Bruxelles, 17/01/2007 (Agence Europe) - Les négociations pour un nouvel accord-cadre de partenariat et de coopération (APC) sino-européen sont officiellement lancées. La Commissaire aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner et le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing ont tenu mercredi à Beijing un premier tour de table de pourparlers visant à moderniser le cadre régissant les relations politiques et commerciales entre l'Union et la Chine. Le nouvel accord-cadre, qui régira à l'avenir l'ensemble des relations bilatérales en rassemblant pas moins de 22 coopérations sectorielles, remplacera le vieil accord de coopération et de commerce en place depuis 1985. Outre des volets consacrés aux relations politiques et de commerce/investissement, l'APC fournira un cadre pour des coopérations dans l'énergie, l'environnement, l'agriculture, les transports, les douanes, l'éducation, la société de l'information, les sciences et technologies et la coopération spatiale. Il couvrira en outre les migrations et les défis internationaux, le terrorisme et les armes de destruction massive, sans oublier le développement durable et le changement climatique.
Convaincre Beijing de se joindre au combat contre les émissions de carbone
Le renforcement du partenariat sino-européen en matière de lutte contre le changement climatique est justement « un objectif prioritaire » dans le contexte de la visite en Chine de la Commissaire aux Relations extérieures. La coopération énergétique et environnementale avec la Chine revêt une importance particulière pour l'Union: « les questions de sécurité énergétique et de changement climatique ne sauraient être réglées sans le soutien de la Chine », souligne la Commission dans sa stratégie rendue publique en octobre dernier (EUROPE n° 9293). Au cours de son voyage et de la première session de négociations pour l'APC, Mme Ferrero-Waldner veut persuader ses interlocuteurs de se joindre à l'initiative européenne visant à améliorer l'efficacité énergétique, réduire l'utilisation de pétrole et de gaz, développer des technologies de charbon propre et, au final, réduire les émissions chinoises de gaz à effet de serre. Soucieuses de préserver le dynamisme et la durabilité de l'économie chinoise fortement consommatrice d'hydrocarbures, les autorités de Beijing se montrent pour le moment peu disposées à adopter des objectifs obligatoires limitant les émissions, en utilisant deux arguments de poids: le degré de développement du pays, dont une grande partie de la population reste, à ce stade, en deçà du seuil de pauvreté, et un développement technologique encore balbutiant qui ne permet pas encore aux entreprises et à l'industrie de subir une contrainte carbone. En ratifiant le protocole de Kyoto sous le statut de pays en développement, la Chine ne s'est engagée à aucune réduction quantifiée de ses émissions, craignant que tout effort n'entrave sa croissance économique. Convaincre Beijing de se joindre aux efforts des pays développés dans le cadre d'un accord global contraignant est donc un défi de taille pour l'Union qui pourrait, si le Conseil européen l'accepte en mars prochain, s'engager unilatéralement à un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'ordre d'au moins 20% d'ici 2020.
Partenaires stratégiques
Au total, l'espoir que suscite l'APC est grand. Inutile de rappeler les enjeux sur le plan commercial: l'Union est le plus grand partenaire commercial de la Chine elle-même deuxième exportateur sur le marché communautaire. En négociant un nouvel accord-cadre régissant leurs relations bilatérales, Européens et Chinois voient beaucoup plus loin. « L'Union et la Chine sont deux des plus importants pouvoirs émergents dans le monde, la Chine change devant nos yeux et l'Union continue aussi à grandir. Par conséquent, nous avons besoin de changer les bases de notre coopération », a déclaré Mme Ferrero-Waldner avant un premier tour de table mercredi. « Il y a vingt ans, nous étions des partenaires commerciaux. Maintenant nous sommes des partenaires stratégiques avec un vaste spectre de coopération », a-t-elle insisté. La Commissaire aux Relations extérieures a indiqué que les discussions engagées mercredi pourraient nécessiter jusqu'à deux ans pour aboutir. Mais aucune date-limite n'est fixée. « Nous avons des positions communes sur de nombreux sujets et nous avons de très bonnes perspectives sur un plus grand développement de notre relation qui apportera des bénéfices tangibles aux deux parties et à leurs peuples », a pour sa part estimé M. Li, appelant par ailleurs à une levée de l'embargo européen sur les armes imposé à Beijing depuis 1989. De son côté, Mme Ferrero-Waldner a promis d'inclure dans les discussions l'épineuse question des droits de l'homme en Chine.
Apportant une nouvelle pierre sur l'édifice, Européens et Chinois ont approuvé mercredi la création d'une université de droit commune destinée à approuver la compréhension de leurs systèmes judiciaires respectifs. Ils ont, en outre, annoncé la mise en place de projets visant à renforcer leurs liens, dont un programme de formation des managers chinois. La contribution de l'Union à l'ensemble de ces projets devrait atteindre 37,2 millions d'euros. (eh)