Bruxelles, 08/01/2007 (Agence Europe) - Le ministre français de l'Agriculture, Dominique Bussereau, a vivement réagi, jeudi 4 janvier, aux propos tenus par Mariann Fischer Boel sur l'avenir de l'activité des exploitants européens. M. Bussereau se montre particulièrement remonté contre l'affirmation de la Commissaire selon laquelle la réduction prévisible des subventions agricoles dans le futur budget de l'UE, après l'exercice 2007-2013, conduirait certains agriculteurs à rechercher des revenus complémentaires (EUROPE n° 9336).
Dans une lettre à Mme Fischer Boel, le ministre français souligne « combien les agriculteurs français et européens ont été choqués » par ces propos. « Leur offrir comme unique perspective de se chercher un emploi complémentaire pour survivre me semble indigne du modèle social auquel les citoyens européens sont profondément et légitimement attachés », écrit M. Bussereau. Il proteste également contre le fait d'annoncer que le budget agricole sera forcément en diminution au-delà de 2013. « Je ne peux que réagir face à votre annonce anticipée d'une réduction drastique des subventions agricoles à partir de 2013 », rétorque Dominique Bussereau: « Je rappelle que l'accord sur les perspectives financières de l'Union a fixé une fois pour toutes le cadre financier pour la période 2007-2013 et qu'en aucune manière le bilan de santé de 2008-2009 ne saurait revenir sur ce compromis politique ». « Les dépenses du premier pilier de la PAC inscrites au paquet financier 2007-2013 représenteront 32% du budget européen en 2013 contre 71% en 1984 », indique le ministre. « En réalité, si l'on considère l'ensemble des dépenses publiques en regroupant budget communautaire et budget national, le poids des dépenses agricoles est inférieur à 0,5% du PIB européen », souligne-t-il. « Consacrer 0,5% du PIB européen pour assurer notre sécurité alimentaire, en quantité et en qualité, et demain une part de notre approvisionnement énergétique, me semble parfaitement fondé et raisonnable en termes stratégiques et la France est prête à continuer à payer ce prix, y compris après 2013 », fait valoir M. Bussereau. La Commission s'est même étonnée de la réaction française. Mme Fischer Boel « dit la même chose depuis son discours d'Oulu en septembre dernier » lors de la réunion informelle en Finlande des ministres européens de l'Agriculture, a expliqué son porte-parole, Michael Mann (EUROPE n° 9273).
Il ne serait « pas responsable » de ne pas préparer l'après 2013, selon Mme Fischer Boel
Mme Fischer Boel a répondu par écrit à M. Bussereau, vendredi 5 janvier, en jugeant qu'il serait irresponsable de ne pas préparer l'agriculture européenne aux futures échéances budgétaires. Elle rappelle d'abord que la réforme de 2003 de la PAC comporte une série de clauses de rendez-vous. L'ensemble de ces clauses, qui constitue le bilan de santé, « doit avant tout permettre de s'assurer que la PAC, telle que définie en 2003, fonctionne comme elle doit ». Le cas échéant, ce bilan pourrait être l'occasion d'une simplification, « mais en aucun cas, d'une réforme en profondeur », assure la Commission.
La revue budgétaire est prévue aussi en 2008-2009 et « certains Etats membres ont déjà publiquement affiché leur volonté de réduire fortement les dépenses de la PAC, et notamment du premier pilier (aides directes et dépenses de marché) », signale Mme Fischer Boel. « Pour ma part, je n'ai jamais dénoncé, contrairement à ce que vous indiquez dans votre lettre, le poids excessif de la PAC dans le budget européen », se défend la Commissaire, qui assure ne pas vouloir remettre en cause les perspectives financières 2007-2013. En revanche, s'agissant de l'après 2013, « il convient d'être réaliste », écrit la Commissaire, pour qui « ce n'est pas insulter l'avenir de l'agriculture que de dire dès aujourd'hui que le montant financier dédié au premier pilier ne pourra très probablement pas rester au niveau actuel ». En tout état de cause, les discussions qui auront lieu en 2008-2009 (bilan de santé de la PAC et révision à mi-parcours de l'ensemble du budget de l'UE) « poseront les bases de ce qui attend l'agriculture européenne après 2013 du point de vue budgétaire. Il ne serait pas responsable de ne pas préparer cette échéance », prévient la Commissaire. La Commission européenne estime que l'effort budgétaire devra être transféré en partie vers le développement rural, le « second pilier » de la PAC, jugé trop faible par rapport aux dépenses « de marché ». « La diversification des activités économiques dans les zones rurales, qui comprend également le développement des activités non agricoles au sein et en dehors des exploitations » sera amenée à « jouer un rôle tout à fait essentiel », estime la Commissaire. Mme Fischer Boel assure aussi à M. Bussereau que son objectif est « d'amener les agriculteurs et le monde rural vers une PAC durable et prospère qui réponde aux attentes et aux besoins de notre société ». (lc)