*** STEPHEN BOUCHER: La révolution de l'hydrogène. Vers une énergie propre et performante ? Editions du Félin (Kiron Espace, 10 rue La Vacquerie, F-75011 Paris. Tél. (33-1) 44831130 - fax: 44831150 - Courriel: infolefelin@kiron-espace.com - Internet: http://www.editionsdufelin.com ). Collection "Echéances". 2006, 158 p., 10,90 €. ISBN 2-86645-616-5.
Pic de la Mirandole n'est plus de ce monde depuis belle lurette. Et quel est "l'honnête homme" qui, de nos jours, peut encore espérer tout comprendre et maîtriser - ou, du moins, l'essentiel - du monde sans cesse plus complexe qui nous entoure ? Personne. Le savoir est désormais affaire de compartimentages et de spécialisations. Au-delà de vagues notions plus ou moins fondées sur quelques grandes questions qui font de temps à autre l'actualité, nous en sommes réduits à naviguer intellectuellement à vue entre les "vérités" assignées par des oracles dont nous ne sommes pas en mesure de juger ni, a fortiori, de jauger la pertinence. Pour beaucoup d'entre nous, c'est le cas, par exemple, pour ce qui est des défis environnementaux et de la manière de les relever. Que l'effet de serre soit une menace grandissante pour la planète et ceux qui l'habitent, la plupart des Européens en sont aujourd'hui plus ou moins confusément conscients. Qu'il faille réduire drastiquement les émissions de CO2 sous peine d'aller à la catastrophe fait l'objet d'un assentiment identique: toujours plus ou moins confusément, tous les Européens seront d'accord pour admettre avec Thierry Alleau que, "faute de réagir avec vigueur et célérité, l'histoire retiendra que notre Terre aura subi au XXIe siècle un bouleversement dramatique et irrémédiable de la main de l'homme". Mais encore ? Que faire pour éviter le drame - celui de nos enfants plus encore que le nôtre ? Là, en principe, le citoyen redevient muet…
Thierry Alleau a accompli sa carrière au Commissariat à l'énergie atomique où il était en charge des activités sur l'hydrogène et les piles à combustible. Il préside aujourd'hui l'Association française de l'hydrogène. C'est donc un expert, un vrai spécialiste, mais aussi un homme engagé. A ses yeux, point de doute: l'hydrogène pourrait être la solution énergétique universelle du futur. Vraiment ? Ah bon… Le premier mérite de cet ouvrage lumineux est d'expliquer avec des mots simples et compréhensibles ce qu'est l'hydrogène, ce vecteur d'énergie compatible avec les trois grandes sources primaires d'énergie - fossiles, renouvelables et nucléaires. Spécialiste des questions énergétiques, son auteur - qui codirige aussi l'association Notre Europe chère à Jacques Delors - apporte des réponses tout en nuances à la question de savoir si une "révolution de l'hydrogène" est en gestation, ceux qui le soutiennent promettant carrément une "révolution sociale et économique". Ce qui est clair, affirme-t-il, c'est que pas un choix stratégique relatif aux enjeux énergétiques contemporains ne peut désormais faire l'économie d'une réflexion préalable sur l'avenir de l'hydrogène-énergie. Pour autant, rien n'est acquis: l'auteur montre bien que l'hydrogène aura bien des conditions à remplir pour être adopté. Ainsi, explique-t-il au fil des pages avec un grand sens de la pédagogie (celle-ci étant bien servie, en outre, par une mise en page claire et dynamique), la route sera longue pour que soient relevés les défis technologiques de la production, du stockage, de la distribution et de l'utilisation de ce gaz. Sans compter qu'il reviendra à l'industrie de conquérir le marché et à la nouvelle énergie de séduire les consommateurs. Toutes choses, souligne Stephen Boucher, qui nécessiteront une mobilisation des aides publiques afin de bâtir, à terme, une "économie de l'hydrogène". Sans prétendre porter un jugement définitif sur l'avenir de l'hydrogène-énergie ni sur ses retombées environnementales possibles, l'auteur constate, au terme de cet ouvrage qui se veut un appel à la réflexion de tous ceux qui sont intéressés par l'avenir de notre société, que la révolution de l'hydrogène promue par Romano Prodi lorsqu'il était président de la Commission est vouée à rester lettre morte sans volonté politique déterminée. Mais d'affirmer: "Si les incitations correctes sont mises en place, les meilleures solutions technologiques émergeront, et l'hydrogène en fera partie".
Pierre Bouvier
*** IGNACIO PÉREZ DOMÍNGUEZ: Greenhouse Gases: Inventories, Abatement Costs and Markets for Emission Permits in European Agriculture. A Modelling Approach. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "European University Studies - Europäische Hoschschulsschriften - Publications Universitaires Européennes", n° 3184. 2006, 213 p.. ISBN 3-631-55082-0.
L'impact des gaz à effet de serre sur le réchauffement climatique est abondamment commenté ces derniers temps. Il en va de même au sujet des systèmes de permis d'émission de CO2. Cela dit, ce dernier gaz occupe généralement le devant de la scène et s'il est vrai qu'il est celui qui est le plus rejeté par le secteur de l'énergie, de l'industrie et des transports, il n'est cependant pas le seul. Il faut donc prendre en compte les autres émissions de gaz à effet de serre et leurs sources pour arriver à un tableau plus correct. L'intérêt de ce volume est justement qu'il s'intéresse aux émissions - non négligeables - de gaz à effet de serre du secteur agricole, en particulier le méthane et le dioxyde d'azote. En effet, une politique cohérente de réduction des gaz à effet de serre n'est possible que si l'on dispose d'une estimation des gaz produits et absorbés par chaque pays. Logiquement, l'auteur commence donc par établir un modèle économique permettant de calculer les émissions nettes du secteur agricole par douze sources principales, ce modèle étant ainsi destiné à compléter et à rendre plus cohérentes les estimations nationales. Ignacio Pérez Domínguez étudie ensuite les possibilités d'instaurer des permis d'émission pour le secteur agricole et leur impact économique, tout particulièrement le coût marginal des réductions et sa distribution parmi les différents acteurs économiques du secteur. Il en résulte un ouvrage de modélisation théorique qui sera utile aux chercheurs et à ceux qui ont à mettre en œuvre des politiques de réduction de gaz à effet de serre.
(FRo)
*** ERICH PÜRGY: Natura 2000. Auswirkung und Umsetzung im innerstaatlichen Recht. Springer-Verlag (Vienne. Internet: http://www.springer.at ). Collection "Forschungen aus Staat und Recht", n° 142. 2005,
398 p.. ISBN 3-211-28251-3.
Cet ouvrage examine la mise en œuvre du réseau Natura 2000 à la lumière du cas de l'Autriche, plus précisément de la région de Salzburg. En s'appuyant sur sa thèse doctorale, l'auteur commence par présenter de manière fouillée les deux directives sur lesquelles ce réseau s'appuie, à savoir la Directive Faune-Flore-Habitats (92/43/CEE) et la Directive Oiseaux (79/409/CEE). Il considère ensuite leur application à travers Natura 2000, ce réseau étant censé sauvegarder les réserves de biodiversité les plus importantes à travers toute l'Europe. Le Dr. Pürgy rend bien compte de l'envergure de la tâche que s'assignent l'Union et ses Etats membres en la matière, lui qui identifie et analyse d'un point de vue juridique les premiers conflits survenus, notamment les incompatibilités avec des réglementations traditionnelles (dans le cas de l'Autriche, celles gouvernant la chasse ou les forêts plus généralement) et le manque occasionnel de clarté juridique. Toutefois, le ton est plutôt positif, l'auteur mettant en lumière les efforts fournis jusqu'à présent par les acteurs tant européens que nationaux pour atteindre les objectifs ambitieux de Natura 2000. Sur le terrain, ceux-ci se heurtent bien sûr à certains droits acquis et autres intérêts personnels, ainsi qu'à la pénurie de ressources judiciaires et financières, mais c'est justement en expliquant ces conflits qu'Erich Pürgy avance des idées susceptibles de contribuer à leur résolution.
(CDi)
*** MARIA PAOLA FERRETTI: Participation, Democratic Deficit and Good Regulation. A Case Study of Participatory Strategies in the European Regulation of GMO Products. Zentrum für Europäische Rechtspolitik (Universität Bremen, Universitätsallee, GW 1, D-28359 Bremen). Collection "ZERP-Diskussionspapier", n° 6. 2006, 23 p., 8 €.
Le débat sur le rôle des citoyens dans la réglementation des risques - c'est-à-dire de la législation visant à garder certains risques pour le public à un niveau socialement acceptable et à le répartir équitablement - existe depuis des années. Il a toutefois acquis un nouvel élan au niveau européen à cause de crises comme celles de la "vache folle" et de la dioxine ou, plus récemment, lors de la levée de boucliers contre les OGM. Comme l'explique Maria Paola Ferretti, l'inclusion des citoyens dans la production des normes législatives traitant des risques trouve sa justification dans deux raisonnements distincts. Il s'agit, d'une part, d'augmenter la participation des citoyens dans le processus législatif afin d'en accroître la légitimité et de réduire ainsi le déficit démocratique que d'aucuns voient dans le fonctionnement de l'Union. D'autre part, pour certains, l'inclusion des citoyens permettrait de produire des lois de meilleure qualité. Maria Paola Ferretti évalue ces deux affirmations à la lumière de la réalité de terrain, comme par exemple dans le fonctionnement de l'Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) lorsqu'elle traite d'OGM. Elle en conclut, entre autres, que si le rôle des citoyens dans le processus législatif en matière de risque correspond à une certaine idée du fonctionnement démocratique, son application concrète et effective n'est pas chose aisée et que "dans certains cas, la participation peut accroître l'inefficacité institutionnelle, génère de la frustration et de la méfiance, et même de la colère au sein du public, ou gaspille simplement des ressources publiques".
(FRo)
*** LUDOVIC DUHEM, ERIC VERDURE: Faillite du capitalisme et réenchantement du monde. L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http: //http://www.editions-harmattan.fr ). Collection "Questions contemporaines". 2006, 290 p., 25 €. ISBN 2-296-01026-1.
Ludovic Duhem est philosophe, Eric Verdure publicitaire. Le premier a davantage tenu la plume que le second, ce qui nuit souvent à la clarté du propos pour qui ne manie pas les concepts et la prose philosophiques. Toujours est-il que ces inventeurs d'un "dispositif pratique d'invention et d'intervention économique" baptisé "lamachinemiraculante" dénoncent, dans cet ouvrage, un "tout économique" qui pousserait le capitalisme à sa perte, celui-ci étant, en l'absence de critique, privé de sens depuis qu'il s'est coupé "du devenir pour se stabiliser en un pouvoir inconditionnel, intempérant, létal". Un "autre" regard…
(MT)
*** CHRISTIAN DUFOUR, ADELHEID HEGE, SOFIA MURHEM, WOLFGANG RUDOLPH, WOLFRAM WASSERMANN: Les relations sociales dans les petites entreprises. Une comparaison France, Suède, Allemagne. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Travail & société", n° 52. 2006, 243 p.. ISBN 90-5201-323-3.
C'est un terrain glissant que l'étude des relations sociales dans les petites entreprises. Et la moindre des difficultés n'est pas de s'entendre clairement sur ce qu'est une entreprise de ce type. Ainsi que le constatent Christian Dufour et Adelheid Hege, "toute la troupe bariolée des formes économiques qui composent la catégorie des petites entreprises ne se laissent pas aussi aisément assimiler les unes aux autres". Et de préciser par une interrogation: "comment l'étude d'avocat vient-elle voisiner naturellement avec la cour du ferrailleur ?" Si les relations sociales au sein des grandes sociétés ont fait l'objet de nombreuses études approfondies, il n'en va pas de même - et à plus forte raison en matière de comparaisons internationales - pour celles des petites, malgré la place importante qu'elles occupent dans le tissu social et économique. La France, la Suède et l'Allemagne n'ont pas été choisies au hasard pour cerner, en dehors des contingences nationales, quelles sont les relations et la production de normes sociales. Ces trois pays présentent des traditions de concertation sociale différente, plus de 90% des salariés suédois étant syndiqués alors que la France se situe à environ 5%. Ce livre étudie donc chacune des situations nationales, ce tant au niveau général (structure du secteur, rôle des syndicats, cadre institutionnel et légal…) - le tout étant illustré par des graphiques et données chiffrées - qu'à travers les perceptions des employeurs et employés, relayées notamment par des citations d'expériences personnelles. Une dernière partie fait la synthèse des spécificités nationales et en souligne les différences.
(FRo)
*** GUSTAV DIECKHEUER, BOGUS£AW FIEDOR (sous la dir. de): Employment Issues in the European Union. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727- Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Internationale Marktwirtschaft", n° 6. 2006, 138 p.. ISBN 3-631-55439-7.
Se penchant sur la question complexe de l'emploi, cet ouvrage est le dernier fruit d'une collaboration vieille de plus de vingt-cinq ans entre l'université allemande de Münster et l'université polonaise de Wroc³aw. La dizaine de contributions ont comme base d'étude, dans la plupart des cas, le cadre national allemand ou polonais. Toutefois, la plupart des travaux s'insèrent dans une perspective européenne, voire même plus globale encore, car si l'élargissement de l'Union à l'est a bien entendu eu un impact important sur la Pologne, "l'expansion de l'UE a intensifié les effets de la mondialisation en général, en particulier pour l'Allemagne", comme le souligne Aloys Prinz. Cependant, plusieurs des contributions polonaises restent cantonnées dans le cadre national. Les économistes réunis par cet ouvrage cherchent à dégager les mécanismes de l'emploi en Europe et, en particulier, les causes du chômage important que connaissent de nombreux pays européens (la Pologne est d'ailleurs la plus touchée, avec un taux de chômage de 18,9% en 2004). A cette fin, ils étudient, par exemple, l'impact des politiques macroéconomique et monétaire, de l'emploi et de l'éducation ou celui de la mondialisation. Au sujet de ce dernier point, Aloys Prinz s'intéresse à la notion de patriotisme dans les investissements à l'étranger. Et lorsqu'il écrit qu'une "firme allemande patriotique est obligée d'investir en Allemagne et d'y créer des emplois même s'il y a des alternatives plus profitables en dehors de l'Allemagne", l'usine Volkswagen de Forest vient à l'esprit. Usine dont les travailleurs n'auront pas profité du fait que "la promotion et le maintien de l'avantage compétitif des sociétés induisent des gains significatifs pour tous les employés, étant donné qu'il protège les emplois existants", comme l'avancent Bogus³aw Fiedor et Andrzej Matysiak. Ces auteurs signent, par ailleurs, la dernière contribution qui tempère la tendance à la dérégulation généralement exprimée par les précédentes en soulignant notamment le fait qu'un marché de l'emploi totalement élastique pourrait avoir des retombées très négatives pour la société dans son ensemble, notamment en matière de structure familiale et de natalité.
(FRo)