*** NICOLAS HAYOZ, LESZEK JESIEN, WIM VAN MEURS (sous la dir. de): Enlarged EU - Enlarged neighbourhood. Perspectives of the European Neighbourhood Policy. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746, CH-3000 Berne 9. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). Collection "Interdisciplinary Studies on Central and Eastern Europe", n° 2. 2005, 392 p.. ISBN 3-03910-624-4.
Une Union européenne élargie, un voisinage élargi… Ce parallélisme, cette simple constatation serait-on tenté de dire, semble toutefois n'avoir pas, a priori, fait l'objet d'une réflexion stratégique très cohérente de la part de l'Union, tant elle semble avancer à tâtons et avoir du mal à savoir où elle veut aller et comment y aller. C'est du moins l'impression qui se dégage à la lecture de ce livre qui comprend, entre autres, des contributions d'auteurs, originaires tant d'Europe occidentale qu'orientale, ayant participé à la quinzième édition de la conférence "Eastern European Day" organisée par l'Université de Fribourg.
L'objet de l'ouvrage n'est pas de discuter du bien-fondé de l'élargissement de 2004 ou de ses implications internes au niveau de l'Union, mais bien des relations de celle-ci avec ce qui l'entoure. Et si le voisinage méditerranéen transparaît dans les considérations générales, l'attention se focalise sur le flanc oriental de l'Union: les pays issus de l'éclatement de l'ex-Union soviétique, les Balkans et, dans une moindre mesure, les pays jouxtant la mer Noire. Dans un premier temps, ces relations extérieures ont été moins médiatisées que l'élargissement proprement dit, mais elles s'imposent désormais et imposent avec elles les questions des frontières ultimes de l'Union et de la finalité de celle-ci. Or, comme le relèvent les coordinateurs de l'ouvrage dans leur introduction, "le grand dessin audacieux de Bruxelles d'une Europe plus large et de la politique européenne de voisinage correspondante, allant de Casablanca sur la côte atlantique à Archangelsk sur la mer Blanche et de Jérusalem à la Crimée, est virtuellement inconnue de la plupart des Européens".
Si le projet est ambitieux, l'image de ce qu'il devrait être est-elle suffisamment claire dans les esprits ? L'Union sait-elle où elle veut en arriver et a-t-elle établi un plan cohérent pour cela ? S'en donne-t-elle les moyens ? Autant de questions que soulève l'ouvrage et auxquelles les auteurs s'attachent à apporter des réponses. Et tout d'abord, que signifie "Europe plus large" alors que, dans l'esprit et le langage de beaucoup de citoyens, "Europe" et "Union européenne" sont interchangeables ? Est-ce une Union englobant tous les pays d'Europe, voire plus ? Non, sans doute pas. Les auteurs montrent notamment comment ce concept de "Wider Europe" a progressivement laissé la place à la politique européenne de voisinage, mêlant dans le même sac "voisins" européens et non européens au travers de ce qui pourrait être le "schéma allié de l'histoire" par lequel "l'UE veut se considérer elle-même comme l'Europe et entend traiter tous les pays qui n'appartiennent pas à cette UE-Europe simplement comme des voisins". "Personne ne devrait être surpris que les pays européens inclus dans la politique européenne de voisinage perçoivent cette métaphorisation stratégique comme dégradante", précise Antoinette Primatarova avant d'ajouter: "Ils se considèrent comme faisant partie de la famille européenne, ils ont voulu rejoindre la famille dans la grande maison européenne mais ont été dégradés au rang de voisins".
La première partie du livre est dédiée à l'étude de la politique de voisinage elle-même, sa formulation par l'Union et ses implications par grandes régions. La seconde partie regroupe des études portant plus précisément sur les différents pays de ces régions et les défis qu'ils posent. Elle aborde également le cas de certains pays qui ne sont pas repris dans la politique de voisinage mais qui ont une influence stratégique directe sur la région, comme par exemple la Russie. Ainsi, l'une des contributions s'intéresse au cas de Kaliningrad, cette "exclave" (dans le sens d'enclave externe) russe qui, de ville de garnison, est devenue la région de Russie la plus cosmopolite mais aussi l'une des plus pauvres et gangrenées par le crime organisé. Une autre contribution consacrée à la Biélorussie souligne notamment les différences de potentiel démocratique du pays par rapport à l'Ukraine, diagnostiquant: "Le régime biélorusse ne présente pas de signes de faiblesse ou de fissures dans sa coque". Et de fait, les manifestations qui ont succédé aux dernières élections présidentielles ne semblent pas avoir été beaucoup plus qu'une petite voie d'eau rapidement calfatée par le régime.
En clair, ce livre n'est pas toujours tendre avec la politique européenne de voisinage, censée empêcher la formation de nouvelles lignes de division dans une Europe qui l'est pourtant toujours, la ligne de séparation s'étant déplacée plus à l'est. La critique est parfois plus acide que ce à quoi les discours consensuels ont pu habituer. C'est par exemple le cas lorsque Antoinette Primatarova assimile l'usage du bâton de l'européanisation sans la carotte de l'adhésion à de la colonisation pure ou qu'elle avance, dans sa conclusion, que "l'agenda d'européanisation élaboré pour les voisins est une approche impériale". Cependant, même s'ils sont parfois durs, par réalisme, les auteurs ne se départissent pas de leur sens critique et soulignent non seulement les points positifs mais ouvrent aussi des voies d'amélioration de cette politique, qui a le potentiel de constituer un "basculement de paradigme vers une Europe stratégique".
Frederik Ronse
*** L'Europe en formation. Les cahiers du fédéralisme. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.org - Internet: http: //http://www.cife.org ). 2006, n° 1, 65 p., 11 €. Abonnement: 30 €.
Alexandre Marc n'est plus depuis six ans… mais son héritage est entre de bonnes mains, celles de Jean-Claude Juncker qui ouvre ce numéro en s'interrogeant, avec le franc-parler et l'humour qui le caractérise, sur "la place de l'Europe dans le monde". La nature de la construction européenne et la relance de celle-ci après les "non" à la Constitution font l'objet d'autres contributions.
(MT)
*** EU-25 Watch. Institut für Europäische Politik (22 Bundesallee, D-10717 Berlin. Tél.: (49-30) 889134-0 - fax: 889134-99 - Courriel: info@iep-berlin.de - Internet: http://www.iep-berlin.de et http://www.eu-consent.net ). 2006, n° 2, 308 p..
L'année 2004, avec l'élargissement, et l'année 2005, avec l'échec du traité constitutionnel en France et aux Pays-Bas, ont laissé l'Union dans un état d'esprit quelque peu confus. Le Conseil européen a depuis changé son discours en s'employant à remplacer le concept fort neutre de "période de réflexion" par une formule plus positive, à savoir "futur de l'Europe". Pour éviter de nouveaux désagréments, les chefs d'Etat et de gouvernement ont souligné l'importance de suivre attentivement les débats nationaux à propos de l'avenir de l'Europe qui sont en cours. C'est exactement le propos de ce "EU-25 Watch" qui vise à informer sur les préférences, états d'esprit et autres particularités domestiques qui forment l'opinion et les positions des gouvernements et autres acteurs de la scène européenne. S'appuyant sur le travail d'un réseau académique, ce volume essaie plus précisément de cerner comment des sujets tels que la Stratégie de Lisbonne ou le rôle de l'Union dans le monde sont débattus et perçus dans les vingt-cinq pays membres et dans les quatre pays candidats à l'adhésion (Bulgarie, Roumanie, Croatie et Turquie).
L'étude consiste en une série de questions auxquelles répondent des politologues de chaque pays. Sept sujets sont couverts: la crise constitutionnelle et, plus exactement les interprétations et réactions qu'elle a pu susciter, ainsi que les éventuels débats en cours dans chacun des pays en vue de la dépasser ; l'avenir du processus d'élargissement et l'impact que la crise constitutionnelle pourrait avoir sur la suite des événements ; quel sort et quelles retombées pour les Perspectives financières 2007/13, le positionnement de chaque pays en la matière étant étudié ; la manière dont sont perçues les initiatives visant à revitaliser l'agenda de Lisbonne et les mesures qui sont prises à cette fin ; le rôle de l'Union dans le monde, le développement d'une stratégie européenne de sécurité, la question du ministre européen des Affaires étrangères, l'attitude à prendre à l'égard de l'Iran et sous quelle bannière ; l'actualité politique du pays susceptible d'influencer la politique européenne et les principales priorités émergeant de l'agenda politique national ; les priorités et perspectives de l'Union pour 2005-2009, de la réinvention du modèle social européen aux politiques à élaborer pour faire face à la mondialisation en passant par le renforcement de l'Union en tant qu'acteur international. Une prise de température très utile !
(NDu)
*** ALINE GOHARD - RADENKOVIC (sous la dir. de): Plurilinguisme, interculturalité et didactique des langues étrangères dans un contexte bilingue. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, case postale 746, CH-3000 Berne 9. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). Collection "Transversales", n° 11. 2005, 284 p.. ISBN 3-03910-770-4.
Aline Gohard-Radenkovic est professeur et directrice de l'Unité "Français langue étrangère" à l'université bilingue de Fribourg. Ce livre a pour principal objet l'étude - principalement basée sur l'expérience de l'université de Fribourg - et la promotion de la didactique des langues dites "étrangères" ou "secondes" et de leur culture source. Le lecteur aura d'ailleurs intérêt à comprendre le français, l'allemand et l'anglais.
(FRo)
*** HELMUT KOZIOL, ALEXANDER WARZILEK (sous la dir. de): Persönlichkeitsschutz gegenüber Massenmedien - The Protection of Personality Rights against Invasions by Mass Media. Springer (Vienne. Internet: http://www.springeronline.com ). Collection "Tort and Insurance Law", n° 13. 2005, 713 p.. ISBN 3-211-23835-2.
Bien que découlant de travaux entamés en 2003, cet ouvrage est d'une actualité brûlante. Traitant des rapports entre les droits de la personne et la liberté de la presse (et plus précisément de l'impact des médias de masse sur les premiers), il pourrait, en effet, constituer un document de référence dans l'affaire des caricatures. Celle-ci n'est en elle-même que l'un des derniers avatars du dilemme sociétal, philosophique et juridique qui voit s'opposer deux éléments présentés comme cruciaux dans nos sociétés: la protection des droits de la personne et la liberté d'une presse détenue par des "entreprises qui sont dorénavant des personnes juridiques géantes et des empires financiers pour qui faire du profit est la priorité et l'information, un produit", leurs pratiques confrontant "les individus à de sérieux risques de manipulation et d'oppression". Ce livre n'est pas un "manuel révolutionnaire", comme pourrait le laisser penser cet extrait, mais bien une étude juridique, même si celle-ci ne se limite pas aux seules questions de "dol", thème de cette collection. Il étudie, dans sa première partie, les positions juridiques de pays européens et extra européens sur la question et tente d'apporter une contribution interdisciplinaire au débat. Si "le juge est la seule défense pour protéger les individus des interférences des puissants médias", il n'est toutefois pas le seul acteur en lice. C'est pourquoi la deuxième partie aborde différents points de la question pris successivement sous l'angle de l'employé de l'industrie des médias, de l'avocat et du juge d'une Cour suprême. La troisième et dernière partie inclut entre autres des études comparatives, des contributions portant, par exemple, sur la responsabilité personnelle et la liberté de la presse en regard de la Convention européenne des droits de l'Homme ou sur la responsabilité des médias dans la société de l'information, ainsi que les conclusions générales. Il faut d'ailleurs noter que le livre est rédigé en anglais et allemand, selon les parties, mais que les rapports comparatifs et les conclusions sont présentés dans les deux langues. Il en résulte un livre traitant avec sérieux et pondération, sur la base des textes juridiques, du subtil équilibre à atteindre entre protection des droits de la personne - "la dignité d'une personne étant l'une des conditions requises par une existence sociale civilisée" - et liberté de la presse, laquelle implique que "plus l'information est importante pour le grand public, plus ceux qui sont affectés par cette information ont a supporter une violation" de leurs droits. Equilibre qui "ne pourrait être possible si l'un des deux se voyait attribuer une priorité inconditionnelle".
(FRo)
*** JEAN-CLAUDE BARBIER, MARIE-THÉRÈSE LETABLIER (sous la dir. de): Politiques sociales -Social Policies. Enjeux méthodologiques et épistémologiques des comparaisons internationales - Epistemological and Methodological Issues in Cross-National Comparison. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). Collection "Travail & société", n° 51. 2005, 295 p.. ISBN 90-5201-294-6.
Mesurer des concepts tels que la qualité de vie au niveau d'une nation n'est pas évident en soi. Les choses se corsent lorsqu'il s'agit de comparer des données ou études provenant de différents pays. Les auteurs de ce livre constatent en effet que, de nos jours où les études comparatives abondent, beaucoup de chercheurs "se lancent dans l'aventure sans s'interroger sur leurs outils, sur les concepts qu'ils utilisent, sur la traduction des mots qu'ils emploient et sur la validité des données" qui fondent leur comparaison, la question même de la comparabilité n'étant souvent pas posée. Rédigé en français et en anglais, cet ouvrage fait œuvre utile en aidant à comprendre et éviter ces biais. Et si le national a longtemps été le lieu de production du sens de l'action publique, les institutions européennes sont devenues de grandes pourvoyeuses d'études comparatives internationales et de véritables forges à concepts au travers de "l'eurolangue". Mais le sens exact de ces termes reste fréquemment obscur, d'où cet avertissement: "Si nous ne clarifions pas cette obscurité, la stratégie européenne pour l'emploi (…) risque d'en rester au stade de principes abstraits, dépourvus de tout impact concret".
(FRo)
*** FRANK BAASNER (sous la dir. de): Gérer la diversité culturelle. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Fax: (41-32) 3761727 - Internet: http://www.peterlang.de ). 2005, 197 p.. ISBN 3-631-53524-4.
Cet ouvrage apporte sa pierre au dialogue franco-allemand en proposant une étude sur la gestion de la diversité culturelle, passant tant par une réflexion théorique qu'au travers de l'étude de cas pratiques. La première partie, consacrée à la théorie, est assurée par un auteur français et un allemand, dont les approches sont d'ailleurs caractéristiques de leur culture respective. Mais la majeure partie du livre est dédiée à l'étude de cas concrets puisés tant dans le secteur privé que dans le secteur public, ce qui est plus rare. La partie consacrée aux études de cas du secteur public aborde, par exemple, les différences culturelles dans l'administration et dans les valeurs de leurs cadres.
(FRo)