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Bulletin Quotidien Europe N° 9139
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La BEI et la commission élargissent la gamme de leurs interventions en Afrique

La nouvelle initiative de la Banque européenne d'investissement (BEI) et de la Commission européenne en faveur des infrastructures en Afrique (voir cette rubrique d'hier) s'inscrit dans la logique d'augmentation du volume et de l'efficacité de l'aide de l'UE aux pays moins développés en général et aux pays africains en particulier. Elle vise un domaine spécifique: les grands réseaux transnationaux (routes, chemins de fer, énergie, télécoms). L'expérience sur le terrain prouve qu'en l'absence de ces réseaux, les projets nationaux notamment industriels ont souvent peu d'avenir. Mais la plupart des pays africains ne sont pas en mesure de se procurer les ressources nécessaires s'ils ne bénéficient pas de taux d'intérêt ultra réduits. C'est ici qu'interviendrait le Fonds fiduciaire (Trust Fund on infrastructure) qui vient d'être créé (voir notre bulletin n. 9128). Pour la phase initiale (années 2006 et 2007), la Commission européenne met à disposition 60 millions d'euros du FED actuel, permettant à la BEI de prêter 250 à 300 millions d'euros au taux de 2%, pour des réalisations telles que l'interconnexion électrique entre le Mozambique et le Malawi ou le projet hydroélectrique commun au Sénégal, au Mozambique et au Mali. Les chiffres cités sont bien modestes dans le cadre global des aides européennes au développement, mais le Trust Fund pourrait avoir des implications à la fois politiques, stratégiques et économiques. En particulier:

1. Expertise. Le Trust Fund permettra à la BEI de mettre au service de l'Afrique son expertise dans le domaine des infrastructures, en intervenant dans le financement de projets publics, privés ou mixtes à des conditions acceptables pour les pays bénéficiaires.

2. Expansion. La dotation du Trust Fund devrait rapidement croître, car le prochain FED élargira sa participation (en permettant à la BEI d'augmenter en proportion ses financements à taux réduit), et surtout les Etats membres contribueront à cette dotation. Ils se sont engagés à augmenter considérablement le volume global de leur aide au développement: pourquoi une partie des aides supplémentaires ne serait pas confiée au Trust Fund ? Ce serait dans l'intérêt de tous (voir le point suivant).

3. Visibilité. L'aide de l'Europe à l'Afrique (elle est de loin la principale donatrice) deviendrait plus visible. L'Europe continuerait, bien entendu, à coopérer avec la Banque mondiale, mais « au lieu de signer des chèques pour des décisions prises ailleurs », elle aurait davantage d'autonomie dans le choix et la gestion des projets qu'elle finance. Chaque Etat membre aura un triple choix, a indiqué Louis Michel: financement national, participation au Trust Fund, participation à un projet de la Banque mondiale. Cette dernière, a observé Philippe Maystadt, garderait son rôle de chef de file dans la définition des politiques macro-économiques, et l'Europe aurait davantage d'autonomie dans le choix et la gestion des projets concrets.

Réserves et espoirs. Ce projet soulève quelques réserves. On affirme toujours que les pays africains plient sous le poids de la dette, et le Trust Fund entraînera quand même un endettement supplémentaire, même si les taux d'intérêt seront très faibles. S'ajoutent à cette remarque générale des critiques spécifiques à l'action de la BEI dans les pays en développement, voir à ce sujet, dans notre bulletin n. 9128, le résumé du rapport publié par des organisations non gouvernementales, et soutenu par le groupe de la gauche unitaire (GUE/NGL) du Parlement européen. Philippe Maystadt s'est limité à répondre qu'on apprend toujours et qu'on peut sans cesse améliorer ses performances, en indiquant que la BEI a recruté du personnel supplémentaire spécialisé pour surveiller la réalisation et la gestion des projets financés par le Trust Fund.

En conclusion, le Trust Fund on infrastructure ne va certes pas révolutionner le soutien européen à l'Afrique, d'autres éléments sont plus importants, et j'y reviendrai. Mais l'orientation est encourageante. Les lacunes actuelles dans le comportement d'une large partie des pays africains ne doivent pas décourager les efforts visant à améliorer la situation. Il est vrai que les derniers rapports sur le pillage des ressources naturelles de la République démocratique du Congo sont accablants aussi bien pour les autorités locales que pour certaines entreprises occidentales qui en profitent. Idem pour les indications sur la corruption et sur l'argent qui file dans les paradis fiscaux dès qu'il est disponible. Il serait ingénu de croire a priori au succès de tous les projets que le Trust Fund va financer, et il y aura sans doute des cas où les pays emprunteurs entonneront le refrain bien connu: nous ne sommes pas en mesure de rembourser. Mais dans certains pays africains, les efforts des autorités sont efficaces et les progrès réels. Il faut y croire. (F.R.)

 

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