Bruxelles, 24/02/2006 (Agence Europe) - Mieux vaut donner à celui qui a faim une canne à pêche qu'un poisson. Cet adage, érigé en principe universel de la philosophie du développement, rencontre peu de détracteurs. Pourtant, que fait l'UE si, d'un côté, elle soutient les pêcheurs d'Afrique de l'Ouest pour les aider à gagner leur vie, tandis que de l'autre, la législation européenne encourage les pêcheurs européens à pratiquer la surpêche au large des côtes ouest-africaines en ne laissant quasiment aucun poisson aux pêcheurs africains ? Cette interrogation est à la base de l'appel à la cohérence des politiques de l'Union européenne lancé le 22 février à Bruxelles par des personnalités politiques de renom, un collectif d'ONG de développement et le think tank « The Centre ».
La présentation du « Programme pour la cohérence des politiques de l'UE » au service du développement - projet conjoint de la Fondation Evert Vermeer et de CONCORD, la confédération européenne des ONG d'urgence et de développement, en a fourni l'occasion. L'objectif de ce programme sur trois ans est d'identifier les incohérences dans les politiques de l'UE qui ont un impact négatif sur les pays en développement et sont en contradiction avec les objectifs et les engagements pris par l'UE, d' attirer l'attention des décideurs politiques européens sur ces incohérences et de formuler des recommandations et des remèdes.
Pour Frans Polman, président de CONCORD, « la cohérence des politiques devrait constituer une préoccupation majeure pour tous ceux qui travaillent dans les affaires européennes. L'importance d'approches cohérentes des relations extérieures de l'UE, de la sécurité, des politiques économiques et de développement ne peut être sous-estimée. Des décisions politiques incohérentes sont à la fois coûteuses pour l'UE et - ce qui est plus grave encore - dévastatrices pour les pays en développement ». Les premiers résultats peuvent être attendus cette année déjà, a ajouté M. Polman en précisant que les organisations de la société civile fédérées par CONCORD comptent présenter des contributions substantielles au débat sur la cohérence qui constituera une priorité de la Présidence finlandaise au deuxième semestre de 2006, pour une efficacité accrue de la politique de développement de l'UE et de la lutte contre la pauvreté.
Cette initiative a reçu le soutien de Wim Kok, ancien Premier ministre des Pays-Bas (et ancien président des groupes de haut niveau « Emploi » et « Economie » pour la stratégie de Lisbonne), de Karl Friedrich Falkenberg, directeur général adjoint au Commerce à la Commission européenne, de Luisa Morgantini, présidente de la commission Développement au Parlement européen, de C.N. Umelo, ambassadeur du Nigeria auprès de l'UE, et d'environ 80 ONG, présentes pour l'événement.
« Des millions de gens vivent avec moins de quelques dollars par jour. Dans le même temps, des millions de gens dans le monde contribuent aux efforts déployés pour promouvoir le développement des plus pauvres au monde. Les citoyens de l'UE payent des impôts qui contribuent à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Les hommes politiques ont une responsabilité particulière envers leurs citoyens - celle de garantir que leurs contributions financières soient efficaces. En outre (…) les décideurs politiques doivent avoir une vision à long terme du développement durable et de notre avenir commun. Des politiques cohérentes, ça veut dire ne pas prendre d'une main ce que l'on a donné de l'autre », insiste Wim Kok.