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Bulletin Quotidien Europe N° 9318
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/turquie

Inacceptables pour la Turquie, les recommandations de la Commission sont inéluctables pour plusieurs dirigeants européens

Bruxelles, 30/11/2006 (Agence Europe) - Les recommandations de la Commission sur le sort des négociations d'adhésion avec la Turquie ont été jugées inévitables par plusieurs dirigeants européens, plutôt fatalistes (EUROPE n° 9317). En Turquie, c'est un sentiment d'incompréhension et de partialité qui prévaut. Rappelant l'UE à ses propres engagements, le ministre turc de l'Economie et négociateur en chef pour l'adhésion à l'UE, Ali Babacan, plaide aussi pour l'exclusion de la question chypriote du champ des négociations. « La Commission n'avait pas d'autre choix que de faire cette recommandation », a plaidé Jacques Chirac auprès de Recep Tayyip Erdogan, lors d'une rencontre bilatérale en marge du Sommet de l'OTAN à Riga, où le Premier ministre turc avait jugé la décision « inacceptable ». Egalement présent dans la capitale lettonne, le Président du Conseil italien, Romano Prodi, pense aussi qu'« il était difficile de faire autrement ». Autre chef de gouvernement à s'entretenir avec M. Erdogan, le Premier ministre britannique Tony Blair s'est quant à lui inquiété de ce « message négatif » envoyé par l'Europe à la Turquie. « Il faut laisser la porte ouverte à la Turquie », insiste pour sa part le Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, alors que pour son homologue allemande, Angela Merkel, qui voit un « signal fort » dans la ligne défendue par la Commission, « il serait bon de prévoir une clause de rendez-vous, afin que le Conseil européen fasse le point sur la Turquie dans dix-huit mois par exemple ».

« Nous nous opposons au lien entre les négociations et Chypre », proteste Ali Babacan dans un entretien au Financial Times de jeudi. Pour le ministre turc de l'Economie, « notre proposition sur la question chypriote est de la mettre de côté des négociations d'adhésion et de la traiter en levant les sanctions des deux côtés simultanément », car « il est impossible pour la Turquie d'ouvrir ses ports à Chypre unilatéralement ». Selon lui, « le Premier ministre s'est engagé publiquement sur cela » et « toute la Turquie est derrière la ligne du gouvernement ». Rappelant qu'après le rejet du plan de paix de l'ONU par les Chypriotes grecs, l'UE avait décidé de mettre fin à l'isolement de la communauté chypriote turque, il plaide pour une réciprocité des engagements. « L'UE n'a pas exécuté sa promesse », et il est « injuste de demander à la Turquie de faire une concession unilatérale pour accepter les biens chypriotes dans l'Union douanière alors que l'UE n'est pas ouverte à Chypre nord ». Il ne faut néanmoins pas se méprendre, « la Turquie partage les valeurs fondamentales européennes de démocratie et d'Etat de droit », insiste M. Babacan, qui souligne aussi les performances macroéconomiques de son pays. Les prévisions pour 2007 montrent que le ratio de la dette par rapport au PIB devrait atteindre la limite de 60% et que « la Turquie devrait facilement atteindre tous les critères du Traité de Maastricht pour la dette, les déficits et l'inflation d'ici deux années ».

Les représentants de l'industrie et des milieux d'affaires turcs (TÜSIAD) plaident pour une meilleure compréhension entre l'UE et la Turquie, les encourageant à être « rationnels et à voir plus loin en évitant les cercles vicieux ». Dans un communiqué, ils demandent à l'UE d'être « équitable dans ses engagements envers la Turquie », ce qui nécessite de « mieux comprendre » la position d'Ankara sur la question chypriote. TÜSIAD insiste donc également pour la fin de l'isolement économique du nord de l'île et la levée simultanée des restrictions à l'Union douanière, et souhaite qu'Européens et Turcs « se focalisent sur des facteurs d'intégration qui auront un impact à plus long terme sur le futur de l'Europe ». (ab)

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