démocrate Bernhard Rapkay rappelle qu'une bonne maison a besoin d'architectes mais aussi d'artisans; et c'est ainsi que je vois mon rôle, a-t-il affirmé. Dans le même groupe, le Français Bernard Poignant propose: ne touchons pas au préambule, gardons le « socle » en ce qui concerne les institutions, faisons de la Charte une règle de droit. Les Britanniques auront besoins de davantage de temps, mais ils y viendront, selon M. Poignant. Qui conclut avec une phrase de Jean Monnet: « Rien n'est possible sans les hommes, rien n'est durable sans les institutions ». Le débat constitutionnel est souhaité également par les députés des nouveaux Etats membres, notamment par le Roumain (non inscrit) Marian Marinescu et par le Polonais (groupe socialiste) Dariusz Rosati.
Angela Merkel a répondu aux parlementaires en les rassurant notamment sur le rôle que le Parlement doit avoir dans ce processus, mais en rappelant aussi que les membres des gouvernements ont été aussi démocratiquement élus et agissent selon leur conscience. Concrètement, comment faudrait-il procéder ? Il y aura d'abord une phase de consultations confidentielles pour que les gouvernements puissent dire de façon spécifique ce qui leur déplaît dans le texte actuel (même les pays qui ont dit « oui » à la Constitution n'étaient pas forcément enthousiastes, souligne Mme Merkel). A ceux qui sont pour des élargissements ultérieurs (et je ne me compte pas forcément parmi eux, a précisé la chancelière allemande) et contre une nouvelle Constitution, je dis clairement que « sans Constitution, il n'y aura pas d'élargissement. Et nous sommes en train d'arriver à ce point avec la Croatie ». A ceux qui critiquent la prochaine réunion (26 janvier) des l8 pays ayant déjà ratifié le Traité constitutionnel (voir autre nouvelle ci-après), Mme Merkel réplique: « nous ferons de notre mieux pour n'exclure aucun point de vue du débat ».
Moyen-Orient, Energie, changement climatique, Europe sociale: Angela Merkel a brièvement repris la parole sur chacun de ces points, en affirmant notamment que l'Europe n'est pas « pensable » sans le modèle social qui la caractérise et qu'il faut le préserver, mais, a-t-elle imploré les parlementaire, en évitant d'opposer les uns aux autres, en cherchant la conciliation plutôt que la confrontation. Le socialiste danois Poul Rasmussen lui avait promis tout le soutien de son groupe et de son pays sur la voie d'une meilleure politique sociale: « aucun homme n'est vraiment libre s'il n'a pas de travail », a déclaré le président du Parti des Socialistes Européens. Quant à la réduction de la bureaucratie européenne (alors que Bernhard Rapkay avait notamment remarqué que les bureaucraties nationales sont souvent beaucoup plus envahissantes que la bureaucratie européenne), Mme Merkel estime qu'on n'est pas forcément « contre l'Europe » si on prône certaines réformes. (mg/lg)