Strasbourg, 16/05/2006 (Agence Europe) - Les députés européens ont entendu le 16 mai Margot Wallström, Commissaire en charge des relations institutionnelles, présenter les deux documents que la Commission a adoptés la semaine dernière dans le cadre de la période de réflexion sur l'avenir de l'Europe (EUROPE n°9189). Les parlementaires sont partagés sur les propositions de la Commission. Certains soutiennent sa volonté de rapprocher l'Europe des citoyens en insistant sur les résultats concrets de l'intégration européenne. D'autres lui reprochent son manque d'ambition vis-à-vis de la Constitution.
« La Commission est à l'écoute des citoyens pour répondre à leurs attentes », a déclaré Margot Wallström. Tirant les premières leçons des débats nationaux sur l'avenir de l'Europe, elle a évoqué les préoccupations des citoyens concernant le « chômage », le maintien des « niveaux de vie », le rythme et la portée des « élargissements » passés et à venir, la « sécurité »… La Commission a donc établi « un ordre du jour pour les citoyens européens » axé sur « la prospérité, la solidarité et la sécurité », a-t-elle affirmé. Elle a évoqué notamment la consultation en cours sur le « révision du marché unique » (voir autre nouvelle), un « débat sur l'élargissement » que la Commission souhaite approfondir à travers sa stratégie annoncée pour « octobre » et l'adoption, la « semaine prochaine », d'un document stratégique sur la cohérence de l'action de l'UE sur le plan international. Concernant le processus institutionnel, Mme Wallström s'est réjouie de l'attachement des États membres à la Constitution après sa ratification par l'Estonie et l'annonce de l'intention de la Finlande à le faire au deuxième semestre 2006. Il existe « différentes options » pour relancer ce processus, mais il n'y a « pas encore de consensus », a-t-elle remarqué, en estimant qu'il faut écouter à la fois ceux qui ont dit « oui » et ceux qui ont dit « non ». Enfin, elle a rappelé la proposition de la Commission d'élaborer « une déclaration commune aux trois institutions européennes » pour le 50ème anniversaire du Traité de Rome en 2007. Selon elle, une telle initiative constituerait « une bonne base pour l'expression de la volonté de résoudre le problème interinstitutionnel lors du Conseil européen ».
« Mon groupe soutient le plan D », a déclaré Íñigo Méndez de Vigo (PPE/DE, espagnol), pour qui il vaut mieux parler de période d'analyse - qui implique des propositions - plutôt que de période de réflexion. Il a accueilli comme « une bonne idée » celle d'une « déclaration commune » et comme une « bonne nouvelle » le fait que le processus de ratification aille de l'avant. Cela va « à l'encontre de ceux qui disent que la Constitution est morte », a-t-il estimé. Selon lui, il faut « convaincre les citoyens européens du coût de la non Constitution » par le biais d'exemples concrets, comme la Commission l'avait fait pour le marché intérieur. « Nous avons besoin de Constitution », a déclaré Martin Schulz, président du groupe PSE, qui martèle: « ce
n'est pas possible de répondre aux attentes des citoyens sur la base du traité de Nice ». Il a dénoncé l'attentisme de José Manuel Barroso, alors que « le Président de la Commission doit se battre bec et ongles pour la Constitution ». Selon lui, si nous ne défendons pas la Constitution « tous ensemble », « les adversaires penseront que nous avons baissé les bras ». « L'Europe des résultats manque d'ambition », a estimé Marielle de Sarnez (ALDE, française), qui a notamment regretté les « timides avancées » proposées par la Commission pour le changement de la procédure décisionnelle en matière de coopération judiciaire, policière et de migration légale. « Fallait-il un an pour cela ? », a-t-elle demandé. Elle aurait aimé plus d'ambition en faveur de la communautarisation de certaines politiques comme « la recherche, l'énergie, l'immigration, la gouvernance économique, au moins dans la zone euro ». Elle a aussi dénoncé « l'absence de propositions sur le plan interinstitutionnel » de la part de la Commission, à un moment où « le processus de ratification continue de manière symbolique ». « Nous aurons besoin de réécrire la Constitution », a-t-elle ajouté, en appelant à un texte « plus court, plus simple, plus lisible » et « recentré sur les grands objectifs » de l'Europe. Johannes Voggenhuber (Vert autrichien) a lui aussi reproché à la Commission d'être « sans courage et sans initiative »: son président « ne s'est jamais engagé dans le conflit interinstitutionnel » et il « se fait l'avocat de l'Europe intergouvernementale », a-t-il reproché, « alors que c'est cette Europe là qui est à l'origine de la crise ». Ce n'est pas avec toujours davantage de compétition qu'on crée « une Europe solidaire », a averti Gabriele Zimmer (GUE/NGL, allemande), en évoquant les attentes des citoyens exprimées lors du récent Forum social européen d'Athènes. « Organisez des déjeuners avec de vraies personnes » ou allez voir « des matchs de foot ou de cricket », a conseillé Nigel Farage (UK Independence Party), alors que Wojciech Roszkowski (UEN, polonais) a ironisé, en comparant la période de réflexion au « théâtre No » japonais, « où l'on regarde pendant trois heures et rien ne se passe ».